Historique de nos lettres

Le flux de messages que, mois après mois, je reçois, se transforme en une recherche constructiviste induite. Et le flux de retour que vous recevez via mes lettres, se sédimente et prend racine ici et là, au niveau des lois, des règlements, des volontés individuelles et des décisions collectives. Puis, le flux se transforme en stock de connaissances commun sur le site. Et ainsi de suite.

Nos précédents courriers (cliquez sur le titre pour y accéder) :

 


Lettre 71 : 13.12.2016

Lettre 71 - 13 décembre 2016

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Une année s'achève, bouleversée par des crises qui ébranlent notre société, nos métiers et nos établissements.


Une accusation de plagiat portée à l'encontre d'un physicien vulgarisateur génial, Étienne Klein, reçoit une large couverture médiatique internationale. Je n'ai pas à émettre d'avis, l'Institut IRAFPA n'ayant pas été sollicité. A ceux qui m'interrogent, je rappelle simplement nos fondamentaux communs :

Dans une tourmente événementielle, nous devons revenir à l'histoire de « longue durée » (Fernand Braudel). Et, dans cette histoire-là, nous sommes tous des passeurs du savoir « assis sur les épaules des géants » qui nous ont précédés. Sans eux nous ne verrions rien devant nous.

Alors, pensons à ceux qui nous suivent. Car, la connaissance a progressé depuis l'aube de l'humanité parce que nous, passeurs de sciences, indiquons nos sources à nos successeurs, les incitant à y revenir, à parcourir à nouveau nos raisonnements, à imaginer des voies que nous n'avions pas envisagées, à créer. Le comportement plagiaire rompt cette chaîne du savoir.


• En ces temps troublés, l' Institut International de Recherche et d'Action sur la Fraude et le Plagiat Académiques ne chôme pas.

Depuis sa création, le 18 juin 2016, vingt-et-un dossiers de demandes d'accompagnement ou d'expertises ont été instruits. 11 cas ont été débattus au sein du bureau et/ou du conseil scientifique, 3 cas sont en attente de l'action des autorités concernées (protocole finalisé et lettre de plainte expédiée) et le protocole d'analyse vient d'être expliqué à 7 victimes probables.

Notre colloque du 23 novembre 2016 a permis de réunir à Paris le Conseil scientifique et les conseillers « pays » ainsi que les premiers adhérents. Merci de nous faire part de vos suggestions sur le texte qui en émane : « Rôle et missions de l'Institut IRAFPA ».

Nous sommes tous bénévoles dans cette association scientifique. Nous avons besoin de votre aide et de vos cotisations 2017 afin de créer le site Web de l'Institut, mais aussi de dédommager les spécialistes qui réalisent les expertises. Merci de communiquer largement autour de vous le leporello (flyer) bilingue de l'Institut.


• Concluons : tout manquement à l'intégrité scientifique transforme souvent cette prise de risque individuelle en crise organisationnelle. Voici l'exemple du cas vécu récemment par une université française : « L'extraordinaire voyage d'un observateur passionné ».

Ce cas-intrigue illustre, par une analyse systémique, les différentes phases d'une crise organisationnelle. Il nous interpelle quant au concept de « Responsabilité Sociale Académique » ou RSA qui serait encore à inventer.

Mais, ce cas nous conduit aussi aux sources inépuisables du débat de paradigmes entre positivisme et subjectivisme, entre sciences de la nature et sciences humaines, entre induction et déduction.


Les membres du Bureau, du Conseil scientifique et les « Conseillers pays » de l'Institut se joignent à moi pour vous souhaiter de très belles fêtes de fin d'année, entourés de ceux qui vous sont proches.

Avec mes très cordiales salutations.

Michelle Bergadaà
Présidente de l'Institut International de Recherche et d'Action sur la Fraude et le Plagiat Académiques
Professeur, Faculté d'économie et de management, Université de Genève
Site responsable : http://responsable.unige.ch

 


P.S. Si vous souhaitez vous désinscrire de cette lettre, il vous suffit de nous adresser un courriel, en cliquant ici.

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Lettre 70 : 19.10.2016

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Nous sommes déjà ancrés dans le rythme soutenu de recherche, de pédagogie et de publications de cette année universitaire.

• L' Institut international de recherche et d'action sur la fraude et le plagiat académiques ne chôme pas.

Découvrez qui nous sommes et comment s'articulent les responsabilités des membres du Bureau, du Conseil scientifique, des conseillers pays et de nos collaborateurs.

Bienvenue à tous ceux qui souhaitent nous rejoindre ! Peut être membre de l'Institut toute personne, physique ou morale, intéressée à la réalisation des objectifs fixés et adhérant à nos valeurs. Voici les indications relatives à la cotisation.

• Fidèle à la tradition de « Responsable », je soumets à votre lecture le cas-intrigue du mois «  Courage, fuyons ! » qui met en scène les déambulations d'une société savante.

Le cas est emblématique des écrans de fumée advenant lorsque nos pairs ne savent pas distinguer, d'une part un « objet de connaissance » (livre, article, film…) à analyser et, d'autre part, leurs « relations interpersonnelles » au sein de leur espace associatif. Ce sont pourtant deux dimensions distinctes d'un même phénomène : le plagiat.

Le cas est aussi représentatif des comportements de protection identitaire des « communautés d'enracinement » dont se prévalent certaines de nos sociétés savantes. Dans notre étude «  Nos communautés disciplinaires et le plagiat  », nous avons présenté trois profils caractéristiques de ces sociétés pour en signaler les risques relatifs.

• Moins sérieusement, saluons le courage de Luccio Piccio de Bologne qui, d'un lieu commun - la protection des plagieurs dans certaines universités - fait un buzz sur la toile. Il autorise ses étudiants à plagier, ne pouvant exiger qu'ils respectent des règles que leur université permet à ses professeurs de violer en toute impunité.

• Cependant, un premier Président d'université s'engage : Patrick Curmi, de l'Université d'Evry-Val-d'Essonne (France), nous invite le mercredi 9 novembre à 14h00, pour un colloque Bibliométrie & intégrité scientifique.

Ce colloque apportera des réponses aux Recteurs, Présidents d'universités et directeurs d'établissements qui ont décidé de se mobiliser pour lutter contre le plagiat et la fraude scientifique.

Notez la présence de Pierre Corvol dont le rapport «  Bilan et propositions de mise en œuvre de la charte nationale d'intégrité scientifique  » a été remis en juin dernier à Thierry Mandon, secrétaire d'État chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche en France.

Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux depuis 12 ans. Vous êtes aujourd'hui près de 28'000 abonnés.

Avec mes très cordiales salutations.

Michelle Bergadaà
Présidente de l'Institut international de recherche et d'action sur la fraude et le plagiat académiques
Professeur, Faculté d'économie et de management, Université de Genève
Site responsable : http://responsable.unige.ch

 


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Lettre 69 : 04.07.2016

Lettre 69 - 4 juillet 2016

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Je partage avec vous le grand bonheur de voir de très belles réalisations conclure cette année universitaire.

• L’acte constitutif de l’Institut international de recherche et d’action sur la fraude et le plagiat académiques a été signé le 18 juin 2016 à Genève.

Les membres de l’Assemblée générale ont élu le Bureau. Présidente : Michelle Bergadaà, Secrétaire général : Pierre Hoffmeyer, Trésorier : Asaël Rouby, Conseiller juridique : Jean-Baptiste Soufron.

Les statuts - sa forme juridique retenue est celle d'une association -  définissent son organisation et sa raison d’être. Le site web et la plateforme collaborative seront opérationnels en septembre 2016. 

Tout renseignement et demandes d'adhésion (membres individuels et institutionnels) sont à m’adresser directement jusqu'au 1er octobre 2016. Le détail des activités et rôles respectifs sera exposé sur le site de l’Institut en septembre.

• Le premier colloque international sur la fraude et le plagiat académiques s’est déroulé (le) 18 juin 2016 de manière optimale grâce au très haut niveau conceptuel des conférenciers, à leur diversité culturelle et disciplinaire. Un bonheur intellectuel total !

Les résumés des conférences sont disponibles dès à présent, les Actes seront publiés en septembre 2016 et les vidéos en octobre 2016.

Le prochain colloque sera annoncé en décembre 2016. Cependant, ceux qui veulent proposer des thématiques peuvent déjà m’écrire. Nul doute que l’ambiance de ce prochain colloque sera aussi gouleyante que celle du cru 2016.

• Encore une bonne nouvelle ! Le 29 juin 2016 est paru un rapport attendu en France :  Bilan et propositions de mise en œuvre de la charte nationale d’intégrité scientifique .  Il a été remis à Thierry Mandon, Secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche par le Pr. Pierre Corvol, Professeur honoraire au Collège de France.

Ce rapport (62 pages) a le grand mérite de permettre à des hommes politiques peu au fait de nos réalités académiques de se saisir rapidement des éléments essentiels de la problématique.

Nous analysons succinctement ce rapport, en applaudissant la mise en exergue de points fondamentaux et en formulant quelques réserves. Ces dernières proviennent de la posture systémique que nous avons, de notre côté, toujours adoptée et qui est inscrite dans les gènes de l’Institut que nous avons l’honneur de présider.

• Last but not least : deux très élogieuses critiques du livre «  Le plagiat académique : comprendre pour agir  ».

La première est une analyse de l’Association des professionnels de l’Information et de la Documentation (ADBS) réalisée par Bruno Richardot.

La deuxième est une longue lettre de Maurice Lagueux, éminent philosophe canadien. Parce qu'un de ses textes nous avait inspiré les « modes opératoires » de notre méthodologie d'expertise du plagiat, il nous a fait l'honneur de lire et de commenter notre livre.

A toutes et tous, je souhaite de très belles vacances et vous donne rendez-vous à la rentrée pour de nouvelles aventures.

 

Très cordialement.

Michelle Bergadaà
Professeur
Faculté d'économie et de management, Université de Genève

Site responsable: http://responsable.unige.ch

 

 


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Lettre 68 : 24.05.2016

Lettre 68 - 24 mai 2016

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Notre univers académique est chargé de violence symbolique.

Elle s'exerce notamment sur ceux qui subissent ou révèlent des fraudes ou des plagiats. Elle pèse sur les contrevenants à nos codes d'intégrité, souvent englués dans de douloureuses enquêtes disciplinaires. Elle s'impose à ceux qui, stupéfaits, découvrent qu'un de leurs proches a fraudé sans vergogne durant de longues années. Il est cruel leur dilemme disjonctif : étaient-ils dans le déni ou simplement idiots ?

Pour atténuer cette violence symbolique, nous adoptons différentes postures.

• Souvent, nous agissons comme médiateur avant un dépôt de plainte. Notre objectif est alors de trouver une solution au conflit. Il s'agit d'éviter la cristallisation des postures individuelles et institutionnelles. Notre cas de ce mois - Médiation sereine - illustre comment le journal Le Monde et un directeur d'établissement ont répondu favorablement à une médiation en vue d'un « happy end ».

• En cas de dépôt de plainte, nous intervenons comme expert du plagiat. Notre méthodologie d'expertise dans les cas présumés de plagiat académique se fonde sur un protocole en six étapes rigoureuses. Les recommandations finales - qu'il y ait ou non plagiat avéré - s'ancrent ici encore dans la volonté de pacifier les communautés. Nous y proposons d'engager les actions proportionnées aux faits de plagiat constatés, aux circonstances contextuelles du comportement révélé et aux principes fondamentaux de l'équité.

• Nous agissons aussi comme lanceur d'alerte (whistleblower) quand notre univers académique est en danger. Par exemple, le phénomène des « ghostwriters » nous conduit à être régulièrement invitée dans les journaux télévisés. Mais qu'en est-il des faux diplômes ? La lecture de ces échanges sur des communautés en ligne vous fera rire et… prendre conscience de l'ampleur du phénomène. Que celui qui n'a jamais essayé de vérifier la validité d'un diplôme saisisse la complexité du problème…

Ceux qui veulent s'engager dans cette démarche ou simplement échanger, seront heureux d'apprendre la tenue du colloque international Recherche et action sur la fraude scientifique et le plagiat académique qui se tiendra à Genève le 18 juin 2016. Nous y accueillerons des acteurs institutionnels et des chercheurs qui souhaitent fédérer leurs efforts pour renforcer l'intégrité académique.

Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux. Vous êtes aujourd'hui près de 27'500 abonnés.

 

Très cordialement.

Michelle Bergadaà
Professeur
Université de Genève

Site responsable: http://responsable.unige.ch

 

 


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Lettre 67 : 11.04.2016

Lettre 67 - 11 avril 2016

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,


Vous aimerez le caractère didactique de cette lettre. Le plagiat et la fraude scientifique s'inscrivent dans une réalité complexe ; nous la simplifions pour mieux l'analyser, afin d'agir au-delà du simple ordre académique.


Sur le plan de la société, il est urgent d'éclairer les réponses imparfaites des ordres qui nous gouvernent afin que chacun d'eux fasse son examen de conscience. Ainsi, cessons de craindre l'ordre juridique, tout en le respectant, et exigeons qu'en retour il respecte l'ordre académique.

Décortiquons d'abord les spécificités de tous les « ordres » qui nous gouvernent dans notre cas du mois : « Salade mêlée de saison ». Il illustre comment s'insère l'ordre juridique dans un cas déjà complexe. Ici, un plaignant est menacé par des avocats mandatés par l'auteur et les directeurs d'une thèse présumée plagiaire. Nous expliquons pas à pas comment conduire une analyse rationnelle et efficace pour éviter de tels imbroglios.

Rassurons ceux et celles (personnes physiques ou morales) qui sont menacés de procès en « diffamation » par des délinquants de la connaissance ou par leurs protecteurs : menaces le plus souvent inappropriées et dont les tribunaux n'ont heureusement pas envie de s'encombrer.

Pardonnons l'ignorance des lois qui fait proférer (et faire) bien des bêtises... L'annexe juridique de notre dernier livre, « L'ordre académique n'est pas l'ordre juridique » vise à expliquer les manquements (ou les excès) des textes juridiques. Le texte (20 pages) a bien sûr été validé par des juristes.

Expliquons-en les raisons à la société civile, comme dans notre radio du 3 avril 2016 et notre TV du même jour à propos du rejet du recours en justice d'un étudiant ayant été exclu de son université pour avoir acheté les services d'un « ghostwriter ».


Sur le plan de notre recherche-interaction : nous progressons ! Merci à ceux qui ont déjà répondu à notre enquête en racontant une (ou plusieurs) des aventures qu'ils ont vécues. En voici les premiers résultats : « Qu'attendre du système académique ».

Si vous souhaitez compléter nos vignettes ou aborder une nouvelle dimension, veuillez répondre en toute liberté et confidentialité : Accès questionnaire en 10 étapes. Il manque environ 50 questionnaires pour valider nos résultats. Grand merci à vous!


Sur le plan opérationnel, nous avons testé pour vous des logiciels de détection de similarités.

Vous trouverez ici le bilan de l'utilité de ces logiciels dans les quinze derniers cas que nous avons traités en 2015. Toutes les disciplines sont concernées, mais c'est la « signature » du plagieur qui va rendre l'usage de ces logiciels plus ou moins utile.

Nous remercions vivement Compilatio et Urkund d'avoir accepté de répondre aux questions de nos collaborateurs scientifiques pour réaliser ce test comparatif. Si certains de vous utilisent d'autres logiciels, qu'ils veuillent bien compléter cette analyse.


Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux depuis 12 ans. Vous êtes aujourd'hui près de 27'500 abonnés.


Très cordialement.

Michelle Bergadaà
Professeur
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Lettre 66 bis : 01.03.2016

Lettre 66 bis – 1er mars 2016

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Les modèles individuels et interpersonnels induits des cas que vous m'avez soumis depuis 10 ans, et vos réponses à mes enquêtes successives ont été publiés en 2015 dans le livre : Le plagiat académique. Comprendre pour agir.

Aujourd'hui, nous devons répondre à la question : que pouvons-nous attendre de notre système académique en matière de défense de l'intégrité scientifique ou personnelle ?

Essayons de comprendre pourquoi associations savantes, éditeurs et établissements ne parviennent pas à traiter les cas toujours plus nombreux de manquement à l'intégrité : plagiat, fraude, ghostwriters… Pourquoi l'omerta subsiste-t-elle ? Pourquoi restons-nous insatisfaits des protocoles organisationnels de gestion de ces cas ? Peut-on apaiser les communautés ?...

Merci de raconter une (ou plusieurs) des aventures que vous avez vécues en répondant en toute liberté et confidentialité : Accès questionnaire en 10 étapes..

Après analyse de vos réponses, je vous restituerai une modélisation de notre communauté académique.

En effet, chacun construit une représentation du processus de prise en charge de ces cas problématiques par sa communauté disciplinaire et institutionnelle. Ainsi, ce questionnaire ouvert est aussi le reflet de votre place dans notre système.

Merci de diffuser dans vos réseaux cet appel à témoignage, contribuant ainsi à l'avancement de nos travaux collaboratifs dans le domaine de l'intégrité académique.

 

Très cordialement.

Michelle Bergadaà
Professeur
Université de Genève

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Lettre 66 : 19.01.2016

Lettre 66 - 19 janvier 2016

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Recevez mes meilleurs vœux pour cette année 2016.

Voici les quatre champs de recherche et d'action qui me rendent optimiste en ce début d'année, car une mobilisation significative s'y révèle.

  • Heureusement, de très nombreux collègues adoptent à présent un langage commun pour combattre la fraude scientifique et le plagiat.

    Hélas, cinq dogmes tenaces bloquent encore l'indispensable changement de paradigme qu'appelle notre monde académique.

    Pour ceux qui n'ont pas le temps de parcourir le livre « Plagiat académique. Comprendre pour agir » : visionnez l'émission (8 min.) Parole d'auteur réalisée par notre collègue Jean-Philippe Denis (Xerfi Canal TV).

    Merci d'ajouter vos propositions, conceptuelles ou pragmatiques, aux Critiques de l'ouvrage déjà émises. Toutes vos remarques alimentent notre réflexion collective et beaucoup de pistes doivent encore être approfondies.

  • Hélas, sur le plan opérationnel, on trouve encore des thèses de doctorat rédigées en dépit du bon sens en matière de citation.

    Les dirigeants des établissements où elles sont validées semblent vraiment trop empêtrés pour saisir la nature de nos travaux collectifs sur le plagiat et la fraude scientifique.

    Prenons donc une minute pour leur rappeler le b.a.-ba de la citation académique. Félicitons à ce propos l'UQAM (Québec) pour ses explications limpides et fonctionnelles : « Comment citer ses sources ».

Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux depuis 12 ans. Vous êtes aujourd'hui près de 27'500 abonnés.


Très cordialement.

Michelle Bergadaà
Professeur
Faculté d'Economie et de Management (GSEM), Université de Genève

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Lettre 65 : 24.11.2015

Lettre 65 - 24 novembre 2015

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Après tant de barbarie et tant de souffrances, nous affirmons que la connaissance est notre raison d'espérer. Calme, en avant et droit.

• Grand merci pour vos messages amicaux suite à la parution du livre « Le plagiat académique - Comprendre pour agir ». Pour ceux qui ne l'ont pas lu, je les invite à télécharger son introduction.

• Certains entrent dans le débat aujourd'hui. Je leur suggère de lire « Une brève histoire de la lutte contre le plagiat dans le monde académique », qui retrace les dix dernières années d'une mobilisation croissante face au comportement plagieur de certains étudiants et chercheurs. Notre article a pris place dans le dossier spécial de Questions de communication .

• Vos demandes d'intervention publiques se structurent de plus en plus. Ainsi, nos quatre prochaines conférences abordent le plagiat sous les perspectives de la société, de la communication, du protocole d'expertise et du profil de plagieur.

• Une demande croissante émane des Écoles doctorales. Nous y bénéficions de plages horaires adaptées à la formation de nos futurs veilleurs d'intégrité, comme dans le programme doctoral de l'École des sciences criminelles de l'université de Lausanne.

• Tout pair impliqué dans les méandres de la vie associative sera sensible à notre nouvelle enquête. J'ai conduit cette recherche en suivant, pas à pas, les dispositifs de traitement du plagiat d'une association savante sur plusieurs années. Le lecteur plongera dans l'hyperréalisme de deux cas symptomatiques:

- Circulez, il n'y a rien à voir est le cas d'un plaignant qui n'obtient pas de réponse à sa lancinante question de savoir si son plagieur est surveillé comme on le lui avait garanti.

- Dans La sanction et l'impossible oubli, nous retrouvons plus tard la même association, cette fois dotée d'une commission d'éthique qui, malgré une indéniable bonne volonté, génère encore bien d'autres frustrations.

Et, pour poursuivre ce débat, vous pourrez participer à deux beaux colloques : Tours (3 décembre 2015) Communication et plagiat : de la médiatisation des pratiques plagiaires et Bordeaux (29 janvier 2016) L'intégrité scientifique : parlons-en ! Je vous invite également à interagir directement avec Jean-Noël Darde sur l'éloquent dossier réalisé par Sylvie Torcol.


Avec mes très cordiales salutations.

Michelle Bergadaà
Professeur
Faculté d'Economie et de Management (GSEM), Université de Genève

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Lettre 64 : 01.10.2015

Lettre 64 - 1er octobre 2015

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Commençons cette année académique avec quelques pistes de réflexion et d’action.

  • La première - bien sûr ! - le livre Le plagiat académique – Comprendre pour agir sera en librairie le 6 octobre 2015. En voici le sommaire.

    En quête de sens, vous êtes nombreux à enrichir notre débat collectif depuis onze ans. Vous vous reconnaîtrez dans cet ouvrage ; au détour d’un verbatim, d’une analyse ou d’un cas d’école que vous m’avez demandé de traiter. Gageons que vous aurez autant de plaisir à le lire que j’en ai eu à l’écrire. Tant il est vrai que, dans ce roman policier où l’arme du crime est le plagiat, l’assassin n’est pas toujours celui que l’on croit.
  • Dans l’immédiat de cette rentrée : avez-vous pensé à contrôler la véracité des diplômes déclarés par les professeurs, maîtres de conférences et chargés de cours que vous venez d’embaucher ?

    Nous avons encore vérifié cette semaine qu'un prestigieux Ph. D. d’un professeur au bénéfice d’une longue carrière académique était inventé. C’est si facile de fabriquer des diplômes avec le web... Suivez les traces de notre enquêteuse sur le thème Vérifier la validité des diplômes. Observez la variance de traitement de ses demandes dans un échantillon d’établissements américains, canadiens, suisses et français.
  • Mais notre monde académique a encore de beaux jours devant lui grâce à des garde-fous tels que ceux proposés par le professeur Armand Darrain.

    Un tout grand merci à notre éminent confrère pour cette joyeuse communication :
    Réinsérer les plagieurs repentis.
  • Et merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux.

    Car, en plein accord avec cette citation attribuée à Albert Einstein : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. »

Avec mes très cordiales salutations.

Michelle Bergadaà
Professeur
Faculté d'Economie et de Management (GSEM), Université de Genève

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Lettre 63 : 08.07.2015

Lettre 63 - 08 juillet 2015

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Pour cette dernière lettre avant les vacances, nous avons résolument sélectionné de belles histoires.

  • Les jeunes relèvent la tête

    Pas une semaine ne passe sans que de jeunes professeurs-assistants ou maîtres de conférences ne nous contactent avec le désir d’agir pour un futur académique plus intègre. Le cas de ce mois-ci - Je suis si confus – révèle, avec leurs mots, les postures caractéristiques de notre « relève ». Notre méthode didactique étant plébiscitée, nous précisons dans ce cas les précautions à prendre avant de révéler des problèmes d’ordre éthique dans des thèses et/ou des articles. 

  • Les revues s'affirment

    L’éditorial de la revue Comptabilité-Contrôle-Audit  a pour titre « Ethique et recherche ». Nous aurions aimé l’intituler « Et un, et deux, et trois, zéro », car il s’agit de la suite logique du cas que nous avions traité d’abord au plan des stratégies institutionnelles, puis au plan des protocoles de publication et qui nous revient ce mois-ci sur le plan du plagiat. Merci aux auteurs de ce bel éditorial pour leur exposé patient et précis.

  • Les établissements frémissent

    La responsable de la procédure d’attribution du label anti-plagiat de la SGS, leader de la vérification et de la certification, vous informe que des ajustements ont été apportés au document Principes directeurs afin de tenir compte des remarques formulées par les premiers établissements demandeurs.

    Rappelons que la procédure d’obtention de ce label a pour principale vertu d’éveiller l’attention de tous les acteurs sur ce dysfonctionnement majeur qu’est le plagiat, mais aussi de protéger les établissements contre leurs collaborateurs indélicats. Ne croyez pas que le processus de changement institutionnel soit rapide et simple. Ainsi, une université suisse se dote au 1er août 2015 d’un règlement anti-plagiat, soit près de trois ans après la révélation de son problème de plagiat (cf. L’usine à gaz de Neuchâtel).

  • Salut Québec, salut bien

    Le Québec, qui avait été le premier à se mobiliser au début des années 2000 contre le plagiat, s’est tu pendant des années, les établissements étant incapables de fixer une politique commune. Mais, avec bien du bon sens, le Fonds de Recherche du Québec (FRQ) a développé et adopté une politique sur la conduite responsable en recherche qui entre en vigueur le 1er septembre 2015. En centralisant les problèmes survenus dans tous les établissements de la province, le Québec se dote  aussi de la première base de données pour analyser l’évolution du phénomène.

    Si vous ne deviez distribuer qu’une seule de leurs cinq brochures simples et efficaces à vos doctorants et à vos collègues, ce serait celle-ci : La conduite responsable en recherche : à moi de jouer !

  • De l’humour, de l’humour, de l’humour !

    Si vous n'appréciez pas l'humour absurde, n'ouvrez pas le texte du philosophe Richard Glauser : Luttons contre le plagiat et son apparence. Cette lecture de l’été relève d’un genre littéraire nouveau en matière de plagiat propre à détendre l’atmosphère. Pour ma part, j’ai beaucoup ri.

N’hésitez pas à me faire part des situations que vous aimeriez me voir aborder à la rentrée. Par exemple, plusieurs d’entre vous me demandent de traiter de ce cas particulier de plagiat du fait d’un auteur fantôme (ghost writer) qui exige d’être ajouté comme coauteur sur des publications, sous peine de représailles. Nous aborderons donc ce sujet délicat et tous vos exemples sont les bienvenus.

Je vous souhaite un très bel été et vous donne rendez-vous en septembre.

Meilleurs messages

Michelle Bergadaà
Professeur
Faculté d'Economie et de Management (GSEM), Université de Genève

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Lettre 62 : 21.05.2015

Lettre 62 - 21 mai 2015

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Si vous ne deviez lire qu'une seule de nos lettres, optez pour celle-ci. Elle comporte le meilleur comme le pire.

Le meilleur

Il est né ! Le label anti-plagiat de la SGS, leader mondial de la vérification et de la certification. Par l'adoption d'un programme anti-plagiat, les établissements manifestent leur volonté de s'engager dans la voie de la transparence. Ce label contribue aussi à la notoriété de l'entité en matière d'éthique. Adopter un programme anti-plagiat, c'est anticiper la crise imminente. Les établissements pionniers de cinq pays européens ont demandé à être labélisés dès 2015. Pour 2016, voyez si vous pouvez y prétendre et contactez la responsable SGS en charge du dossier.

Le pire

Lisez ce cas ahurissant d'une thèse de doctorat 100% plagiée : Jury souverain ? Avec ses 12 étapes que nous décryptons, vous saurez comment agir quand vous y serez confrontés ; que vous soyez haute autorité d'un établissement du supérieur ou parlementaire, directeur de thèse ou membre de jury. Chaque année, des dizaines de doctorats sont délivrés pour des thèses intégralement plagiées par téléchargement de manuscrits en ligne et des centaines qui comportant 10 à 50% de plagiat passent inaperçues ou sous silence… Toutes les disciplines sont concernées.

Le premier Etat à se mobiliser

Au Luxembourg, le secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur et à la Recherche a donné, le 22 avril 2015, mission aux institutions de recherche publiques de créer une structure nationale pour l'intégrité scientifique de la recherche. Cette structure aura 2 missions : promouvoir les bonnes pratiques scientifiques et installer une commission d'experts internationaux qui instruira tous les cas d'indication ou d'allégation de manquements à la probité scientifique.

La lecture du mois

Merci à Pascal Engel, directeur d'études à l'EHESS, pour son texte Gyses et Lassie. L'auteur traite du sujet du plagiat sur le mode ironique, mais que l'on ne s'y trompe pas : il est tout à fait conscient qu'il s'agit d'une grave lame de fond. Sa question est ici de savoir si le plagiat n'est pas consubstantiel à l'Internet.

Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux depuis 11 ans. Vous êtes aujourd'hui près de 28'000 abonnés.

Avec mes très cordiales salutations.

Michelle Bergadaà
Professeur
Faculté d'Economie et de Management (GSEM), Université de Genève

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Lettre 61 : 03.03.2015

Lettre 61 - 03 mars 2015

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

La fracture de notre société académique est maintenant visible de tous. Le plagiat en est à la fois une cause, car il pervertit les fondements de notre métier, et une conséquence, puisqu'il découle d'une course à la productivité souvent déconnectée de la recherche et de l'innovation.

Nous inscrivons, ce mois-ci, cette fracture dans quatre thèmes convergents :

  • Le cas de ce pillage d'un mémoire de Master par un professeur, que nous avions relaté dans Master'Copy, a trouvé son épilogue avec le retrait des articles incriminés par les revues concernées et les excuses du plagieur. Ainsi, l'auteur récupère la paternité officielle de son travail. Espérons que le fautif ne subira pas de double peine et que son établissement l'aidera à reconstruire une identité de chercheur éthique par ses travaux. 

  • Autre débat très actuel, et non des moindres. Madame la Présidente de cette grande université française, s'il vous plait, pourriez-vous répondre quand la société civile vous interpelle depuis octobre 2014 avec ce cas Silence ! On triche ? Nous comptons sur vous, car il s'agit bien ici de la crédibilité du monde universitaire. Une thèse de complaisance aurait peut-être pillé les travaux de professionnels... Merci également à l'auteur du texte de nous confronter avec humour, mais sans méchanceté, à nos dérives. 

  • Pourquoi le plagiat est-il présent dans toutes les pratiques académiques et si mal géré par nos établissements ? Notre texte Les errements de nos établissements (24 pages) se fonde sur l'analyse des réponses de 367 personnes que nous remercions ici (321 professeurs et 46 doctorants). Notre texte se conclut par la proposition d'un dispositif de traitement du plagiat par les établissements académiques.

  • A la demande de l'un des acteurs, le texte publié le mois dernier à propos de la controverse sur "Les conflits d'intérêts dans l'édition d'articles scientifiques" a été retiré de notre site. Conformément à la vocation de notre site collaboratif, à la demande des auteurs et sous leur entière responsabilité, nous vous invitons à lire : a) La réponse détaillée qui en conteste les éléments (NDK) et b) La réponse au rapport de NDK (RMS). Lecteurs, chercheurs aguerris ou doctorants, n'hésitez pas à poursuivre directement avec eux ce débat.

Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux et/ou inscrivent des collègues. Vous êtes aujourd’hui près de 25'280 abonnés.

Avec mes très cordiales salutations.

Michelle Bergadaà
Professeur
Faculté d'Economie et de Management (GSEM), Université de Genève

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Lettre 60 : 03.02.2015

Lettre 60 - 03 février 2015

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

2015 débute très fort dans notre champ d’investigation. Notre sélection porte aujourd’hui sur des dossiers qui, hélas, préfigurent du risque d’implosion à moyen terme de notre société académique. C’est dans les failles de nos trois instances - associations académiques,  journaux scientifiques et établissements d’enseignement - que nous ancrons ces textes :

  • Un grand merci à ceux qui ont répondu à notre dernière enquête. L’analyse de vos réponses débouche sur un de nos textes les plus aboutis : Nos communautés disciplinaires et le plagiat (25 pages). Vous y reconnaitrez vos verbatims et des cas ayant marqué diverses disciplines. Le texte se conclut par la proposition d’un dispositif de traitement du plagiat qui fonctionne avec succès dans une communauté scientifique. Nous avons hâte de recevoir vos critiques. 

  • Vous êtes rédacteur en chef de revue, responsable d’association ou d’établissement académique (ou auteur) : lisez ce cas extrêmement fouillé de Ridha Mohamed Shabou (Professeur de Finance). Il ne s’agit pas de plagiat, mais des failles légales de notre système. Conflits d’intérêts dans l’édition d’articles scientifiques (13 pages) éclaire de facto l’article Bien joué de notre rubrique « Humour », cas d’un établissement qui avait su manier le système d’évaluation des établissements. 

  • Voici un cas typique et récurrent : le pillage d'un mémoire de Master par un professeur. L'histoire se déroule sur 10 ans entre la France et la Belgique. Nous la commentons dans Master Copy afin d'illustrer les erreurs qui auraient pu être évitées. Merci de vous y reconnaître avant de me contacter : suite à la publication de notre texte La volonté d'agir, nous avons reçu de (trop) nombreuses demandes d'aide ; de ceux qui décident de révéler des plagiats comme de ceux qui ont honte de ne pas réagir.

Concernant l’Agenda, nous retenons de l’actualité que les Présidents d’Universités bougent -  enfin ! - en France, avec leur séminaire du 29 janvier dont l’objectif était de préciser les engagements partagés entre les institutions à propos de la fraude et du plagiat. Notons le lancement d’une Structure nationale pour l'intégrité scientifique de la recherche au Luxembourg, le 22 avril 2015. Nous ferons le bilan des cinq dernières années d'analyses de cas de plagiat par la « Research Integrity Commission» que nous présidons au FNR.

Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux et/ou inscrivent des collègues. Vous êtes aujourd’hui près de 25'000 abonnés.

Avec mes très cordiales salutations.

Michelle Bergadaà
Professeur
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Lettre 59 : 22.11.2014

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Vous avez été nombreux à répondre aux questions de notre recherche collaborative en ligne et/ou à formuler vos suggestions par courriel. C'est important pour la recherche ; c'est important pour l'action. Dites-nous si nous avons oublié votre nom dans les remerciements.

L'époque est riche en rebondissements pour notre thriller collectif du plagiat. Notre sélection porte aujourd'hui sur quatre thèmes qui préfigurent de la tonalité de l'année 2015 aux plans individuels, associatifs, médiatiques et institutionnels.

  • D'abord un grand merci à ceux qui ont répondu à notre question provocatrice : « Si vous convenez du comportement plagieur d'un de vos confrères et que vous ne le dénoncez pas, quelle en est la raison ? ». L'analyse de vos riches réponses nous conduit des « épreuves » du faire et du dire, aux dimensions identitaires de la motivation à agir (ou pas), puis à l'action. Voici la synthèse : «La volonté d'agir» (19 pages).

  • Quid de nos associations académiques ? Quel est leur ordre implicite ? Comment s'organisent nos systèmes de révision des revues ? Lisez le texte admirable de Michel Charles : Le Plagiat sans fard. Recette d'une singulière Imposture (Fabula). Il nous parle du cas de la communauté des Lettres, mais qu'en est-il des autres disciplines ? Aidez-nous à comprendre en répondant aux questions du cas de ce mois : Lettres extrêmes.

  • Nous retenons de l'actualité la rapidité avec laquelle la Directrice de l'École de Journalisme de Sciences Po a été mise en congé de ses fonctions dès les faits de plagiat dénoncés. Le remarquable article signé Vincent Coquaz est d'une redoutable minutie dans ses procédures ; nous les décryptons dans le cas Dispositifs journalistiques. Enfin ! Les journalistes restaurent leur propre cadre déontologique. Gageons qu'ils seront plus réactifs et solidaires à ce propos que nous.

  • Vous n'éviterez pas la lecture de l'article d'Etienne Gless qui se demande comment l'Ipag, une petite école de commerce « postbac » (i. e. post Cégep ou post Maturité), est parvenue en 2013 à publier plus d'articles de recherche que la mieux classée des Business School de France, HEC Paris. Nous l'avons placé sous le thème Bien joué de notre rubrique « Humour » car les dirigeants de ce petit établissement, résolument pragmatiques, y dévoilent clairement comment ils ont analysé le système de classement des établissements, joué et gagné. Mais une telle ferveur de productivité ne fait-elle pas prendre des risques accrus en matière de plagiat ?

Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux et/ou inscrivent des collègues.

Avec mes très cordiales salutations.

Michelle Bergadaà
Professeur
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Lettre 58 : 25.10.2014

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Les cas soumis ci-dessous par nos abonnés sont significatifs de l'ampleur que prend le phénomène de plagiat académique et d'une prise de conscience de la multiplicité des acteurs impliqués en amont comme en aval.

Alors que nous avons souvent exhorté nos pairs à prendre en charge eux-mêmes ce phénomène arguant que « l'ordre académique n'est pas l'ordre juridique » ou que « l'ordre académique n'est pas l'ordre médiatique », force est de constater que ces « ordres » convergent.

  • Voyez la réponse à la question de recherche de la lettre N° 57 Touche'pas à mes slides de savoir qui est propriétaire de vos slides et de vos outils pédagogiques. Elle nous a été fournie par le Tribunal de Grande Instance de Bordeaux : « Il ne saurait être soutenu qu'un cours d'université n'est pas protégeable au titre du droit d'auteur… ». De plus, le plagieur concerné a été débouté en appel du fait qu'il contestait comme « manipulation » les tableaux comparatifs des preuves textuelles. Méthode que nous préconisons dans toutes les expertises (cf. par exemple, ce cas de 2011).

  • Nous avions initialement placé dans notre rubrique «Humour» le limogeage d'un collaborateur au motif que le discours de rentrée du Président du Conseil d'administration de l'Université Libre de Bruxelles avait été plagié (cf. C'est pas moi c'est lui). Finalement, sous la pression médiatique, ce Président a dû démissionner. Pourtant l'impact de son discours sur la recherche et l'enseignement est insignifiant. Nous avons donc revu notre copie en reclassant cette brève comme cas De quelle injustice parle-t-on ?

Ceci nous conduit tout naturellement à la question de recherche de cette lettre N° 58.

  • Notre responsabilité – au sens de Hans Jonas – nous appelle à nous déterminer - non pas selon une logique simpliste de la cause (le plagiat factuel) - mais en vertu d'une logique de la crainte vis-à-vis des conséquences éventuelles. Merci de lire Le comportement plagieur et ses conséquences, puis de contribuer à notre recherche collaborative en répondant (anonymement dans l'espace prévu) à la question : Si vous convenez du comportement plagieur d'un de vos confrères et que vous ne le dénoncez pas, qu'elle en est la raison ?

  • Ces conséquences d'un comportement plagieur sont magnifiquement illustrées par cette lettre de plainte d'un auteur qui impacte tous les acteurs et/ou victimes : l'éditeur d'une collection prestigieuse, le rédacteur en chef d'une revue scientifique, le Président d'une université, le Doyen d'un établissement académique, le Président de la commission d'intégrité d'une association scientifique, l'auteur se disant victime du rejet de l'article, son co-auteur, présumé auto-plagieur et plagieur…Voir Un petit monde si complexe.

Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux et/ou inscrivent des collègues.

Avec mes très cordiales salutations.

Michelle Bergadaà
Professeur
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Lettre 57 : 16.09.2014

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Une nouvelle année commence. Souhaitons qu'elle nous permette d'honorer ce principe de vérité qui constitue le coeur de notre métier de chercheurs et dont la quête exige une éthique sans faille.

Les trois cas soumis aujourd'hui à votre sagacité touchent encore aux fondements de notre système académique. Merci aux collègues qui nous ont permis de les élaborer.

  • Voici le cas d'une personne qui a obtenu un Doctorat en Droit 18 mois après avoir été exclue des universités françaises pour plagiat dans un Doctorat en Gestion. Peut-on conduire deux thèses de doctorat en parallèle, dans deux disciplines différentes, dans deux villes éloignées de 500 kilomètres, cela en travaillant à plein temps dans un pays étranger? Les indices successifs que nous proposons à votre analyse vous étonneront.

  • Le deuxième cas en est un de pédagogie : Touch'pas à mes slides. Chaque mois nous recevons des lettres de collègues choqués parce que leurs cours ont été plagiés. Certes, nous donnons avec générosité notre savoir à nos étudiants ; mais de là à offrir le fruit de notre travail à des collègues sans scrupules… Et vous-même, savez-vous à qui appartiennent vos slides et outils pédagogiques ?

  • Le troisième cas en est un de publication : Pérégrinations éditoriales. Vous y découvrirez qu'il n'y a pas de plagiat, puisqu'il n'y a pas de revue scientifique ; et qu'il n'y a pas de plagieurs, puisqu'ils n'existent pas. Mais un article, lui, a bien été plagié et il circule sans aucun droit sur la toile... via un site piraté.

Mais soyons optimistes !

  • Pour la première fois, un député français s'adresse à l'Assemblée Nationale appelant l'enseignement supérieur à « se doter d'un plan ambitieux de lutte contre le plagiat » (sic).

  • Le CNRS, en France, a publié en juillet «Promouvoir une recherche intègre et responsable». Quelle satisfaction de retrouver le qualificatif de « responsable », pour lequel nous avions opté, il y a 10 ans, en hommage, à Hans Jonas ! Bien sûr le plagiat y trouve sa place et notre site est indiqué en référence.

  • Rappelons ici les sanctions proposées par le Fonds National Suisse (FNS) qui sont semblables à celles du Fonds National de la Recherche (FNR) du Luxembourg dont nous présidons la Commission Intégrité.

  • Notons enfin la journée organisée par l'Académie des Sciences Inscriptions et Belles Lettres de Toulouse, sur le thème «Démarches Scientifiques : Le numérique bouleverse la donne» le 15 octobre prochain. Nous présenterons nos derniers travaux sur le plagiat.

Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux et/ou inscrivent des collègues.

Avec mes très cordiales salutations.

Michelle Bergadaà
Professeur
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Lettre 56 : 13.07.2014

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

L'année se termine sur une note positive : de nombreux établissements s'engagent dans la mise en place de dispositifs d'appréhension du plagiat en s'appropriant, à leur manière, celui que nous proposons articulé en douze plans.

Je résume ici un trimestre riche du travail et des amitiés réelles nées de ces rencontres.

  • A Coimbra (Portugal), les 8 et 9 mai 2014, un colloque a réuni des représentants de plusieurs établissements européens et des chercheurs de haut niveau. L'équipe de Coimbra nous a présenté les premiers résultats de ses travaux (A ética dos alunos e a tolerância de professores e instituições perante a fraude académica no ensino superior) conduits depuis 2011. J'ai retenu pour vous deux conclusions de ces journées :

    • - Cessons de vouloir éradiquer le plagiat. Il est au savoir ce que la drogue est au sport ou les problèmes de financement aux partis politiques. Parce que l'on cherchera sans cesse à « booster » les performances, individuelles et collectives, il y aura toujours - au coeur de notre communauté de connaissance - des personnes au comportement tricheur et manipulateur.
    • - Admettons que le mode d'apprentissage des étudiants se soit radicalement modifié par l'impact du digital. Pourquoi ne pas imaginer d'abandonner simplement le système de contrôle par les examens et les mémoires ?

  • A La Rochelle (France), le 22 mai dernier, se sont réunis les acteurs TICE & Pédagogie des universités de La Rochelle, Limoges et Poitiers dans une ambiance également chaleureuse et créative. Nous avions donné pour mot d'ordre : pas de discours, du pragmatisme. Ce fut parfait. Rendez-vous est donné à Limoges en 2015 pour le bilan de la première année de travail collaboratif. J'ai retenu deux points pour vous :

    • - Les logiciels de détection de similarités sont d'ores et déjà dépassés dans leur usage de traque au plagiat : il faut les concevoir comme des outils pédagogiques pour aider les étudiants à comprendre comment valoriser leurs idées et raisonnements.
    • - Les établissements du supérieur devraient créer un didacticiel commun, financé par l'Etat et résolument orienté à l'horizon 2025, en y associant les éditeurs scientifiques afin que la base d'archivage des tapuscrits soit complète.

  • A Chambéry et Grenoble (France), se sont réunis le 8 juillet dernier les acteurs de la future université Grenoble Alpes. Après une première année de travail, les universités de cette région souhaitent se doter d'un dispositif léger, source de cohésion entre elles. J'ai retenu deux réflexions pour vous :

    • - L'impérieux besoin d'impliquer les dirigeants des établissements académiques pour avoir une chance de mettre en place un dispositif semblable à celui que nous proposons.
    • - La fatuité de croire que l'on peut éduquer à la déontologie et l'éthique chacun de nos innombrables étudiants. Il serait donc nécessaire de former des « relais », exactement comme pour les virus informatiques ou la sécurité incendie. Ensuite, chacun, à son niveau, saurait à qui s'adresser lorsqu'il détecte un comportement plagieur ou pour demander conseil.

  • A Lausanne (Suisse), nous avons été plus pragmatiques encore, le 9 juillet 2014. Avec des représentants du rectorat des Hautes Ecoles Spécialisées de Suisse Occidentale (HES-SO) nous envisageons la mise en place de formations ad hoc pour ces « relais » (ou « veilleurs ») de la « valorisation des idées sans plagiat », ainsi qu'une norme d'accréditation pour les établissements qui s'engagent avec des dispositifs solides dans cette nouvelle voie. Mais, de cela, nous vous parlerons dans les années à venir.

Si le plagiat bouscule nos certitudes en matière de connaissances, le phénomène nous oblige à devenir, ensemble, plus intelligents. C'est prodigieux.

Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux et/ou inscrivent des collègues.

Je vous souhaite de belles vacances.

Michelle Bergadaà
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Lettre 55 bis : 05.06.2014

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Un tout grand merci à ceux qui vous êtes manifestés directement auprès des acteurs concernés par le cas de la jeune doctorante, suite à ma lettre 55 du 1er juin dernier.

Le dernier mot revient à trois des co-auteurs qui ont écrit cette lettre de contestation au Rédacteur en Chef de la revue ayant publié ce texte douteux. A lui d’agir.

Vous avez eu raison de laisser parler votre coeur et le coeur de suivre votre raison.

  • Car, cela requiert de l’altruisme et un vrai sacrifice en terme de temps quand vous collaborez à ce travail de recherche et d’action sur le phénomène de plagiat académique.

  • Et cela vous demande du travail et de la patience pour créer - dans vos environnements institutionnels ou associatifs - de véritables instances de médiation où puissent se dérouler sereinement les analyses puis dire,  de manière dépassionnée,  le vrai et le juste.

Merci également aux  22'895 abonnés de la « Lettre Responsable » pour leur fidélité.

Très cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur
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Lettre 55 : 01.06.2014

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Si l’intégrité académique et l’honnêteté intellectuelle sont des valeurs universelles et partagées par le plus grand nombre, les normes érigées dans chaque discipline peuvent présenter une  certaine variance.

In fine, l'ordre académique restera toujours fondamentalement soumis à l'évaluation des pairs. Car - nous ne cessons de l’exprimer - l'ordre académique n'est un ordre, ni médiatique, ni juridique, ni éditorialiste.

Tel est le focus des deux cas que nous vous soumettons.

Une jeune chercheuse, ayant obtenu un doctorat en chimie, se plaint auprès de l'éditeur d’un journal (Elsevier) de retrouver dans un article des résultats de son manuscrit de thèse, sans qu'elle ne soit mentionnée. Le Rédacteur en chef lui propose alors de publier ses arguments, ce qu'elle fait dans un tableau comparatif.

Les neuf auteurs de l’article remis en cause ont ensuite signé une diatribe que d'aucuns qualifieraient de diffamatoire. Les co-auteurs du CEA de Grenoble et ceux de l’industrie ont-ils adhéré à ceci ?

Chacun d'eux est-il certain d'avoir bien lu le document Qualité d'auteur de publications scientifiques?

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Voici un cas qui nous a été soumis il y a un peu plus de deux ans.  C’est un cas "lourd", parce que le présumé plagieur est actuellement vice-président recherche d'une université de plus de 18’000 étudiants. Il est professeur de classe exceptionnelle en France.

Nous avons donc procédé comme à notre habitude : sur la base du travail d’experts de cette discipline à qui nous avons demandé d’analyser trois échantillons de la production de cet auteur, un récent, un datant d’au moins vingt ans et un de dix ans. Ceci nous permet de dégager l’enracinement du mode opératoire, puis son évolution dans le temps.

Là, s’arrête notre travail de recherche.

L'étape suivante consiste à soumettre les éléments réunis à la lecture de la communauté scientifique concernée - ici l'histoire – pour validation. Ainsi en est-il de notre méthode de travail interactionniste. Bien entendu, pour éviter toute partialité, nous nous sommes assurés que la très grande majorité des actifs de cette discipline des quatre principaux pays francophones (France, Suisse, Belgique, Québec) reçoive notre courrier (Lettre 55) et puisse analyser ce cas.

Et vous qu’en dites-vous ?

* * *

L’univers de la lutte contre le plagiat et la fraude académique évolue sous l’action des principaux acteurs de notre système académique. 

Nous explorerons dans notre prochain courrier les procédures institutionnelles que nous aidons à mettre en place dans divers établissements pour lutter efficacement contre le plagiat des étudiants. Vos témoignages sont les bienvenus

Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux et/ou inscrivent des collègues sur notre site.

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
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Lettre 54 : 16.04.2014

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

L'univers de la lutte contre le plagiat et la fraude académique évolue sous l'action des principaux acteurs de notre système académique.

• Des présidents et recteurs plus efficaces

Notre cas emblématique est aujourd'hui celui d'un président d'université TGV. Le Magnifico Rettore, Università degli Studi di Salerno (Italie) a sanctionné la personne fautive et adressé ses excuses personnelles à la victime et au président de son université. Et tout a été réglé en 3 semaines. Ce cas en 4 actes clés est riche en leçons sur les comportements des différents protagonistes (plagieur, plagiés, éditeurs, services légaux, autorités) de 4 pays différents.

• Des formateurs engagés

Ce n'est pas le jour d'une soutenance de doctorat que l'on doit dénoncer un plagiat et donner six mois au fautif pour éliminer de son texte les preuves de supercherie ! L'établissement ne fait là que se couvrir au plan légal. L'éducation à une éthique rigoureuse doit se concrétiser avant les études doctorales ou, au plus tard, durant celles-ci. Et des initiatives voient le jour :

  • - Les Ecoles doctorales sont confrontées à des demandes toujours plus pragmatiques de leurs étudiants. Les séminaires de déontologie et de réflexion sont délaissés au profit de ceux à usage immédiat. Que faire ? A la Conférence Universitaire de Suisse Occidentale (CUSO), nous avons appelé nos autorités à inciter une minorité de nos quelque 6000 doctorants à se former à une éthique pratique. Ces « relais de la déontologie » seraient ensuite les veilleurs d'un avenir académique responsable. Voici notre lettre à tous les Recteurs.

  • - Les universités de La Rochelle, Limoges et Poitiers (France) se sont concertées pour organiser, le jeudi 22 mai 2014, un symposium «Les travaux des étudiants rédigés dans les règles de l'art - Le plagiat interroge l'institution dans son ensemble». Le programme en est, là encore, résolument pragmatique et actionniste.

  • - L'université de Coimbra (Portugal) organise une conférence internationale les 8 et 9 mai 2014 sur le plagiat et la fraude dans les études supérieures.

• Des éditeurs malmenés…

… qui parfois sombrent dans le ridicule. En 2008, nous avions raconté, dans notre rubrique "humour", le cas de SCIgen , un programme qui produit des articles scientifiques en informatique de manière aléatoire. Il semble que la farce s'arrête : Springer a annoncé en février 2014 qu'il retirait de ses archives 16 de ces faux articles créés aléatoirement.

Parce que ces éditeurs de revues scientifiques sont incontournables - dans la construction d'une carrière académique individuelle comme dans les classements internationaux des établissements - deux actions nous ont franchement amusés :

  • - La première est l'oeuvre de vrais pairs, collègues de nombreuses disciplines : «The Journal of Universal Rejection ». C'est bien le meilleur journal du monde puisque… le taux d'acceptation est de 0%. Voyez également la Conférence of Universal Rejection du 16 août 2014. Le tout est digne des petites annonces de Pierre Dac.

  • - La deuxième est la (vraie) réclame d'un vendeur d'articles clés en main : Comment traiter les refus/révisions des éditeurs ? avec pour argument de vente : « La plupart des éditeurs reçoivent des centaines voire des milliers d'articles par mois. Par conséquent, quand un nouvel article arrive sur leur bureau, leur premier réflexe en règle générale (et malheureusement) est de chercher les motifs de le refuser. ». Imaginons un instant que nos doctorants débutants découvrent cette propagande !

C'est sur cette note d'humour, qui, espérons-le, vous aura détendus, que nous vous souhaitons de belles vacances de printemps.

Nous regrettons de ne pouvoir partager avec vous tous les cas que nous traitons chaque semaine, ni le résultat de nos expertises formelles pour lesquelles nous sommes mandatés. Mais, très bientôt, nous prendrons le temps d'écrire un livre, c'est promis.

Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux et/ou inscrivent des collègues sur notre site.

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
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Lettre 53 : 31.01.2014

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

 

Nous commençons cette année 2014 avec le sentiment d'avoir réussi, collectivement, à ce que les choses soient dites clairement - plagiat - et que soit enfin compris ce fait : le plagiat n'est que lien indiciel (au sens de Peirce) entre un comportement fautif et son origine, soit le dysfonctionnement collectif.

 

Le schisme entre l'ordre académique et l'ordre juridique

  • Dans le cas de l'«Usine à gaz de Neuchâtel» (Saison 2) : le 29 janvier 2014, le Conseil d'État a rendu ses conclusions : X reçoit un blâme, non à cause du plagiat – le mot est enfin prononcé – mais parce qu'il a nuit à l'image institutionnelle. Ce nouveau développement met en exergue ce schisme entre l'académique et le juridique de manière si exemplaire qu'il vaut mieux voir par vous-mêmes en lisant notre résuméici.

  • Nous étions perplexes en écrivant l'Art de l'esquive au Québec. Il est improbable que les Québécois soient moins plagieurs que les Européens. Nos collègues de plusieurs établissements nous ont permis de comprendre le problème juridique sous-jacent.

  • Néanmoins, en France, une évolution se profile. Le 19 décembre 2013, le tribunal correctionnel de Paris a rendu ses conclusions : Y est condamnée pour contrefaçon des oeuvres de l'esprit (master de X) avec affichage de la décision dans les locaux des universités concernées. On se souviendra que l'un des co-directeurs de sa thèse est l'actuel directeur de la Société française et francophone d'Ethique Médicale.? Voir : «Cas de jurisprudence».

  • Une supplique à tous nos dirigeants institutionnels : n'abandonnez pas votre responsabilité académique aux seuls juristes ! Renseignez-vous sur ce qu'est le plagiat ! Visionnez notre conférence didactique : «Détection et prévention du plagiat dans les publications scientifiques». Le son et l'image sont absolument excellents. Merci aux organisateurs du Symposium «Le plagiat : de la négligence à la fraude» de Lausanne (Suisse).

La violence symbolique de notre monde académique

  • Voici un échange entre mathématiciens qui illustre clairement la violence symbolique et le cynisme qui existent dans certains de nos processus de révisions scientifiques.

  • Olga Collaone, docteur en psychologie clinique & sociale, Psychologue clinicienne nous livre son analyse «Quelques repères cliniques à propos des délinquants du Savoir et de la perversion sociale...». Elle porte sur le caractère pervers des délinquants que nous avions qualifiés de « manipulateurs » dans notre taxonomie.

  • Dans notre dernière enquête, nous constatons que les positions se sont grandement radicalisées : il y a ceux de nos pairs qui veulent dénoncer nominativement les plagieurs et ceux qui jugent plus fonctionnel de maintenir l'anonymat. Ceux qui ne font pas confiance aux établissements pour lutter contre ces délinquants, ceux qui les perçoivent même comme des « casseurs de profs », et ceux qui les pensent prêts à se remettre en cause. Etc.

  • Pour affiner les raisons de cette radicalisation de vos postures, il nous faudrait au moins cinquante réponses de plus avant de vous communiquer les résultats de l'analyse de contenu. Merci à ceux qui veulent nous aider en remplissant ce rapide questionnaire !

Et l'espoir malgré tout

  • Epilogue heureux dans le cas de l'association scientifique qui avait ouvert une banque d'articles capturés sur des sites de revues et de conférences, ce sans autorisation des auteurs et des éditeurs. Suite à notre action elle a été fermée et son président nous a invitée comme conférencier d'honneur pour parler de plagiat et de déontologie.

  • Nous croisons des juristes lors de nos expertises réalisées dans le cadre que nous préconisons. Ils fonctionnent réellement en logique de la conséquence, et non de la simple cause, et ont ainsi une perspective responsable pour notre société en mutation. Etant tenue au devoir de réserve, nous ne pouvons que saluer ici, anonymement, leur grande intelligence.

Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux et/ou inscrivent des collègues sur notre site.

Bien cordialement

 

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing

Geneva School of Economics and Management (G-SEM)
Université de Genève

 

 


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Lettre 52 : 15.12.2013

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Noël approchant, nous vous offrons deux surprises de notre rubrique « humour » :

  • Shopping de Noël. Offrez à votre conjoint des vacances de rêve. Qui n'a jamais participé à une conférence peu sérieuse au plan scientifique, mais attractive au plan touristique ? Voir notre mode d’emploi de ce catalogue de conférences fictives.

  • Gagnez de l’argent sans effort. Créez une association scientifique, faites payer les adhésions puis donnez l’accès aux adhérents à des articles intégralement copiés-collés, comme le pratique la nouvelle Association Maghrébine du Marketing. Merci aux collègues du Comité scientifique de lire ce cas, puis d’intervenir pour leur expliquer les règles du copyright scientifique.

A mon tour : comme cadeau de saison, j’aimerais que vous ayez la gentillesse de répondre aux 5 questions posées ci-dessous. Vous m’aideriez beaucoup à progresser.

1/ Nous publions les cas de délinquance de la connaissance quand ils sont de notoriété publique ; nous ne révélons rien des cas de plagiat traités au sein de commissions convenablement constituées et faisant un travail irréprochable. Un procureur d’une république nous a dit récemment : « La discrétion, c’est votre fonds de commerce ! ». Effectivement, la confiance et la préservation de la personne – victime ou agresseur – restent impératives pour ne pas ajouter souffrance et diffamation à des sanctions légitimes.

  • Question : Sommes-nous trop « confidentiels » ? Mais comment, sinon, aborder une telle problématique sociale et faire peu à peu bouger notre communauté ?

2/ Nous ne cessons de le répéter : « Témoins ou victimes de plagiat, ne parlez à personne ! » Cela se retournerait inévitablement contre vous. Tout système bannit a priori ses lanceurs d’alertes... Étudiez calmement nos recommandations, demandez conseil pour monter des dossiers en toute discrétion et solidité, puis écrivez. Alors, nous vous garantissons gain de cause.

  • Question : Pourriez-vous enrichir ces recommandations de vos expériences?

3/ Nos systèmes académiques ne sont pas encore (tous) mûrs pour traiter sainement des cas de plagiat. Pourquoi cette myopie, voire cet engagement dans l’erreur dans certains cas d’école ? Ces institutions refusent-elles sciemment de colmater les brèches déontologiques creusées par quelques délinquants du savoir qu’elles abritent ? Ou, sommes-nous dans le déni inconscient ? Des collègues psychiatres nous ont promis de répondre prochainement.

  • Question : Quel est votre avis sur la lenteur à réagir des institutions : refus assumé ou déni inconscient ?

4/ Les actes des délinquants du savoir commencent avec la négligence de directeurs de thèse qui leur décernent des thèses de complaisance sans vérifier qu’ils ont acquis notre éthique. Certes, depuis 2-3 ans la vigilance de membres de jurys s’accroit partout. Ouf. Mais nos collègues du Liban, de Tunisie et d’ailleurs nous demandent d’alerter la communauté sur la pratique de certains professeurs dirigeant 20, 30 thésards, voire davantage.

  • Question : Ces directeurs de 20 ou 30 thèses : fiction ou réalité ? Merci de nous éclairer à ce sujet.

5/ A contrario nous sommes souvent sollicitée par des Écoles doctorales pour aider leurs jeunes doctorants à construire une identité éthique, alors que la course à la publication est leur leitmotiv. En 1994, nous avions élaboré dans de tels groupes un code de déontologie du professeur.

  • Question : Pensez-vous que ce « Contrat moral du professeur », fondement de notre métier, soit totalement obsolète ? En d’autres mots : Que reste-t-il de nos valeurs ?

Pour accéder à ce rapide questionnaire et répondre à nos interrogations allez sur ce lien. Nous compilerons vos réponses et les placerons sur le site en début d’année prochaine.

En cette fin d’année, je souhaite rendre hommage à tous ceux qui contribuent à l’existence de ce site collaboratif et à sa vie. Il est modifié au fur et à mesure de leurs contributions. J’ai nommé : http://responsable.unige.ch/top/contributions/remerciements.html

De très belles fêtes à vous et à ceux qui vous sont proches. A tout bientôt.

 

Michelle Bergadaà

Professeur de communication et de marketing

Faculté des SES, Université de Genève

Site responsable: http://responsable.unige.ch/

 


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Lettre 51 : 23.10.2013

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Il y a 10 ans, j'ai débuté ce travail de recherche et de recherche-intervention sur le plagiat et l'intégrité académique. Pour entamer une nouvelle décennie, nous avons entièrement rénové le site Responsable afin que vous puissiez naviguer plus aisément et vite trouver les éléments dont vous avez besoin. Merci de le visiter et de nous signaler les points à améliorer !

Vous avez été très nombreux à contribuer à l'analyse du phénomène et à participer à ce combat collectif. Aujourd'hui, vous êtes 22'970 abonnés et plusieurs relaient notre vigilance dans leurs réseaux professionnels et sociaux, tel Hervé Maisonneuve dans sa lettre en médecine.

Le phénomène de plagiat ne faiblit pas, malgré un bel éveil des consciences. J'interviens fréquemment comme experte dans des commissions d'enquête. J'ai aussi été appelée comme témoin du Procureur de la République au Tribunal de Grande Instance de Paris le 18 octobre dernier. On commence à se préoccuper de la responsabilité de nos dirigeants d'établissements académiques.

Il était temps. Nous sommes interloqués par l'affaire de Neuchâtel. Certes, le professeur fautif a fini par être révoqué avec effet immédiat, le 30 septembre 2013. Mais cela aura été une année de péripéties, avec des épisodes à peine croyables : perquisitions chez un journaliste et à l'université, des professeurs sanctionnés, etc. Nous vous invitons à lire ce cas d'école : L'usine à gaz de Neuchâtel.

Le 27 mars dernier, la Télévision Suisse Allemande nous avait appelé à témoigner : la «Rundschau» avait accusé Christoph Mörgeli d'avoir validé des thèses de complaisance en doctorat. Il s'avère que les accusations de la «Rundschau» étaient bel et bien justifiées. C'est du moins ce qu'affirme une commission internationale d'experts, engagée par l'Université de Zurich (source : TagesAnzeiger).

Il est fondamental que chaque dirigeant d'institution comprenne que, s'il ne se saisit pas du problème de plagiat et de la fraude académique qui impactent notre cœur de métier, ce seront les médias qui le feront.

Donc, il est urgent que chacun comprenne les protocoles de fonctionnement des commissions d'enquête. C'est simple et économique (en terme d'image institutionnelle, de temps et de préservation de la sérénité des acteurs).

De bonnes nouvelles pour conclure :

  • La recherche en matière d'intégrité scientifique se développe. Consultez la rubrique Agenda pour être informés des colloques internationaux à venir sur le thème du plagiat. Ce trimestre, un groupe de collègues de Grenoble (France) a entrepris un projet de recherche sur le thème de l'intégrité académique. Merci de répondre à leur questionnaire en ligne.
  • Les publications se multiplient également. Ainsi, le dossier spécial de Culture & Sociétés a pour thème « Tu ne plagieras, point ». Ce sont véritablement huit articles de très belle facture qui constituent ce dossier. Dans son ouverture j'en synthétise le contenu.

Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux et/ou inscrivent des collègues sur notre site.

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing

Faculté des SES, Université de Genève

 

 

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Lettre 50 : 23.06.2013

 

Lettre 50
23.06.2013

 

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Le plagiat est maintenant admis comme un phénomène social. Que Gilles Bernheim, grand Rabbin de France, se comporte comme un voyou n'étonne presque plus personne. Qu'Annette Schavan, ministre de l'Education d'Allemagne ait plagié son doctorat ne surprend plus. Que les universités suisses se révèlent infectées comme le démontrent les récentes affaires de Neuchâtel, après celles de Fribourg et de Zurich, paraît logique.

Face à l'évidence, le système de défense académique est en train de se structurer rapidement. Si vous ne savez pas où et à qui vous adresser en voici les sept acteurs majeurs :

  • Les alerteurs : Ils alertent les médias et le public des grands scandales de société auxquels les autorités restent sourdes. Leur force est la pugnacité et le caractère médiatique de leur action. Après s'être principalement investis dans la santé publique et les problèmes d'écologie, nous les retrouvons dans nos sphères académiques. Ils dénoncent, par exemple, les faux diplômes universitaires rarement contrôlés ou le phénomène occulté d'épidémiologie universitaire.

  • Les institutions : Lentes à démarrer, ayant tenté d'étouffer le scandale du plagiat en voulant le cantonner aux dérives estudiantines, elles commencent à organiser leurs processus. Leur force est alors de créer des règlements internes d'éthique qui ont préséance sur la législation externe. Ainsi en est-il des Académies suisses des sciences qui publient cet excellent guide : « Qualité d'auteur des publications scientifiques ».

  • Les traqueurs : Ils épinglent sans relâche les personnes qui se comportent comme des voyous. Leur force est de s'attaquer à des individus ou à des établissements emblématiques, donc de bénéficier de la caisse de résonance des médias. Par exemple, Jean-Noël Darde nous livre encore un dossier fort bien articulé et amplement illustré : L'Université Lyon 3, le plagiat, et les ratés de la Francophonie.

  • Les chercheurs : Le plagiat, phénomène social, a pris assez d'ampleur pour que nous soyons nombreux sur ce champ. Notre force est d'analyser le phénomène comme un fait objectif et non comme un particularisme propre à quelques personnes. Elle est aussi de fonctionner en réseau. Ainsi, nous attendons vos observations et vos critiques sur ce texte sur l'autoplagiat que l'on nous demande de produire pour le Québec. Avec un peu de patience et l'appui des alerteurs et des traqueurs, les chercheurs sont parfois entendus au niveau de l'État.

  • Les experts : Tous les établissements universitaires étant touchés, ils doivent créer des commissions chargées d'analyser les cas de plagiat et recourir à des experts. Ces commissions sont généralement présidées par un docteur en droit et comprennent un ombudsman (personne indépendante et objective), un expert de la discipline concernée et un expert du plagiat neutre. Nous faisons ainsi partie de plusieurs commissions en Suisse, France, Luxembourg et Italie. Notre légitimité repose sur notre connaissance de toutes les situations possibles à force de traiter des cas depuis dix ans.

  • Les conseillers : Nous sommes aussi plusieurs à agir, en amont, comme premiers conseillers pour les auteurs plagiés. Notre rôle consiste à analyser objectivement les faits que l'on nous soumet et dire « Oui, vous pouvez entrer en matière » ou « Vous n'avez pas assez d'éléments pour déposer plainte pour plagiat ». En aucun cas nous n'intervenons comme « expert » à ce stade, et nous n'acceptons pas que nos conseils soient ensuite instrumentés par des instances externes au monde académique (avocats, prud'hommes, etc.) comme nous avons dû le rappeler sèchement dans ce courriel.

  • Les confidents de plagieurs : Sommes-nous nombreux ? Nous recevons de plus en plus d'appels de personnes qui ont été sanctionnées pour des faits de plagiat avérés et qui nous demandent s'il y a une vie après le plagiat… Oui bien sûr, la double peine n'a pas lieu d'être et, quand on sanctionne une personne pour plagiat, il est bon de s'assurer que la sanction a du sens et qu'elle va aussi aider la personne à se reconstruire.

« Les mondes de l'anti-plagiat » se structurent maintenant et les sept acteurs ci-dessus articulent de plus en plus facilement leurs rôles, tandis que le système tend à s'harmoniser autour de quelques principes fondamentaux.

Ce système en devenir est-il pour autant efficace ? Sanctionner, puis s'en laver les mains, et manquer de respect à la personne du plagieur sous prétexte qu'il s'est fait prendre, tout autant que de négliger les suites post-traumatiques pour les plagiés, annulent toute bonne intention déontologique.

Mais gardons ces réflexions pour l'année prochaine…

Je vous souhaite de très bonnes vacances à tous.

 

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 48 : 27.11.2012

 

Lettre 48
27.11. 2012

 

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Le plagiat et la fraude scientifique sont aujourd'hui abordés de front. A preuve, cette information qui nous vient d'Algérie. Pourtant, de nombreux collègues algériens nous ont exprimé (par téléphone et mail) leur angoisse à la pensée de ce qu'il adviendrait d'eux s'ils dénonçaient de telles pratiques dans leur pays.

Notre focus de ce mois concerne ce que nous situons comme étant la source du plagiat et de l'appauvrissement du savoir : Les thèses de complaisance.

  • Dans notre rapport, nous les définissons ainsi : « Remise d'un titre officiel de docteur pour une thèse qui ne le mérite pas, parce que le manuscrit acte d'une connaissance insuffisante du domaine concerné, et/ou d'une absence d'originalité de la pensée, et/ou parce qu'il comporte du plagiat textuel et/ou des modèles présentés, et/ou analyses frauduleuses. ».

  • Pourquoi les situons-nous comme la source d'appauvrissement du savoir ? Le détenteur d'une thèse de complaisance se trouve dans sa carrière (académique ou non) vite confronté à l'injonction de réalisation d'écrits : soit il n'en est pas intellectuellement capable et devra « produire » en fraudant à un titre ou à un autre, soit il n'a pas acquis les règles d'éthique de notre profession et il n'aura aucun scrupule à poursuivre son activité de plagieur et/ou de fraudeur des analyses.

Nous avons intégré dans notre rapport sur « Les thèses de complaisance », les analyses des réponses reçues aux questionnements de Jean-Noël Darde à propos d'une thèse plagiée jamais annulée. Son blog accueille maintenant une pétition « Refusons de fermer les yeux sur le plagiat dans la recherche » rédigée par un groupe d'universitaires français.

Nous avons également analysé vos réponses au cas « humoristique » du mois dernier où tout était plagié dans un article, tout sauf la plante :« Eucalyptus globulus » était devenu «Carapa procera ». Mais, tandis que d'importants fonds européens ont été attribués sur base d'un CV falsifié, ce cas pourrait induire un danger pour la population. Nous présenterons donc la suite de ce feuilleton dans une prochaine lettre.

Pour conclure, nous vous proposons comme activités ce mois-ci :

Encore un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable». Vous êtes maintenant plus de 21'000 abonnés fidèles et plus de 300 contributeurs réguliers.

 

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 47 : 09.10.2012

 

Lettre 47
09.10. 2012

 

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Le plagiat et la fraude scientifique ne sont plus des sujets tabous. La TV française y consacre un reportage dans son journal de 20h du 6 octobre (France 2). Et autre chaine (M 6), nous apprend le 7 octobre que les bons élèves plagient pour intégrer les meilleures universités ou classes préparatoires aux concours nationaux. Ce fait social total devient un champ disciplinaire et le caractère exponentiel de ces fraudes scientifique est attesté par des publications telles que Misconduct accounts for the majority of retracted scientific publications.

  • Je passe maintenant un temps assez considérable à servir de médiateur dans des cas de plagiat, voire à écrire des attestations certifiant mes observations.

    Les protagonistes se situant souvent dans des pays différents, cela ne facilite pas la compréhension « culturelle » des uns et des autres. Les maladresses d’expression et de réaction sont nombreuses. Voyez un exemple typique d’arbitrage que je réalise chaque semaine.

Je n’ai pas choisi ce rôle ; il est lourd. Merci à tous ceux qui veulent bien m’aider, en consacrant quelques minutes à répondre au jeu de questions ci-dessous.

De fait, nos modes d’appréhensions, nos instances d’arbitrage et systèmes ne sont pas adaptés à la réalité du XXIe siècle.

A qui la faute ?

  • Le publish or perish est maintenant la bête noire des revues en ligne qui avaient le noble sentiment d’accélérer la diffusion du savoir.

    Commençons avec un cas humoristique largement commenté dans la presse : l’article « Comparaison between field performance of cuttings and seeding of Carapa procera » qui a été recopié mot pour mot de l’article « Comparison between field performance of cuttings and seedings of Eucalyptus globulus ». Même les remerciements y sont plagiés ! Merci de répondre à nos 4 questions sur ce cas inquiétant de fraude.

  • Mais, le plagiat est aussi un fléau économique avéré pour des revues ou des associations scientifiques qui s’efforcent de remplir convenablement leur mission de publication de connaissances.

    Voici un plagiat qui n’a pas séduit les responsables du Groupe d'Études et de Recherches pour le Français Langue Internationale qui édite, diffuse, indexe une trentaine de revues scientifiques francophones en Sciences Humaines. Vos réponses aux 2 questions du «tour du cas en 48 heures» aideront tous les éditeurs.
  • Enfin, le plagiat est une véritable plaie pour les dirigeants d’établissements universitaires qui n’ont aucune réponse adaptée à la nouvelle situation à laquelle ils sont confrontés.

    Depuis des années Jean-Noël Darde les agace par ses diatribes contre les plagiats tolérés de son institution et contre les protections dont bénéficieraient des plagieurs et des comparses. A votre avis, la forme de dénonciation de ce collègue - en toute transparence via la toile et les média - accélère-t-elle la prise de conscience de nos pairs et la responsabilité des dirigeants ? Merci de répondre à 4 questions ici.


  • Mais, bonne nouvelle ! La justice, de son côté, a enfin pris ses marques. Les plagieurs doivent prendre conscience de leurs risques.

    Ainsi, la Cour d'appel de Douai a enfin rendu son arrêt dans l'affaire concernant le plagiat de la thèse de Zollinger. Le plagiat y apparaît attentatoire non seulement au droit de paternité, mais aussi au droit au respect de l'œuvre. Est également admise l'existence d'un préjudice personnel, distinct de la contrefaçon : ce préjudice recouvre notamment le risque professionnel résultant de l'existence concomitante de deux thèses au contenu partiellement similaire. La somme assez réaliste octroyée à A. Zollinger au titre des frais de justice à la charge du plagiaire est également un élément très positif. En plus d'être dissuasif pour les plagiaires, ceci pourrait mettre en position de force les plagiés, pour lesquels l'option d'une action en justice n'impliquerait plus autant de devoir risquer d'y perdre de l'argent, même en ayant gain de cause...


  • Pour conclure, nous signalons aux personnes intéressées les prochaines conférences sur le plagiat :

    - Le plagiat – enjeux solutions, 23 octobre 2012, Ambassade de Suède, Paris
    - Scientific Fraud: How it is done, why it is done, and what can be done about it, 11th Ethical Forum of the University Foundation, November 29 th, 2012. Brussels

Encore un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable». Vous êtes maintenant plus de 20'000 abonnés fidèles et plus de 300 contributeurs réguliers.

En attendant les nouveaux cas fort intrigants que nous partagerons dans notre lettre de septembre, nous vous souhaitons de belles vacances.

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Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 46 : 18.07.2012

 

Lettre 46
18.07. 2012

 

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Les beaux jours sont arrivés.

Nous vous avons donc préparé un programme de vacances avec devoirs à lire, à méditer ou à compléter.

  • En préambule, un article à parcourir : Sciences ou plagiat. Lors d’une journée à l'École des Mines de Paris, le 6 juillet 2012, les organisateurs nous ont demandé de faire une conférence sur ce thème. Il a été publié dans l’ouvrage Expression de l’innovation en géosciences (Presses des Mines), mais nous avons eu le droit de le diffuser sur notre site.

  • Un devoir à compléter, soit le cas scientifique du mois : Le plagiat en géologie ou une nouvelle guerre de Trente Ans ?

    Gérard Fries et Olivier Parize nous entrainent dans une épopée (haletante) où des chercheurs français et anglo-saxons ne cessent de croiser le fer. Ne vous y trompez pas, il ne s’agit pas de cas de plagiat vulgaire, de négligence indolente, de faiblesse passagère. Tout au contraire ; vous plongerez au cœur des véritables enjeux de la production scientifique d’hier et d’aujourd’hui.


  • Un questionnaire à remplir à la plage : merci de répondre en ligne aux interrogations que soulève ce cas à tiroirs. C’est ainsi que progressent notre débat collaboratif et nos actions collectives, puisque la casuistique méthodologique est le fondement de notre démarche depuis 2004.

  • Pour préparer la rentrée universitaire de nos étudiants, vous pouvez consulter le rapport n° 2012-027 réalisé à la demande de Monsieur le Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (France) : La fraude aux examens dans l’enseignement supérieur. Nous avions été sensibles à l’écoute des quatre signataires, inspecteurs généraux de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche, lesquels nous avaient longuement reçus.

  • Et, pour terminer l’été en beauté, nous vous convions à nous rejoindre à l’université européenne d’été, Science, éthique et droit : dynamique et concurrence des normes, organisée par l’Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technologie (IHEST) du 27 au 31 août 2012 à Gréoux-les-Bains, dans le sud-est de la France.

Encore un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable».

En attendant les nouveaux cas fort intrigants que nous partagerons dans notre lettre de septembre, nous vous souhaitons de belles vacances.

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Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 45 : 18.05.2012

Lettre 45
18.05. 2012

 

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Je suis navrée de n’avoir pas pu traiter dans cette lettre N° 45 tous les cas qui m’ont été soumis ces dernières semaines. J’ai tenté de sélectionner les plus significatifs pour nos lecteurs.

Magnifique ! Les universités commencent à frémir.

  • Savez-vous ce qu’est le JAT en matière de plagiat ? Lisez le cas Le juste-à-temps comme un art dans la lutte contre la plagiat. Une collègue est informée le 13 décembre 2011 que la soutenance d’une thèse de doctorat a été bloquée le jour même, car un plagiat de ses travaux y est présumé. Elle porte plainte et, quatre mois plus tard, la sentence est prononcée. Lisez les documents originaux attachés au cas et répondez à nos trois questions.

  • Mais que se serait-il passé si la soutenance de thèse avait déjà eu lieu ? « Ou si l’université de Toulouse avait été Paris 8 ? », questionnerait Jean-Noël Darde qui signe encore un communiqué édifiant montrant comment, d’atermoiements en commissions « déontologiques » ad hoc, cette dernière université ne parvient pas à assumer ses responsabilités depuis maintenant 6 ans.

  • Quelle étrange variance de comportement entre ces deux universités. Isabelle Rey-Lefebvre tente de l’analyser le 3 mai dernier avec son enquête «Le plagiat prospère dans les amphis» du Monde. On y apprend avec soulagement que le nouveau président de Lille 2 va présenter les excuses de l’université à Bénédicte Bévière pour sept années de procédures.

  • En l’absence d’instances de médiation rapides et objectives, l’impatience des acteurs conduit fatalement à des dérives sur le Web que nous illustrons avec la zone de libre expression Plagiats dénoncés.

Et si les associations scientifiques avaient aussi un rôle à jouer ?

  • Un grand bravo à une association scientifique (Academy of Management) qui a accepté que l’intégralité des 279 articles soumis (par 636 auteurs) à leur conférence annuelle soient soumis au logiciel Turnitin. L’article de Honig et Bedi, explique comment se répartissent les 25% des articles « originaux » comportant du plagiat et les 13 % présentant un plagiat important. Puissent toutes les associations scientifiques suivre cet exemple.

  • Rappelons, à ce propos, le rapport réalisé à la demande de la FNEGE/SFM par Pierre-Jean Benghozi, directeur de laboratoire CNRS à l’École Polytechnique de Paris «Réduire et traiter les cas de plagiat», rapport articulé en 9 propositions génériques applicables à toutes les disciplines scientifiques.

Et si chacun de nous se comportait simplement avec bon sens et moralité ?

  • Cette lettre a été écrite par Bernard Beugnot, professeur émérite de l'Université de Montréal (spécialiste littérature française du XVIIe, rhétorique et poétique), Membre de la Société Royale du Canada. Il explique comment il a dénoncé spontanément une thèse plagiée par l'un de ses étudiants, thèse annulée ensuite par l'Université de Montréal.

  • Notre petit Petit manuel de correspondance compte une dizaine de lettres originales que nous avons sélectionnées car elles ont permis à nombre d’acteurs individuels du monde de la recherche d’informer de cas de plagiat les instances de médiation légitimes et de demander réparation. Contribuez à l’enrichir!

  • Un groupe de responsables pédagogiques du Québec a réalisé l’excellent rapport présenté par le sous-comité sur la pédagogie et les TIC de la CREPUQ Les logiciels de détection de similitudes : une solution au plagiat électronique ? Les huit auteurs en appellent encore à la responsabilisation des autorités universitaires.

  • Signalons enfin dans la récente parution de l’ouvrage collectif Le plagiat dans la recherche scientifique (228 pages) coordonné par Gilles Guglielmi et Geneviève Koubi. Cet ouvrage multidisciplinaire, unique en son genre, traite de la caractérisation du plagiat, mais aussi des systèmes de détection et de sanctions disciplinaires, administratives et légales.

A tous : un très grand merci pour votre travail d’information et d’analyse qui alimente le site collaboratif «Responsable». Sans chacun de vous, jamais nous n’aurions réussi à faire frémir notre monde scientifique. Nous avons encore (hélas !) de longs moments à partager avec ce fait social qu’est le plagiat académique. Mais nous sommes sur la bonne voie et c’est encourageant.

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 44 : 23.01.2012

 

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Recevez mes vœux les plus cordiaux pour cette année 2012 ; qu’elle soit placée sous le signe de notre responsabilité collective en matière d’enseignement.

Nous dédions cette première lettre aux dirigeants d’établissements et d’organisations universitaires qui détiennent un pouvoir certain sur l’avenir de notre système éducatif.

  • Le ministre de l’Éducation Nationale (France) a mandaté une commission spéciale le thème de la fraude aux évaluations. J’ai été agréablement surprise du sérieux avec lequel ses quatre inspecteurs généraux nous ont écoutés durant deux heures début janvier. Leurs recommandations seront prochainement communiquées.

  • Merci à ceux qui, parmi les 18'875 abonnés de notre lettre « Responsable », ont apporté leur contribution à l’enquête de décembre dernier. Leurs verbatim nous ont permis de rédiger une analyse détaillée assortie de propositions pragmatiques dans notre Petit manuel à l’usage des dirigeants d’établissements universitaires qui n’ont pas (encore) compris le concept de plagiat commis par des étudiants.

  • Un coup de chapeau à l’Université de Nantes qui a édicté une Charte anti-plagiat. Ce qui est culturellement nouveau est que l’on n’y sépare plus l’enseignement de la recherche. Le leitmotiv « Les étudiants et les personnels » nous comble de satisfaction, car nous n’avons cessé d’écrire dans nos études sur les profils de plagieurs qu’il n’y avait pas de distinction de fond entre ces acteurs qui s’impose.

  • Les conférences sur le concept de plagiat se multiplient. Celles du symposium sur le thème "Plagiarism – legal, moral and educational aspects", organisé par l’ALLEA et The Royal Netherlands Academy for Arts and Sciences (KNAW), le 14 décembre 2011 à Amsterdam, sont maintenant en ligne. Par ailleurs, de nouveaux dirigeants admettent être dépassés par le plagiat malgré leurs efforts institutionnels.

  • Merci aux nombreux collègues qui assurent le relais de la diffusion d’informations sur le plagiat dans leurs disciplines respectives, à l’instar d’Alain Dervaux dans «Perspectives psy» qui brosse un tableau international du thème. Ce relais via le Web est essentiel à la progression de la prise de conscience collective des dérives dues au plagiat.

  • Pour conclure, nous avons eu le plaisir d’apprendre que le Tribunal de grande instance de Paris a considéré qu’il n’était pas possible au juge des référés de faire droit aux demandes formées par Khaldoun Zreik à l’encontre de Jean-Noël Darde. Ce dernier peut donc persister dans son opiniâtreté à dénoncer les dérives qu’il observe dans son blog Archéologie du plagiat.

Un très grand merci pour votre travail d’information et d’analyse qui alimente notre site collaboratif «Responsable».

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Faculté des SES, Université de Genève

 

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Lettre 43 : 20.11.2011

Lettre 43
20.11. 2011

 

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Un tout grand merci aux nombreux collègues qui ont contribué au dossier de ce mois-ci.

  • Merci tout d’abord aux 367 répondants de notre enquête en ligne qui a produit le rapport Le plagiat académique : nouveau concept ou phénomène social ? Nos questions de recherche étaient : « Comment le monde académique perçoit-il le plagiat ? Quels sont les problèmes qui en résultent et comment y remédier ? ». Cette perspective nous permet d’éclairer la perception du plagiat, de son traitement et des conflits qui en résultent.

  • Merci également à ceux qui ont contribué à la validation du troisième des quatre chapitres de notre étude sur les profils de plagieurs. Ce mois-ci, nous traitons du « Plagieur-tricheur ». Parce qu’il occupe de nombreuses fonctions dans les back-offices du système académique, nous voyons sa conduite déviante avoir de nombreuses ramifications dans sa discipline, ses associations ou ses établissements.

  • Les nouvelles de Belgique nous permettent de compléter notre rubrique dédiée aux responsables académiques : Frileux Fribourg et chocolat belge. Nous aurions pu y associer le Doyen de la faculté de médecine et soins dentaires de l’université d’Alberta qui a dû démissionner, car il avait plagié dans sa leçon d’ouverture un discours de l’université Stanford. Il s’en est excusé en disant : « My failure to attribute the source of my inspiration is a matter of utmost regret » (Alberta Views, sept. 2011).

  •  Pour le prochain dossier, nous vous serions très reconnaissants de bien vouloir prendre quelques minutes pour remplir un questionnaire en ligne dédié aux logiciels de détection de similitude (Turnitin, Compilatio…). Depuis quelques mois, nous recevons de nombreux avis quant à l’utilité et au danger de ces outils. Ces interrogations se situent aux plans financier, académique, fonctionnel, légal et organisationnel. Sommes-nous déjà confrontés à l’obsolescence d’un modèle ? Nous publierons les résultats de l’analyse dans notre prochaine lettre.

  •  En janvier, nous vous informerons également des propositions émises lors du Symposium international sur le Plagiat organisé par l’ALLEA et The Royal Netherlands Academy for Arts and Sciences (KNAW), le 14 décembre prochain. Nous connaîtrons aussi le résultat du procès intenté à un collègue poursuivi pour diffamation par un chercheur qu’il a mis en cause pour des plagiats à répétition.

Un très grand merci pour votre travail d’information et d’analyse qui alimente notre site collaboratif «Responsable».

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 42 : 09.10.2011

 

Lettre 42
09.10. 2011

 

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Le plagiat concerne bien TOUS les acteurs du monde académique.

Ceux qui ont manqué nos 8 dernières années de recherche n’ont qu’à parcourir le cas international « De fil en aiguille pour s’en convaincre », en biologie, pour s’en convaincre.

L’actualité tend à montrer que (presque tous) ces acteurs assument maintenant leurs responsabilités en matière de lutte contre le plagiat et la fraude académique.

  • Responsabilité pédagogique : dans ce communiqué de University Eastern Finland la négligence en matière d’encadrement des jeunes chercheurs est déclinée. Nous sommes très loin de cette lettre d’excuse d’un directeur de thèse aux membres du jury, véritable pièce d’ontologie du ridicule en la matière.

  • Responsabilité institutionnelle : l’université du Luxembourg, dans son communiqué du 15 juillet 2011, annonce avoir révoqué un de ses professeurs. A contrario, l’Université de Paris 8 n’a pas encore mandaté de commission d’enquête sur les présumés plagiats qui nous ont été révélés il y a des mois. A ce niveau de lenteur des autorités françaises, ce n’est ni de la tolérance, ni de la crainte ; c’est de la négligence.

  • Responsabilité associative : la SFM (Société Française de Management) et la FNEGE (disciplines de gestion) ont adopté un texte explicite : «Réduire et traiter les cas de plagiat», articulé en 9 propositions applicables à toutes les associations de leurs disciplines. Puissent les autres s’en inspirer.

  • Responsabilité éditoriale : nul n’est besoin d’être une très grande revue scientifique pour être déterminée en matière d’éthique. Nous saluons ici Anthropology of Food dont nous avons reproduit le traitement rigoureux d’un cas de plagiat dans notre mémento de l’éditeur.

  • Responsabilité civique : comment se défend le citoyen des pièges de notre monde académique si mal connu ? Par la voie des journalistes. Après l’Allemagne, voici un travail d’investigation de journalistes suisses bien conduit à l’encontre d’un vice-recteur d’université.

Mais parlons de loi.

  • Responsabilité de type légal : tout reste-t-il à faire si l’on lit la lettre ouverte du collègue dont la thèse - « Droit d’auteur et droits de l’Homme » - a été plagiée. Quatre ans de procédures harassantes pour cette déception ? Le décalage entre nos valeurs académiques et le raisonnement des autorités judiciaires y est fort bien expliqué.

Je fais le vœux que l’ambition du Colloque International « Le plagiat de la recherche scientifique », des 20 et 21 octobre 2011 à l’Université Paris II, soit de conduire à une modification de nos lois afin qu’elles s’adaptent à notre réalité de chercheurs et d’auteurs.

 

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 41 : 16.06.2011

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Avant les vacances, faisons un tour d’horizon des actions entreprises dans divers pays francophones.

  • Du Québec : je suis revenue enchantée de l’excellente séance organisée durant le congrès de l’ACFAS à Sherbrooke le mois dernier, sous le thème :« Les enjeux de la formation à l’ère des technologies de l’information et de la communication : former une relève de grande qualité ». Je ne saurais trop vous recommander la lecture des résumés, puis de prendre directement contact avec leurs auteurs.

  • Du Québec, toujours : le groupe de travail anti-plagiat de la CREPUQ (Conférence des Recteurs et des Principaux des Universités du Québec) réuni à Sherbrooke, a souhaité que nous échangions autour de chacun des axes du projet institutionnel que j’avais proposé il y a deux ans. Les travaux de ce groupe dénotent d’une grande dynamique.

  • Du Luxembourg : une commission consacrée à l’intégrité dans la recherche (Research Integrity Commission) que j’ai l’honneur de présider a été créée sous l’égide du FNR. Celle-ci inclut trois chercheurs impliqués dans des commissions d’intégrité dans nos pays respectifs et des représentants du FNR. Si les cas étudiés sont, bien entendu, confidentiels, les organisations et les procédures de cet organe de régulation pourront en inspirer plus d’un.

  • De France : pour préparer la rentrée, nous vous recommandons de réserver vos dates des 20 et 21 octobre 2011, pour le colloque « Plagiat de la recherche ». Après une année de travail et de séminaires thématiques, ce colloque sera un forum de débats indispensables à la proposition de réponses légales, organisationnelles et politiques adaptées à notre univers du savoir académique.

  • Finalement, je vous invite à découvrir le « plagieur-bricoleur », si proche de nous, ce professeur-senior que nul ne saurait soupçonner. Qui est-il ? Comment réagir face à lui? Telles sont les questions abordées et illustrées de cas pratiques que vous lirez dans le deuxième chapitre de l'analyse des quatre profils de plagieurs induits de nos travaux de recherche.

N’hésitez pas à commenter ce texte, à contribuer aux analyses et à diffuser le texte. Ensemble, nous construisons notre intelligence en alimentant notre site collaboratif «Responsable».

Bon courage pour vos corrections de copies, jurys de fin d’année et autres tâches épanouissantes de notre beau métier. En attendant les nouveaux cas intrigants que nous partagerons dans notre lettre de septembre, je vous souhaite de belles vacances.

 

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 40 : 03.04.2011

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Ainsi que nous l’annoncions dans notre précédente lettre, les événements se sont récemment accélérés.

• Tout d’abord, nous pouvons maintenant clore notre «enquête à la Columbo» de décembre dernier. Suite à un communiqué officiel des deux associations de sociologie française, X a démissionné de ses fonctions. Nous pouvons également mettre un terme à notre enquête «Tempête à Tahiti» de janvier 2011. Ici également on a fait comprendre en haut lieu à la Présidente de cette université qu’elle devait jeter l’éponge.

• Suite à la médiatisation de ces affaires, mais aussi grâce aux responsables de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne qui n’ont pas hésité à consacrer une tribune dédiée au plagiat de leur journal, la Ministre française de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche mandate une mission spéciale. Citons : « La ministre attend d'ici la rentrée des propositions visant à garantir éthique et transparence à toutes les étapes de la carrière des enseignants-chercheurs, qu'il s'agisse de leur recrutement et de leurs promotions, du fonctionnement des équipes dirigeantes, du problème du plagiat accru par l'usage d'Internet, ou encore des risques de conflit d'intérêts. »

• Au même moment, très loin de cet éveil des consciences, nous lisons le témoignage de notre compatriote Peter Leuprecht, Professeur de droit international public, Ancien Directeur de l’Institut d’Études Internationales de Montréal, Ancien Doyen de la Faculté de Droit de l’Université McGill, Montréal, Ancien Directeur des Droits de l’Homme et Secrétaire-Général Adjoint du Conseil de l’Europe. Nous vous laissons la joie de (re)découvrir dans ses lignes la formule lapidaire anachronique et paternaliste qu’il se voit infliger par le Secrétaire général de l’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques…

• Revenons au XXIe siècle et soyons réalistes vis-à-vis du danger que représente le plagiat pour notre mission académique. Que ceux qui n’ont pas encore compris la gravité du problème prennent le temps de lire la synthèse de la première analyse (il y en aura quatre en tout) que je conduis depuis dix ans auprès de plagieurs. Qui sont-ils ? Comment réagir face à eux ? Comment, avec des réponses appropriées, éviter de mettre en danger nos étudiants, nos collègues et nos institutions ? Etc. Telles sont les questions que nous abordons en les illustrant de cas très pragmatiques.

N’hésitez pas à commenter ce texte, à anticiper contribuer aux analyses à venir à diffuser le texte. Ensemble, nous construisons notre intelligence en alimentant notre site collaboratif «Responsable».

 

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 39 : 20.02.2011

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Rien ne sera plus jamais comme avant, et nous commençons enfin à construire l’ère du post-plagiat.

• J’ai d’abord le grand plaisir de vous présenter le travail minutieux de nos proches collaborateurs, les bibliothécaires, qui contribuent à notre lutte :

- Notre bibliothèque a lancé une version libre de son didacticiel de développement de compétences informationnelles. On y trouve une leçon dans laquelle les étudiants apprennent à citer leurs sources correctement sans risque de plagiat avec théorie, modèles, règles et exercices pour s'entraîner.

- Par ailleurs, l'Association française des professionnels de l'information et de la documentation propose sur son site, un dossier intitulé «Les bibliothécaires face aux thèses plagiats».

• Rien ne sera plus jamais comme avant pour les médias et les éditeurs. Ce mois-ci, un cas de "Plagiat et imposture scientifique" est présenté par notre collègue Philippe Collombert, Professeur d’égyptologie.

- Une auteure à succès produit des romans historiques et des ouvrages de vulgarisation à vocation scientifique.

- Il apparaît que son dernier livre, « Ramses III », comporte d’édifiantes paraphrases de l’ouvrage de Pierre Grandet paru trois plus tôt…

- Vous pouvez contribuer au débat par vos suggestions.

Cette affaire bouscule la naïveté de certains médias prêts à porter aux nues de faux savants. Mais d’autres, au contraire, savent traiter maintenant le fond du problème. Ainsi en est-il de l’émission culturelle interdisciplinaire «Tard pour bar», du 17 février 2011 de la Télévision Suisse Romande.

• Rien ne sera plus jamais comme avant... Il y a quelques années, j’écrivais dans ma lettre l’ « émotion de certains mandarins ou pontes d’associations, s’apercevant que, en ce XXIe siècle et avec Internet, la situation leur échappe et que les « affaires » ne se régleront plus dans la discrétion feutrée des alcôves politiques du moment, mais en totale transparence. ».

- Lisez aujourd’hui le texte «La nouvelle presse de Guttenberg» où l’on voit que l’Allemagne invente, face à son ministre de la défense, le jury populaire de thèse. Gilles G. Guglielmi y indique qu’« un wiki a été ouvert au public… Le site auquel participent depuis cinq jours plus de dix mille personnes a passé au peigne fin les 475 pages et les 1200 notes de la thèse et a ainsi découvert, en date du 19 février, que près de 267 pages (soit 67,94%) du travail étaient empruntées à d’autres auteurs, non ou mal cités, le tout sans les guillemets de rigueur. ».

• Non, rien ne sera plus jamais comme avant. Et ceux qui, opiniâtrement, dénoncent les plagiats et les fraudes académiques, qui ouvrent des blogs ou des Wikis, n’auront plus jamais peur des tentatives d’intimidation de leurs pairs, des convocations de leur hiérarchie et des injonctions d’avocats. Huit ans après les débuts de ce travail collectif sur ce site, il était temps !

A tous : un très grand merci pour votre travail d’information, de dénonciation et de reconstruction qui a alimenté notre site collaboratif «Responsable» au cours de ces longues années.

 

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 38 : 16.01.2011

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

2011 : L'année et la décennie commencent fort.

• Que nos nombreux amis professeurs et doctorants de Tunisie, abonnés de cette lettre depuis plus de cinq ans reçoivent nos plus chaleureuses félicitations ! Que tous nos vœux les accompagnent dans le développement d’une université intègre et digne, eux qui avaient pris des risques personnels en s’impliquant contre le plagiat universitaire.

• Un tout grand merci aux 376 répondants de toutes disciplines du dernier questionnaire visant à cerner la thématique du plagiat. Leurs réponses, plus de 550 pages interligne simple, constitue une base de données dont Pierre-Jean Benghozi (Ecole Polytechnique, Paris) et moi-même conduirons l’analyse. Nous communiquerons les résultats à l’automne prochain.

• Ce mois-ci, un cas de plagiat avéré est exemplaire :

- Une présidente d’université française, est dénoncée pour avoir plagié un livre d’Umberto Eco (éditions seuil 1997) dans un de ses ouvrages.

- Le montage rigoureux d’un dossier par de courageux collègues au cours des deux derniers mois aboutit à la lettre ouverte d’un collectif de 25 enseignants et chercheurs de l'Université de la Polynésie française.

- D'autres universitaires de renom, tels que Claude Hagège, professeur honoraire au Collège de France et spécialiste mondialement connu des langues rares, et Maurice Godelier (EHESS), anthropologue spécialiste des sociétés d'Océanie, Médaille d'or du CNRS, soutiennent cette démarche contre le plagiat universitaire.

- Questions : y a-t-il prescription en matière de plagiat universitaire ? Pensez-vous que le Ministère de l’Education nationale française doive sanctionner cette présidente d’université ?

- Pour soutenir la démarche de nos collègues vous pouvez leur écrire à : deontologie.recherche@gmail.com

• L’étude de cas du mois dernier donne lieu au rapport «Enquête à la Columbo» que vous pouvez télécharger. Ce cas a reçu une grande attention de la communauté des sociologues français qui s’est exprimée vigoureusement via de nombreux blogs entre les mois de novembre 2010 et janvier 2011. Mais il a aussi intéressé de nombreux collègues d’autres disciplines, qui se sont prononcés sur les thématiques fondamentales et génériques, telles que :

- Comment envisager la relation du créateur à son objet ? Comment s’articule la relation l’acteur/producteur et monde académique ?

- Quels sont/devraient être les mécanismes régulateurs de ces relations ?

- Que chaque collègue qui se sent concerné par la lecture du document contribue à notre intelligence collective en le critiquant, en le complétant et en l’améliorant.

Encore un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable».

Je vous souhaite, cher lecteur, mes vœux les plus cordiaux pour une année qui respecte pleinement votre état d’acteur du monde académique.

 

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 37 : 06.12.2010

 

Lettre 37
06.12. 2010

 

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore lu nous vous conseillons la « Contre-enquête » du journal Le Monde du jeudi 11 novembre 2010 «Pourquoi le plagiat gangrène-t-il l’Université ?», réalisée par Philippe Jacqué.

Il y a bientôt sept ans, j’ai envoyé une lettre à 100 d’entre vous pour dire ma perplexité face au phénomène de plagiat et vous demander votre avis. Vous avez été si nombreux à me répondre que le site « responsable » a vu le jour. Vous êtes à présent près de 17'000 abonnés fidèles à notre démarche scientifique.

Aujourd’hui, j’ai besoin de votre analyse pour comprendre ce problème qui affecte notre métier, voire notre société du savoir actuelle. Je vous demande donc de bien vouloir prendre une dizaine de minutes pour répondre à deux enquêtes :

• La première est une recherche empirique auprès des professeurs, chercheurs et doctorants de toutes disciplines afin de cerner la thématique du plagiat, et de la délinquance académique qu’il engendre, en vue de la préparation du colloque international sur «Le plagiat et la recherche» qui se tiendra en octobre 2011 à Paris. Il s'agit ici d'une enquête académique dont la fiabilité et la validité sont contrôlées par nos soins.

Gilles J. Guglielmi et Geneviève Koubi (Université Paris 2/CNRS-CERSA) et moi-même vous remercions vivement de vos réponses à nos 25 questions ouvertes, lesquelles nous permettront de cerner cette problématique.

• La deuxième est une étude de cas. Edgar Morin, auteur d’origine, aurait accepté - voire encouragé - la démarche suivante : un sociologue, vice-président d’une section du Conseil national des universités (CNU) de France, a écrit dans un de ses ouvrages au moins 10 pages consécutives réparties globalement en 10% de citations entre guillemets, 80% de copiés-collés sans guillemets, 10% de textes rédigés pour les liaisons. Dès lors, les avis « pour » et « contre » se télescopent sur le blog de Pierre Dubois qui a révélé ce problème avant-hier.

J’aurais besoin de votre analyse du cas que j’ai construit à partir des éléments en ma possession : «Une enquête à la Columbo». Je vous communiquerai les résultats de l’analyse de contenu de vos réponses dans ma prochaine lettre de janvier 2011.

Vous êtes nombreux à demander comment faire circuler mes lettres ou comment inscrire des collègues. Il vous suffit d’utiliser le lien d’inscription du site.

Encore un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable».

Je vous souhaite, cher lecteur, de belles fêtes de fin d’année, sereines et chaleureuses auprès de ceux qui vous sont proches.

 

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 36 : 25.10.2010

 

Lettre 36
25.10. 2010

 

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

La perplexité des éditeurs n’est pas moindre que la nôtre, en cette époque qui cherche ses marques entre des raisons économiques, sociales, technologiques et académiques.

Mais, notre action a remporté coup sur coup quelques succès. Ils nous rendent optimistes quant à la volonté des acteurs de se doter de modèles de référence en matière d’éthique :

•   Le cas présenté dans notre lettre N° 31 a trouvé une heureuse issue. Il s’agissait de ce chapitre de livre en français traduit en anglais et publié chez McGraw-Hill sous un autre nom. Nous avions fourni à l’éditeur français le modèle du protocole transactionnel préparé par l’avocat du cas N° 21 (ci-dessous).

L’éditeur américain accepte de reverser les droits perçus sur les parties plagiées et s’engage à ne pas réimprimer, ni rééditer l’ouvrage. Le plagieur prend en charge la destruction des stocks de l’ouvrage, ainsi que les frais juridiques de la négociation et de rédaction du protocole.

•   Le cas présenté dans notre lettre N° 21 n’a pas trouvé d’issue favorable. Après avoir accepté d’insérer un correctif dans chaque exemplaire encore à vendre de l’ouvrage où se trouvait le chapitre fautif, les « Presses Académiques de Z » se sont rétractées.

L’éditeur continue donc à vendre les exemplaires de l'ouvrage sans avertissement. Il évoque une raison d' "éthique éditoriale" pour justifier le fait de ne pas vouloir porter préjudice au fautif qui a reconnu son plagiat. La raison purement économique de cet éditeur bien connu nous semble plus crédible.

•   Enfin, quand tous les acteurs sont intelligents, les cas peuvent être très vite réglés. Le vendredi 1er octobre 2010 un auteur plagié nous demande d’intervenir et nous fournit les preuves formelles du plagiat dont il était victime.

Un rapide échange par courriel et téléphone avec l’éditeur français du livre incriminé  permet d’obtenir, dès le mardi 5 octobre 2010, une lettre d’excuse du plagieur au plagié et la mise au pilon de tous les exemplaires restants du livre en cause.

•   Last but not least : le procédé de traduire un article déjà paru en français pour une revue anglophone – ou l’inverse - est maintenant soumis à la vigilance des internautes, puis à une réaction accélérée des revues scientifiques. En voici l’illustration.

Ainsi, l’instabilité des réponses des éditeurs face au plagiat (et à l’autoplagiat) nous invite maintenant à la recherche et à la mise en place d’instruments de gouvernance précis. Car, ne l’oublions pas, les éditeurs vivent une véritable mutation avec l’impact des nouvelles technologies.

Ils ont besoin de notre aide pour définir leur place dans notre société du savoir.

Pour collaborer activement à nos recherches, nous vous invitons à vous participer au premier des séminaires de recherches interdisciplinaires que le CERSA-/CNRS (Université Panthéon Assas) organise le 22 novembre 2010. Consultez le programme complet et contactez directement les organisateurs.

Encore un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable»

 

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 35 : 19.09.2010

 

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Face au vide juridique en matière de traitement du plagiat au niveau du droit pénal, nos dirigeants d’établissements francophones agissent en toute autonomie, selon des considérations parfois conjoncturelles et/ou personnelles.

La très grande variance de traitement des cas de manquement à l’intégrité nous laisse si perplexes que nous ne porterons pas de jugement hâtif. Ainsi :

•   Le cas présenté dans notre lettre N° 31, est celui du Directeur général adjoint d’une Grande École française ayant traduit les travaux d’un candidat professeur pour les publier sous son nom chez McGraw-Hill. Quand l’institution où il exerçait a eu connaissance des faits, elle a procédé à son licenciement.

•   Le cas de notre lettre N° 34, est celui d’un chercheur qui a obtenu de Emerald Group Publishing Limited, grâce au concours de son avocat, que son nom soit réintégré en 2010 à sa juste place dans un article publié en 2008. La Direction générale de la Grande École où exerce le premier auteur assure son employée de son soutien par un communiqué de ce mois.

•   Le cas de notre lettre N° 21, du professeur d’université qui a plagié une thèse de doctorat s’est conclu par une sanction administrative interne et l’affaire est considérée comme close. Ainsi, lorsque les établissements publient des directives précises et instaurent des processus formels de traitement des cas litigieux, ils évitent que des ressentiments ne subsistent et que des rumeurs ne se propagent.

•   A contrario, lorsque les présidents d’université restent sourds aux réclamations des enseignants et des étudiants, l’exaspération et la frustration induisent un grand trouble. Ainsi en est-il du cas de ce mois, celui d’un enseignant ayant eu sa thèse de doctorat annulée pour plagiat, mais qui continue, un an plus tard, à exercer dans son service.

Pourtant, les règles d’intégrité en matière de publication académique semblent simples et universelles. A titre d’exemple, voici la qualification des sept infractions qui figurent sur le site de notre université depuis 2006 :

1 - La publication sous son propre nom de résultats de travaux et de découvertes de tiers (plagiat).

2 - Le fait d’obtenir le statut de coauteur d’une publication sans avoir apporté de contribution essentielle au travail.

3 - L’omission délibérée des noms de collaborateurs du projet y ayant apporté des contributions essentielles.

4 - La mention volontaire d’une personne en qualité de coauteur alors qu’elle n’a pas contribué au projet.

5 - L’omission délibérée de contributions essentielles d’autres auteurs sur le même sujet.

6 - Les citations intentionnellement erronées tirées de travaux existants ou supposés de tiers.

7 - Les indications incorrectes sur le stade d’avancement de la publication de ses propres travaux (par exemple “publication en cours d’impression”, alors que le manuscrit n’a pas encore été accepté).

Ces règles attendent toujours d’êtres transformées par des juristes du droit pénal, dans chacun de nos pays, en outils adaptés à notre société et à nos institutions du savoir.

En cette époque de mutation des technologies et de la communication, prétendre que ces manquements ne relèvent que du droit civil et que le plagiat se traite en terme de « contrefaçon » est lacunaire, si ce n’est suicidaire.

En attendant, nous encourageons chaleureusement les collègues qui, à l’instar de Jean-Noël Darde, ont pris de relais de notre travail en créant des blogs informatifs très bien documentés dans leurs disciplines respectives.

Encore un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site « Responsable »

 

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM
Faculté des SES, Université de Genève

P.S. Si vous souhaitez vous désinscrire de cette lettre, il vous suffit de nous adresser un courriel, en cliquant ici.

 

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Lettre 34 : 19.07.2010

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

C’est fait, le vent a tourné.

Les victimes de manquements à l’intégrité scientifique se déterminent de plus en plus franchement, résistant aux pressions parfois appuyées de leur environnement académique. De ce fait, elles obtiennent satisfaction.

Ainsi, le cas d’un coauteur évincé présenté dans notre lettre N° 27 de mars 2009, a trouvé une heureuse issue. Le chercheur dont nous racontions la mésaventure a obtenu de Emerald Group Publishing Limited que son nom soit réintégré à sa juste place dans l’article publié en 2008, (en donc des bases de données internationales), alors qu’il avait disparu de la première publication de cet article.

De plus, Emerald Group Publishing Limited insère une rectification précisant bien la situation dans le dernier numéro de la revue concernée.

Gageons que nombre d’institutions et universités nous demanderont rapidement de leur proposer des modèles de charte de déontologie scientifique à distribuer à tous leurs collaborateurs. Il est vrai que les inconduites de quelques uns peuvent porter préjudice à l’image et à la notoriété de nos établissements.

Comme réflexion estivale, Christophe Masutti (IRIST, Strasbourg), quant à lui, nous propose une alternative : et si les licences libres qui existent depuis plus de trente ans nous permettaient de mieux appréhender ce problème récurrent de la propriété intellectuelle et des droits d’auteurs ?

Dans sa «lettre ouverte» il nous que le modèle libre autorise la copie des textes dans le cadre d’une licence. Si l’objectif est de créer de la connaissance, de la diffuser et d’en améliorer le contenu, ces modèles alternatifs de documentation et de validation des œuvres libres devraient rapidement trouver leur juste place dans notre métier en mutation.

Encore un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable».

En attendant les nouveaux cas fort intrigants que nous partagerons dans notre lettre de septembre, je vous souhaite de belles vacances.

 

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM
Faculté des SES, Université de Genève

P.S. Si vous souhaitez vous désinscrire de cette lettre, il vous suffit de nous adresser un courriel, en cliquant ici

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Lettre 33 : 20.06.2010

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Pour cette fin d’année, enfin une lettre uniquement lestée de bonnes nouvelles !

• Le cas présenté, dans notre lettre N° 31, du Directeur général adjoint d’une Grande École française ayant traduit les travaux d’un candidat professeur pour les publier sous son nom chez McGraw-Hill est résolu du côté plagieur.

Dès que l’institution où il exerçait a eu connaissance des faits, elle a procédé à son licenciement dans le respect des dispositions légales. Parallèlement, le remaniement du comité éditorial de la revue scientifique dont il était Rédacteur en chef adjoint a permis de le remplacer à ce poste stratégique.

Il reste maintenant à l’éditeur et au collègue spoliés à récupérer leur dû auprès de l’éditeur américain.

• Nous avons résolu en huit jours, et très aisément, un cas qui durait depuis des mois. En résumé, une collaboratrice scientifique est premier co-auteur d'une étude scientifique de plus de 400 pages publiée conjointement par une association scientifique et l’université où le président de cette association est chef de laboratoire. Comme son nom disparaît des publications tirées de ce travail, elle écrit à ce professeur en demandant rectification. En réponse, elle reçoit une lettre de refus de… l'avocat de l’association. Elle pose alors une plainte pénale pour violation de la loi du droit d'auteur. Et, la situation s’enlise.

Quelle est la solution ? A sa demande, nous conseillons la plaignante : nous lui suggérons de recourir à l’arbitrage du Comité d'Éthique et de Déontologie de l'université où exerce ce professeur, et de se référer aux Directives Intégrité de l’établissement. Dès qu’il en est informé, le fautif la réintègre comme premier auteur dans les publications et lui écrit : « En te priant d'excuser les diverses bévues qui se sont succédé lors de la publication des documents de vulgarisation du rapport et de sa mise en ligne sur le site x et dans l'attente du retrait de ta plainte… ».

• Enfin, pour tous ceux qui ne savent comment communiquer avec les étudiants sur ce phénomène de plagiat, orientez-les vers le lien du film hilarant créé par l’université de Bergen (Norvège) et détendez-vous 5 petites minutes avant de finir la correction des examens et des mémoires de fin d’année :

Palme d’or 2010 de la lutte contre le plagiat : Université de Bergen

Un tout grand merci pour vos encouragements et vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable» ont permis de développer cette prise de conscience collective.

Pour faire circuler cette lettre ou inscrire des collègues, il vous suffit d’utiliser le lien d’inscription au site.

 

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM
Faculté des SES, Université de Genève

P.S. Si vous souhaitez vous désinscrire de cette lettre, il vous suffit de nous adresser un courriel, en cliquant ici

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Lettre 32 : 19.05.2010

 

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Ma précédente lettre a fait des vagues, dans le milieu de la recherche français, canadien et américain, tant dans les sphères institutionnelles que dans les revues et les associations scientifiques touchées par le cas présenté en tout point exemplaire. Nous laissons chacun face à ses responsabilités et nous vous informerons de l’issue de ce cas à tiroirs au moment venu.

Cette lettre-ci sera résolument optimiste quant à notre avenir.

•  D’abord, un grand bravo à la première association scientifique, l’AIMS, qui a créé un code de déontologie et une véritable procédure de traitement des cas de violation de ces principes. Comme il ne sert à rien de vouloir réinventer la roue, j’espère que toutes les Associations scientifiques téléchargeront ces documents et les mettront en application.

Ces chartes et procédures ont un impact pédagogique important sur les membres de ces associations scientifiques qui ont souvent oublié que leur rôle en est un d’acculturation des nouveaux membres producteurs de connaissance.

•  A ce jour, seuls les collègues spécialistes du droit peuvent nous aider pour la suite de notre travail. Voici ma question :

Peut-on décider du droit d'ingérence de chacun de nous à défendre les valeurs de notre communauté et des personnes qui seraient en état de souffrance morale et intellectuelle par le fait de pratiques déloyales d'un de nos membres ?

Voici les termes du problème qui se pose à toute notre communauté à un rythme accéléré et que je ne peux plus résoudre seule :

- En cas de plagiat, la situation est souvent simple au niveau de la preuve, dans la mesure où il suffit de comparer deux textes.
- Les faits sont les faits.
- La situation est plus difficile en cas de vol d’idées, mais là n’est pas le nœud du problème.
- En fait, le plagié ne sait pas comment faire valoir ses droits, car les réponses au plagiat sont très peu structurées et toujours spécifiques aux établissements.
- La variance de ces réponses est considérable d’un établissement à l’autre et d’un pays à l’autre (elle l’est moins d’une discipline à l’autre).
- La sensation de viol du plagié est naturelle, s’agissant du vol d’une œuvre de l’esprit, donc unique : c’est une atteinte grave aux droits de la personnalité.
- Ces droits de la personnalité sont, par nature, intransmissibles, car rattachés à la personne elle-même.
- La violation de ces droits devrait donc entraîner la responsabilité civile (voire pénale) de l’auteur, le plagieur, celle-ci résultant de l’atteinte même.
- Donc, l’atteinte exige une réparation adéquate, en nature et en degré.
- Or, le chercheur - le créateur - ne comprend jamais pourquoi il devrait payer les services d’un avocat pour être rétabli publiquement comme authentique auteur dans les bases de données des articles, thèses et livres.
- Et je témoigne : une personne atteinte dans sa personnalité a, en fait, surtout besoin d’être écoutée, de parler de sa blessure.
- Mais qui écoute ?
- Nombre de nos pairs ont oublié qu’ils sont au service de la connaissance et ils se pensent, au mieux service du système, au pire à celui de leur carrière personnelle.
- Donc, tous - ou presque - adhèrent à la conspiration du silence se sentant, individuellement impuissant à produire une action réparatrice.

J’en appelle donc à vous, nos collègues spécialistes du droit en Belgique, France, Luxembourg, Québec, Suisse et Tunisie, pour contribuer à un nouveau site par lequel vous expliqueriez clairement ce que sont les droits et devoirs de chacun.

Je vous propose aussi d’aider – bénévolement et dans la plus stricte confidentialité - les victimes à rédiger leurs lettres de plainte et de demande de réparation aux éditeurs, aux journaux scientifiques ou aux organismes impliqués.

Je mets à votre disposition mon savoir-faire en matière de Web et de communication pour créer une plate-forme consacrée aux aspects légaux indispensables à toute personne et à tout établissement confrontés au plagiat.

Pour faire circuler cette lettre ou inscrire des collègues, il vous suffit d’utiliser le lien d’inscription au site.

Un tout grand merci pour vos encouragements et vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable» ont permis de développer cette prise de conscience collective.

 


Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM
Faculté des SES, Université de Genève

P.S. Si vous souhaitez vous désinscrire de cette lettre, il vous suffit de nous adresser un courriel, en cliquant ici

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Lettre 31 : 13.04.2010

Depuis bientôt sept ans, j’accompagne et je conseille les personnes qui choisissent, en toute liberté, de dénoncer des cas de plagiat.

Reconnaissons le courage de ces pairs qui risquent menaces et brimades de la part de certains pour leur non-respect des règles du jeu du « non-dit » académique. Milgram n’est pas loin pour nous rappeler que l’obéissance est l’ennemi du juste et qu’il faut toujours un authentique courage pour être en mesure, parfois, de s’opposer à l’«ordre».

Que deviennent les dénonciateurs de fraude ? En fait, tous sortent renforcés de l’épreuve de confrontation au système. Prenons ici deux exemples.

Ainsi, nous vous informions en 2008 que le Tribunal de Grande Instance de Versailles avait donné raison à Hélène Maurel-Indart contre Bernard Edelman, lequel n'avait pas apprécié le parallèle public entre son livre et la thèse de Laurent Pfister (sur l'histoire du droit d'auteur). Edelman ayant fait appel, cette affaire peut durer longtemps. Mais Hélène Maurel-Indart poursuit avec une ferveur renforcée son travail d’investigation sur le plagiat littéraire. Non seulement elle s’impose comme référence dans les médias (lire par exemple : «Les règles du savoir-plagier»), mais son site Web « Le plagiat » est de plus en plus visité.

Autre exemple, celui de Jean-Noël Darde qui en avait assez de l’inertie du système sur le plan des thèses de doctorat plagiées. Grâce à son blog où il publie en toute transparence son travail d’archéologue du plagiat, il a réussi à faire voter, le 25 mars 2010, l’annulation d’une thèse soutenue en 2008. L’annulation d’une thèse de doctorat est, à notre connaissance, une première en France et nous saluons ici le courage de Paris VIII d’avoir ouvert la voie.

Mais comment faire comprendre aux dirigeants des institutions académiques qui n’auraient pas lu notre précédente supplique, qu’il leur faut maintenant s’impliquer véritablement ? Ainsi, peut-être:

  • Je dis devant vous, qu’un « chercheur », Directeur général adjoint d’une Grande École française, éditeur d’une revue scientifique, a traduit mot à mot un chapitre de livre publié chez un éditeur français (chapitre tiré de la thèse de doctorat de son auteur), puis qu’il l’a publié chez McGraw-Hill sous son nom.
  • Je dis devant vous, que si McGraw-Hill n’avait pas eu la bonne idée de mettre sur le Web ce chapitre pour promouvoir le livre américain, nous n’aurions pu le détecter de manière si éclatante.
  • Je dis devant vous, que l’auteur plagié ne cherche pas la vengeance ; il voudrait faire son travail de chercheur sans perdre de temps en procédures et sans avoir à se référer à ce texte indélicat dans tous ses futurs écrits.
  • Je dis devant vous, que l’éditeur français, propriétaire devant la loi de cet écrit original, se serait bien passé d’une telle confrontation avec McGraw-Hill.
  • Je dis devant vous, que l’établissement d’enseignement supérieur où exerce ce collègue indélicat ne peut pas sanctionner des étudiants plagieurs tant qu’il n’a pas réglé ce cas.
  • Je dis devant vous, que tous les représentants de la Conférence des Grandes Écoles et tous les Présidents d’universités sont dès lors concernés. Ils doivent maintenant nous rassurer quant à leur volonté de protéger la connaissance, de nous protéger et de protéger nos étudiants.

Merci à vous qui choisissez de lutter contre ce plagiat endémique en vous souvenant d’Aristote pour situer votre courage au juste milieu entre couardise et témérité.

Merci d’avoir compris que le courage, ce n’est pas d’affronter nos pairs, mais c’est de s’élever au-dessus de nous-mêmes pour comprendre, dans l’altérité, la « raison » de cette mutation de nos connaissances et de nos comportements.

Vos témoignages et vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable» ont permis de développer cette prise de conscience collective. Pour faire circuler cette lettre ou inscrire des collègues, il vous suffit d’utiliser le lien d’inscription au site.

 


Bien cordialement

Michelle Bergadaà
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Lettre 30 : 01.03.2010

Lettre 30
01.03. 2010

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Dans ma précédente lettre, j’ai abordé notre problématique de la responsabilité sous la perspective du plagié. Je vous avais proposé un vade-mecum du plagié en 14 étapes.

Ayant accompagné directement plus de 35 cas graves de plagiat qui se sont produits dans 15 disciplines différentes, j’ai aussi été témoin, directement ou indirectement, des réactions des plagieurs, et j’ai observé nombre de leurs stratégies de défense.

  • Il est donc de ma responsabilité de proposer à tous les plagieurs, à leurs supérieurs et à leurs proches collaborateurs, de lire avec attention le vade-mecum du plagieur en 8 étapes, en vue de leur défense.

Les cas de dénonciation de plagiat ayant tendance à se multiplier, dans toutes les disciplines, il devient urgent que les tricheurs prennent conscience du risque qu’ils courent. Le Web, qui est leur allié pour trouver des documents sources, peut s’avérer un adversaire redoutable s’il se retourne contre eux.

  • Je salue d’ailleurs ici l’initiative de Jean-Noël Darne. Dans son blog «archéologie du copier-coller», il nous informe du cas de deux thèses de doctorat composées d’un « assemblage de "copier-coller" flagrants » (sic). L’intérêt de son approche est qu’elle interpelle directement les instances ayant fait preuve de négligence en la matière. A suivre, donc.


Nul doute qu’en amont de ces problèmes de plagiat, Présidents ou Directeurs généraux d’institutions académiques, membres de jurys de thèses et directeurs de recherche se questionneront réellement. Alors, ils estimeront caducs les discours officiels de bienséance qui citent toujours les mêmes vieilles enquêtes sur le plagiat des étudiants, ou l’usage de logiciels de détection « miraculeux », ou encore quelques vagues règles d’éthique distribuées aux étudiants.

  • La mutation de la connaissance et celle du Web.2 se sont produites. Il est grand temps d’en prendre la mesure et de développer une véritable réflexion digne des universitaires que nous sommes, et de tous y prendre part.

Un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable».

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Michelle Bergadaà
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Lettre 29 : 13.01.2010

Lettre 29
13.01. 2010

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Recevez mes vœux les plus cordiaux pour une année qui respecte pleinement votre état de chercheur et d'auteur.

Depuis bientôt six ans je reçois vos témoignages en matière de plagiat et de fraude et j'ai accompagné nombre d'entre vous dans les démarches pénibles à entreprendre pour faire reconnaître le préjudice subi.

Il est assez aisé de faire constater un problème d'intégrité scientifique si l'auteur indélicat est une personne étrangère à notre établissement, association scientifique ou pays, comme dans le cas «Un plagiat répétitif» reporté dans ce site. Mais, il est infiniment plus délicat de demander réparation quand l'auteur du délit est un pair ou un futur pair.

Aussi, vos besoins étant souvent similaires, j’ai le plaisir de vous offrir une boîte à outils pragmatiques et précis en guise d’étrennes de Nouvel An.

  • Vous découvrirez tout d’abord un hyperlien vers un logiciel de détection de similarités. Il vous permettra de vérifier, par exemple, si un mémoire que vous corrigez ou un de vos articles implique du plagiat. Il vous suffit de suivre les instructions pour comparer ce texte à d’autres documents que vous soumettrez, mais aussi à tous ceux publiés sur le Web.
  • J’ai capitalisé en 14 étapes un vade-mecum du plagié. Ses conseils vont de « Comment établir la preuve ?» à « Quelle vie après un plagiat ? ». Si je vous y semble d’un réalisme parfois impertinent à l’égard de notre petit monde académique, n’y voyez que le signe d’une grande affection à son égard. D’ailleurs, je vous invite à compléter mes propositions en ajoutant des commentaires issus de votre propre expérience.
  • Une note de service «Attention plagiat !» élaborée par Françoise Havelange, Conseillère juridique en propriété intellectuelle à la FUNDP (Namur – Belgique) devrait nous permettre d’agir en amont du phénomène. Vous trouverez là une définition précise du plagiat et des situations à risque en la matière.
  • Les directives intégrité de la Fondation Nationale pour la Recherche Scientifique (FNRS) suisse nomment avec précision les fautes en matière de publication. Ces directives définissent on ne peut plus clairement les démarches à entreprendre. Je ne regrette que l’absence d’exemples de sanctions prononcées pour illustrer la démarche. Un jour, peut-être…

Un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable».

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Lettre 28 : 15.11.2009

Lettre 28
15.11. 2009

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Une fois n’est pas coutume et nous ne parlerons pas, dans cette lettre, du plagiat ordinaire que nous rencontrerions quotidiennement dans notre métier d’enseignant, si nous ne mettions pas en œuvre des mesures de dissuasion et de contrôle adaptées aux défis de notre communauté virtualisée.

• Nous cédons ici la parole à nos collègues Denis Bouyssou (CNRS, LAMSADE, Université Paris Dauphine), Silvano Martello (DEIS, Università di Bologna) et Frank Plastria (MOSI Vrije Universiteit Brussel).

  Ils décrivent un cas à tiroirs - qui serait extraordinaire s’il ne semblait pas simplement humain -, de déroulement d’une enquête sur un cas flagrant de plagiat à l’époque (2007) où ils étaient tous trois éditeurs d’une revue scientifique de prestige : A Quarterly Journal of Operations Research.

• Que les Rédacteurs en chef de Revues abonnés à notre lettre réfléchissent à ce cas soumis par leurs pairs, et dialoguent avec leurs Comités scientifiques à son propos. Un manque d’attention de leur part serait inquiétant, compte tenu de la responsabilité qu’ils ont accepté d’assumer.

  Ils doivent, en effet, garantir à tous les auteurs et lecteurs honnêtes qu’ils les protègent des agissements de ce genre de malfrats dans nos journaux et dans notre communauté.

• Que la lecture de ce cas soit recommandée à tous nos jeunes collègues ; car rien ne se perd, tout se retrouve avec le Web, demain ou dans cinq ans…

  Hier, encore, certains professeurs-chercheurs seniors excusaient les autoplagiats, plagiats et autres combines au nom de la « jeunesse » de leurs auteurs, au nom des « valeurs du corporatisme » et, surtout, pour ne pas effectuer un long travail de reconstitution des faits. Ces comportements ne rencontreront bientôt plus aucune protection.

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Lettre 27 : 25.09.2009

Lettre 27
25.09. 2009

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

En ce début d’année académique, que je vous souhaite créative et passionnante, voici un bilan succinct des actions menées par divers acteurs dans nos cent seize établissements.

Concernant le plagiat des étudiants. La majorité des établissements a acquis des logiciels de détection de similarités. Ce n’est pas l’outil qui fait la fonction mais, étant disponibles, ils rendent attentifs les enseignants et les étudiants au problème du plagiat et de la contrefaçon.

Concernant les doctorants. Je vous conseille vivement de lire et de faire circuler la remarquable lettre de notre collègue Didier Truchet, Directeur de l’École doctorale George Vedel – Univ. Panthéon-Assas.

Concernant les directeurs de thèses. La peur de certains doctorants qui ne savent à qui se confier, m’apparaît toujours palpable. Par exemple, je conserve sur mon disque dur personnel deux thèses presque finies : leurs auteurs (externes à mon domaine) craignent de se faire emprunter leurs idées par leur patron avant leurs soutenances.

Concernant les processus de révision des revues scientifiques. En janvier 2008, nous débattions, par métaphores interposées, du cas d’un auteur qui a éliminé son co-auteur pour publier en solo le résultat de leur travail. Si nous en faisions collectivement une analyse bien timorée fondée sur des raisons psycho-socio-politiques, aujourd’hui nous pouvons être plus fermes.

Le cas suivant se présente à nous : a) deux co-auteurs travaillent ensemble et font un article présenté en conférence, puis ils le soumettent à une revue de rang A (il est rejeté). b) L'un des co-auteurs quitte leur établissement et change de pays. c) Le premier en profite aussitôt pour le publier seul, sans aucune référence bibliographique au travail antérieur, dans une autre revue anglo-saxonne. d) Nous avons testé par logiciel de détection de similarité (Turnitin) cet article publié : il est similaire à plus de 80% à la première soumission (hors annexes) et à plus de 62% à l’article original intégral des actes de la conférence.

L’auteur floué va demander formellement au Rédacteur en Chef de la revue la publication d’un rectificatif avec ses excuses pour avoir manqué de discernement, ainsi que sa réintégration comme co-auteur dans les bases de données internationales.

Pour conclure. Je constate que l’on se pose souvent de faux problèmes « politiques » pour finalement protéger des tricheurs, alors qu'il n'y a que des règles de déontologie très simples à appliquer systématiquement.

Il y a ensuite des principes de responsabilité à assumer : on ne place pas à des postes de décision - journaux/ revues/ conférences - des personnes dont le comportement est douteux, alors même que tous (sauf nos plus jeunes et influençables collègues) le savent dans notre communauté.

Ces positions fermes éviteraient deux écueils : celui de se trouver confrontés à de dommageables ambiguïtés ultérieures, et celui d’être obligés d’accorder une sorte d’immunité à des personnes qui n’ont aucune envie de changer d’attitude.

Un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable».

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
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Lettre 26 : 22.05.2009

Lettre 26
22.05. 2009

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

J’ai reçu une centaine de témoignages – pas une dizaine - de collègues qui ont choisi d’affronter le plagiat sur le terrain. C’est toujours la même souffrance.

• Un exemple, parmi les autres : « … Et la doctorante se pose en victime et c'est moi et son directeur de thèse qui sommes les coupables. C'est le monde à l'envers. J'ai demandé à mon conseil d'École Doctorale de refuser à la doctorante le droit de se réinscrire dans notre ED. Je n'ai pas été suivie. Vous comprenez donc toute l'admiration que j'ai pour votre action. »

Pourquoi les établissements ne soutiennent-ils pas systématiquement les enseignants et les chercheurs qui ont le courage de s’opposer à cette dérive ? Ont-ils une idée des pressions que reçoivent ceux et celles qui dénoncent ces pratiques ?

• Autre exemple: une collègue voyant son travail plagié dans le livre d’un de ses anciens étudiants choisit de porter l’affaire en justice. L’auteur du livre et l’éditeur sont condamnés in solidum. Mais, ils contre-attaquent au prétexte qu’il n’y a pas de contrefaçon (et non « plagiat »), car l’auteur d’origine « ne peut être titulaire des droits d’auteur sur une contribution effectuée dans le cadre de la mission de service public ». L’histoire finit bien et notre collègue gagne encore : le jugement est confirmé, l’appel étant jugé irrecevable.

Imaginez que, demain, vous soyez plagié(e). Aurez-vous envie de passer deux à quatre ans en procédures stressantes, au lieu de les consacrer à la sérénité de vos recherches ? Même si vous avez des preuves irréfutables en votre faveur, êtes-vous certain(e) de gagner ? Mais, si vous ne faites rien, ne garderez-vous pas toute votre vie un sentiment d’amertume et l’impression d’avoir manqué de courage ?

• Je propose que tous nos Présidents d’universités, nos Recteurs et nos Directeurs d’établissements aient, eux aussi, le courage individuel et collectif de se déclarer partie prenante et qu’ils mettent en place de véritables conseils juridiques institutionnels pour aider les dénonciateurs et les victimes de plagiat. Mais, pourquoi le feraient-ils ?

Imaginez le caractère exponentiel du phénomène de plagiat, alors que certains pays mettent en place des primes à la productivité, sans garde-fous de la sorte… Notre collègue S. Le Lay nous livre dans sa lettre ouverte une analyse claire à ce propos.

• C’est en termes de responsabilité du système académique que le problème se pose aujourd’hui. J’évoque le site Profetic qui déclare à propos de notre dernier rapport sur le plagiat des étudiants :

« C’est l’immense mérite des auteurs du rapport intitulé «La relation éthique-plagiat dans la réalisation des travaux personnels par les étudiants» que d’avoir déplacé le débat autour du plagiat, sur le terrain de la mission et des valeurs de l’Université, en regard des perceptions, pratiques et conditions de vie des étudiants. »

Un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable».

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM
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Lettre 25 : 13.03.2009

Lettre 25
13.03. 2009

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Parmi les cas internationaux que nous suivons depuis des années, il en est un qui voit enfin son aboutissement : le 23 février dernier, le Conseil d’État, au nom du peuple français, informe que la requête de Mme Gaëlle A-B était rejetée. Cette dernière faisait appel d’une décision du Conseil National des Universités (CNU) qui avait prononcé, le 5 septembre 2007, le retrait de son inscription sur la liste de qualification aux fonctions de maître de conférences pour cause de plagiat lié à sa thèse de doctorat.

Pour ceux qui ne comprennent pas pourquoi la thèse n’a pas été annulée par cet organe, rappelons que le CNU n'est pas une instance disciplinaire. Le titre de docteur est délivré par une université, donc par un jury dont la responsabilité seule est engagée. Le CNU peut penser ce qu'il veut de certaines thèses et du travail plus ou moins sérieux de certains jurys, il ne peut en aucun cas remettre en cause la délivrance du doctorat.

Pour fêter les cinq ans de notre travail collaboratif via le site « Responsable », j’ai donc publié une brève synthèse dans le journal Culture & Sociétés pour rappeler, comme me l’avait demandé un membre éminent du CNU, « les universités et membres de jurys à leur sens des responsabilités, car ce sont eux qui se situent tout en amont du processus et leur action, contrairement à celle du CNU, s'inscrit dans la sphère légale ».

Vous trouverez ici ce texte un peu provocateur, « Une situation saugrenue ». N’hésitez pas à le critiquer et à me dire que je me trompe ! J’aimerais tant, me tromper…

Et, puisque les plagieurs lisant cette lettre doivent être mal à l’aise, je leur dis que nous ne pouvons plus fermer les yeux, même si nous savons leur tourment.

Nous comprenons, en effet, que le plagiat conduit son auteur à admettre son échec face aux demandes de notre société académique et à devoir repositionner son image de lui-même. Le plagieur, par son acte, redéfinit de facto son niveau réel par comparaison au niveau qu'il espérait atteindre… et qu’il imite.

* * *

Je profite de cette lettre pour vous rappeler l’excellent colloque organisé par le Pôle Universitaire Européen de Bruxelles sur le thème "Copié-collé..." Former à l'utilisation critique et responsable de l'information, le mardi 31 mars prochain, de 8h30 à 16h30.

Un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site « Responsable ».

Bien cordialement


Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM
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Lettre 24 : 08.12.2008

Lettre 24
08.12.2008

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

En cette fin d’année, je souhaite vous dire combien je suis touchée des témoignages d’encouragement et des remerciements que vous êtes nombreux à m’envoyer après chaque lettre. A mon tour de vous dire que sans vous, sans les cas de plagiat que vous nous soumettez et pour lesquels nous vous apportons notre modeste concours, ce travail collaboratif n’aurait ni cette dimension, ni cette force.

Le flux de messages que mois après mois vous recevez via cette lettre, se sédimente et prend racine ici et là, au niveau des lois, des règlements, des volontés individuelles et des décisions collectives. Et le flux se transforme en stock de connaissances commun sur le site « Responsable ».

Pour ce Noël, veuillez recevoir trois cadeaux:

• Le premier est un outil de travail. C'est le rapport de la Commission Ethique-Plagiat que j’ai présidée à la demande du Rectorat de Genève. Ce document La relation éthique-Plagiat dans la réalisation des travaux personnels par les étudiants (132 pages), concerne aussi bien le « Contexte en mutation » (impact technologies/connaissances, comportements des étudiants et rôle de nos bibliothèques), que « Les projets organisationnels » (formation aux compétences informationnelles, valeurs, normes, règles et outils de détection des similarités).

Ce rapport est téléchargeable, mais surtout, il se présente sous forme d’un document en ligne que chacun de vous peut maintenant compléter. Il n’est pas totalement sous forme « wiki », car il faut un modérateur, mais largement ouvert à l’intelligence collective : la vôtre.

• Le deuxième cadeau est celui que nous a fait le Tribunal de Grande Instance de Versailles (France) en déclarant que Hélène Maurel-Indart et les Éditions de la Différence n’étaient pas coupables de diffamation pour avoir publié un cas de plagiat dans Plagiats, les coulisses de l’écriture (2007). Non seulement le plaignant n’a pas obtenu les 100’000 euros qu’il réclamait et la suppression des pages incriminées, mais il a du verser, en tant que partie perdante, 1'000 euros à notre collègue de Tours et à son éditeur (Code. art.700). Voir les détails de l’affaire.

Plagieurs, cessez donc de menacer d’attaquer en justice les plagiés (ou les témoins) qui vous dénoncent! Vos actes n’en seront que plus médiatisés. Et tâchez de comprendre que la perception du problème est en train de changer très vite chez nos législateurs.

• Le troisième cadeau : un tout grand merci, en notre nom à tous, à l’université de Tours qui a accordé sa protection juridique à notre collègue Hélène Maurel-Indart en considérant qu’elle agissait dans le cadre de ses recherches. Puisse cet exemple être suivi par toutes nos institutions afin que leurs responsables abordent avec authenticité ce grave problème du plagiat et que, avant toute autre considération, ils soutiennent invariablement leurs professeurs et leurs étudiants intègres.

En cette fin d’année, je vous souhaite de très belles fêtes, pour vous et ceux qui vous sont proches.

Bien cordialement.


Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 23 : 31.10.2008

Lettre 23
30.10 2008

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Je trouve ennuyeux que les personnes qui dénoncent les plagieurs se fassent insulter, voire menacer, par ces derniers, toujours forts vexés d’avoir été pris la main dans le sac. L’analyse des documents que l’on m’a communiqués montre que les diatribes des plagieurs sont de deux ordres :

a) « On m’a dit que tel ou tel professeur aussi avait plagié, alors il vaudrait mieux se taire...»
b) « Dénoncer une personne qui a "omis de citer" (sic) l’auteur d’origine, c’est de la délation digne des pires moments de l’histoire. »

Je trouve contrariant que certains professeurs se prêtent à ces subterfuges, qu’ils se trompent de victimes et qu’ils accablent les personnes - plagié ou témoin - qui ont le courage de poser les faits sur la place publique. Ils font subir des pressions morales à des (parfois jeunes) chercheurs en leur demandant de respecter « les codes de discrétion du métier ».

Quels codes ? Quel métier ? A une époque de totale mutation, il s’agirait d’avoir le courage de les questionner, me semble-t-il.

Parlons-en de courage, justement.

Je trouve enthousiasmant celui de notre collègue Driss Lagrini qui dénonce dans une LETTRE OUVERTE trois plagiats dont il aurait été victime. En toute transparence, il cite les noms des plagieurs, les pays d’où viennent ces plagiats, les journaux impliqués et il vous en présente toutes les circonstances.

A vous de choisir maintenant de quel côté vous souhaitez vous ranger : celui du plagieur ? celui du palgié ? ou celui de la connaissance authentique ?

Nous vous proposons aussi de lire cette lettre ouverte du Pr. Lagrini dans sa version originale, en arabe, ou sous sa traduction en anglais.

Vous pouvez lui répondre directement (drisslagrini@yahoo.fr), en vous rappelant que "le sentiment de vol ou de viol est compréhensible s’agissant d’une œuvre de l’esprit, donc unique : c’est une atteinte grave aux droits de la personnalité" (merci à I. Cadet).

Par ailleurs, nous portons à votre connaissance le discours de Valérie Pécresse, Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (France) le 16 octobre dernier. Elle y déclare sa volonté de généraliser "les expériences de lutte anti-plagiat déjà mises en œuvre dans certaines universités". Sera-t-elle entendue ?

Encore un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site « Responsable ».

Bien cordialement.


Michelle Bergadaà
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Lettre 22 : 18.09.2008

Lettre 22
18.09.2008


Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

C’est la rentrée… Nous avons des raisons de nous réjouir ensemble des résultats sensibles de nos efforts à dénoncer la triche et le plagiat des travaux d’étudiants, des mémoires et des articles de recherche.

Tout d'abord, je présente en notre nom à tous nos plus sincères félicitations à nos collègues tunisiens qui depuis près de quatre années oeuvrent avec nous pour lutter contre ce fléau. Un décret ministériel relatif au « plagiat dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique » (Décret n° 2008-2422 du 23 juin 2008) vient d’être promulgué.

Puissent les autres pays francophones suivre l’exemple tunisien, et adopter des décrets aussi adaptés au contexte académique, complets, clairs et précis que celui-ci !

Par ailleurs, les trois cas de plagiat dénoncés par les victimes et qui seraient le fait de professeurs et d’étudiants doctorants, cas dont nous avons suivi le développement, sont maintenant étudiés par les instances académiques compétentes de leurs institutions et de leurs pays d’origine.

Le travail s’accomplit à tous les niveaux. Je citerai ici un exemple parmi de nombreuses initiatives : Denis Duguest de l’IAE de Nantes (France) a réuni diverses informations pour proposer un manuel très clair « Citer ses sources » que vous aurez hâte de distribuer à vos étudiants.

Une question d’actualité en ces temps de rentrée : avez-vous vraiment fait identifier juridiquement les diplômes des tous les étudiants que vous avez acceptés dans vos multiples programmes ? Êtes-vous certains qu’il n’y a pas quelques faux qui se soient glissés ici et là ? Quelles mesures de contrôle précis avez-vous établies ?

Vous trouverez ici un jeu d’authentiques documents présentés par un candidat, que j’ai du refuser pour le diplôme dont je suis directrice. A noter que, selon Wikipedia , un des terroristes d’Al-Qaïda aurait présenté ces mêmes « diplômes » pour justifier de ses activités.

Oserai-je vous raconter le dilemme auquel ont été confrontées les autorités d’une université amie devant se prononcer sur une lettre touchante reçue par leur Recteur? Elle émanait d’une mère éplorée dont le fils venait de décéder. Elle y remerciait l’université pour la joie que leur avait procuré le diplôme de pharmacien de leur fils, diplôme accroché au mur de leur salon. Il s’avère qu’il s’agissait d’un faux. Qu’auriez-vous fait à la place des juristes de cette université ?

Pour conclure ensemble et commencer cette cinquième année universitaire, je reprends ici les paroles de Wolfgang Pauli (merci à F. Bloch), paroles que nous pouvons, ensemble, dédier à nos étudiants, à nos collègues et à nos supérieurs hiérarchiques :

" Je n'ai pas d'objection à ce que pensiez lentement. J'en ai si vous publiez plus vite que vous ne pensez."

Un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail commun sur votre site « Responsable »

Bien cordialement.


Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 21 : 11.06.2008

Lettre 21
11.06.2008


Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Vous êtes aujourd’hui plus de 16'000 abonnés à cette lettre, de 19 champs disciplinaires et de 14 pays. Le flux des cas que vous me communiquez concerne trois thématiques connectées : 1) celle du plagiat des étudiants dans leurs mémoires et leurs thèses, 2) celle de jeunes auteurs entraînés vers la facilité du copié-collé par le principe du « publish or perish », 3) celle de certains professeurs seniors qui s’accaparent des textes ou des mémoires de leurs étudiants.

1/ Le plagiat par les étudiants. Un grand nombre d’établissements commence à le traiter au plan structurel. Nous aurons à partager, à la rentrée universitaire, de nombreux témoignages de ces initiatives. En avant-goût, saluons de suite le projet de nos collègues de Louvain (Belgique) qui ont mis en place une campagne de publicité sympathique destinée aux étudiants que je vous invite à découvrir ici.

2/ Le plagiat par les jeunes auteurs. Voici un cas qui nous a interpellés. Un article, publié dans une bonne revue comprend des parties plagiées (y compris des données de terrain) d’un article publié antérieurement par un autre jeune auteur qui a porté plainte. Le cas a été soumis à un comité d’éthique restreint mis en place par le Rédacteur en chef de la revue. Puis, comme il est d’usage dans toute bonne revue scientifique, ce Rédacteur en chef a publié dans un numéro ultérieur un avertissement au lecteur, avec notamment les excuses du fautif et les siennes. Mais, le fautif vexé, se positionna aussitôt en victime, écrivant une longue lettre agressive à tous les membres du Comité de Rédaction de la revue. Nous relevons en substance que la procédure a été perçue comme une véritable « inquisition » (sic) et elle a été vécue, semble-t-il, de manière d’autant plus détestable que son auteur se trouvait à ce moment là en pleine période de recrutement.

Cette anecdote établit, on ne peut plus clairement, notre responsabilité collective de ne pas savoir rendre explicite ce qui nous semble couler de source :
- Combien d’entre nous, professeurs en poste, sont vraiment conscients de la pandémie de plagiat qui frappe notre monde académique ?
- Combien ont vraiment testé leurs doctorants sur leurs compétences informationnelles et sur leurs pratiques d’écriture ?
- Quelles valeurs transmettons-nous dans nos Écoles doctorales ?
- Quelles règles de déontologie sont réellement assimilées par nos doctorants avant qu’ils ne deviennent eux-mêmes des encadreurs d’étudiants et ne leur transmettent leurs valeurs?
- Comprennent-ils le sens universel des expressions « Publication », « Publication scientifique », « Journal scientifique », « Création », « Propriété intellectuelle », « Comité de Rédaction », « Jugement par ses pairs », « Comité d’éthique », « Intégrité intellectuelle », « Authenticité  » ?

3/ Le plagiat par les professeurs seniors est plus grave peut-être, mais il assez passionnant dans ses méandres. J’en appelle à votre bienveillance pour proposer vos conseils constructifs et vos idées créatives. En bref :

Un doctorant (x) d’un pays francophone X a pour membre de son jury un professeur (y) d’un pays francophone Y, très connu dans sa spécialisation et qui a déjà publié une quantité importante de livres et d’articles. En toute confiance, l’étudiant lui envoie son texte final… Il soutient sa thèse avec les félicitations du jury. Quelques cinq ans plus tard, un livre collectif paraît aux prestigieuses Presses Académiques de Z (PAZ). Un des chapitres est un plagiat d’une partie de la thèse de x, effectué par le professeur y. Saisies, les PAZ ne cessent pas la diffusion de l’ouvrage contenant le chapitre incriminé. Leur conseiller légal attend que l’avocat du jeune plagié x accepte une proposition d’excuses de y pour insérer un encart d’avertissement du plagiat dans les livres mis en vente. En cas de réédition (hypothétique) de l’ouvrage, ils promettent à x que son article remplacera celui de y.

Qui d’entre nous aurait une idée géniale pour dénouer le problème ? Vous trouverez ici le cas, ainsi que les questions auxquelles nous vous serions reconnaissants de bien vouloir répondre (même succinctement) après une lecture des vignettes que nous vous invitons à lire attentivement.

Quelle est donc mal faite cette loi qui place ce cas sous le seul statut du « droit d’auteur », au détriment des normes d’intégrité scientifique d’une profession académique qui n’a jamais su imposer sa vision de ce que signifie « propriété intellectuelle », et qui ne s’est pas dotée de chartes déontologiques lui permettant de tenir le choc face à cette pandémie de plagiat que propage l’arrivée d’Internet dans nos métiers !

Encore un tout grand merci à ceux qui contribuent à l’enrichissement de notre projet collectif via notre site collaboratif (Responsable.unige.ch) en proposant des cas que nous soumettons à l’analyse collective.

Bon courage pour vos corrections de copies, jurys de fin d’année et autres tâches épanouissantes de notre beau métier.

Bien cordialement.


Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
Université de Genève

P.S. Si vous souhaitez vous désinscrire de cette lettre, il vous suffit de nous adresser un courriel, en cliquant ici.

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Lettre 20 : 07.05.2008

Lettre 20
07.05.2008


Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Le cas de plagiat de ma lettre N° 19 concernait le cas d’un doctorant en géographie de l'université de X qui découvrait que son mémoire de DEA (i.e. Master recherche) avait été plagié par un étudiant en géographie de l'université de Y et qui avait déposé une plainte.

Vous pouvez consulter l'analyse du cas par la communauté et réagir à une proposition d’un principe directeur commun.

Je vous communique également un chapitre du rapport 2008 de la commission « Ethique-Plagiat » que je préside à l’université de Genève, chapitre dans lequel nous essayons de qualifier les fautes, pour les circonscrire, en distinguant « copie », « triche », plagiat » et « fraude ». Vos commentaires sont les bienvenus.

En fait, il semble qu’il n’y ait pas eu de résolution institutionnelle du problème. Le plagieur a simplement avoué à la commission : «Je suis désolé. J’ai été vraiment bête de placer mon mémoire sur Internet, sinon personne n’aurait rien vu. ».

Mais, l’étudiant plagié a finalement été le plus intelligent. Puisse son geste servir d’exemple à tous les plagiés :

… il a téléchargé le mémoire du plagieur, et il a placé sur son site personnel les deux mémoires qu’il vous invite à comparer. C’est précis et efficace.


Le cas d’aujourd’hui, en est un d’émotion : chaque mois, je reçois des documents entiers « stabilobossés », de personnes qui se sentent volées, que dis-je "violées", au plus profond de leur être (leur créativité et leur travail) par des plagieurs ou par des personnes qui utilisent sans les citer leur travail dans une publication scientifique ou dans une thèse.

Dès que nous décidons (après conseils juridiques) qu’ils doivent se plaindre formellement, et que nous dévoilons les faits objectifs, les émotions débordent :

- Émotion du directeur de thèse ou de mémoire du plagieur, commençant par réfuter la plainte, tout prêt à garantir que son ex-étudiant est quelqu’un de charmant, sans problème, d’honnête, de travailleur, d’utile à son labo et à la communauté.

- Émotion des proches de ce « senior », qui pensent que leur réputation peut en souffrir et qui nous invectivent, voire nous menacent, d’oser nous mêler de ce qui, selon eux, ne nous regarde pas.

- Émotion décuplée des amis du plagié, qui déclarent fermement qu’une publication est un acte public et que chaque lecteur libre a le droit, et le devoir, de dénoncer une inconduite visible aux yeux de tous.

- Émotion des Rédacteurs en chef de revues, qui reçoivent des appels de toute part pour les inciter à étouffer l’affaire ou, au contraire, à présenter des excuses dans leur revue.

- Émotion vive du plagié à qui on sert maintenant cette argumentation : « Vous avez été plagié, soit, ce n’est pas très grave, vous aurez d’autres publications. Mais si vous maintenez votre plainte, le plagieur aura sa carrière brisée à cause de vous. Et « certains » vous en voudront… ».

- Émotion de certains mandarins ou pontes d’associations, s’apercevant que, en ce XXIe siècle et avec Internet, la situation va leur échapper et que les affaires ne se régleront plus, loin des yeux de tous, dans la discrétion feutrée des alcôves politiques du moment, mais en totale transparence.

- Émotion, enfin, de ceux pour qui « déontologie » ne signifie pas corporatisme, mais bien défense de nos valeurs centrales de création de connaissance, mise en exergue de l’authenticité de l’écrit et transparence dans la diffusion publique.

Les questions auxquelles vous pourriez répondre : Pourquoi ces émotions qui débordent de toute part ? Que faire quand on est junior et qu'on se sent volé-violé dans ses premiers écrits ? Comment mesurer le risque d’une procédure de plainte ? Comment protéger le dénonciateur par un comité de « relais de plainte » ? En quelles mains placer d’abord le cas de plagiat ? Comment rester calme et exemplaire dans l’affirmation de notre déontologie quand on reçoit des pressions « politiques » ?

Je vous indique ici des règles d’intégrité très didactiques qui viennent d’être éditées par les Académies Suisses des Sciences. Il me semblerait utile que tous les programmes de Master, d’assistanat et de doctorat prévoient une analyse de telles règles par leurs étudiants. Merci de nous communiquer celles existant dans vos pays.

Pour conclure, je rappelle à ceux qui m’écrivent leur désarroi personnel face à certaines pratiques incorrectes de professeurs ou d’étudiants, qu’il existe une solution simple : inscrivez-les à cette lettre régulière. C’est gratuit et anonyme. Soit ces personnes accepteront de réfléchir avec nous, soit elles pourront se désinscrire simplement de la lettre.

Encore un tout grand merci à ceux qui contribuent à l’enrichissement de notre projet collectif via notre site collaboratif (Responsable.unige.ch).

Bien cordialement.


Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 19 : 18.03.2008

Lettre 19
18.03.2008


Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Il y a quatre ans, j’expédiais la lettre Lettre n° 1 du projet « Responsable » à 225 professeurs. Vous avez été nombreux à réagir, à relayer au fil des mois les « Lettres », et à contribuer au développement du site collaboratif « Responsable ».

Vous êtes aujourd’hui plus de 15’000 abonnés. Vos contributions directes proviennent de 113 établissements différents, de 13 pays, et de plus de 17 disciplines. Vous avez « fait bouger » au moins cinq établissements universitaires de réputation internationale qui ont mis en place de vraies politiques institutionnelles, ainsi que quatre revues scientifiques. Vous avez tous contribué, via Internet, à une véritable évolution de la connaissance. Bravo à tous ; continuons.

• Dans ma lettre n° 18 je vous avais présenté la situation (véridique) de deux cas, à forte similarité, tels que vécus par les deux protagonistes, et je vous ai demandé de bien vouloir analyser la situation. Vous trouverez sur le site deux types d’analyse :

- L’analyse de contenu détaillée des 83 propositions émanant de la communauté académique. Dans sa quasi-unanimité, cet échantillon international considère que l’on ne peut pas « oublier » de citer ses travaux antérieurs à une publication, et encore moins « oublier » un co-auteur en cours de route. Cependant, l’analyse témoigne de beaucoup de subtilité dans les nuances de vos propositions.

- Par ailleurs, une collègue de France a fait réaliser une analyse de contenu détaillée des cas par ses étudiants de Master recherche. Cette population a, pour sa part, privilégié celui des acteurs qui agit selon une éthique relative à la finalité de l’action et à son impact (i. e. une publication), et non selon une éthique relative à la relation entre un chercheur et les autres acteurs de la recherche.

N’y aurait-il pas matière à réflexion, lorsque nous essayons de mesurer, selon nos normes de déontologie, l’éthique et la morale de plus jeunes acteurs ?

Le cas d’aujourd’hui, tout aussi véridique, est d’un niveau différent de traitement.

- Un doctorant en géographie de l'université de X (France) découvre que son mémoire de DEA (i.e. Master recherche) a été plagié par un étudiant en géographie de l'université de Y (France). Il en avertit aussitôt l'université de Z (Suisse) qui a immatriculé l’étudiant indélicat sur la base de son diplôme fraudé.

- Or, l'université de Z (Suisse) déclare : « Nous ne pouvons rien faire tant que l’université Y maintient ce diplôme que nous considérons comme valide». Contactée, l'université de Y (France) répond : « S’il n’y a pas de plainte du plagié, nous ne pouvons pas ouvrir de procédure. D’ailleurs, notre ancien étudiant a quitté le territoire national… ». Contacté, cet étudiant de l'université de X (France) déclare: « Qu'est-ce que je gagnerais à déposer une plainte? Une perte de temps et d’énergie».

Et si nous décidions qu’un établissement qui remet un diplôme fondé sur un mémoire ou sur une thèse plagiés devient, de facto, complice d’une fraude au diplôme ? Mais alors que devient le fondement actuel d’ouverture de procédure, fondement du droit d’auteur et droit de propriété intellectuelle ? Pouvons-nous envisager une attitude internationale commune en la matière ? Une charte de qualité internationale pour nos établissements ?

Qu’en pensez-vous ? Votre proposition sera enregistrée directement et elle sera analysée dans notre prochaine lettre.

Encore un tout grand merci à ceux qui contribuent à l’enrichissement de notre projet collectif via notre site collaboratif (Responsable.unige.ch) en proposant des cas que nous soumettons à l’analyse collective.

Je rappelle à ceux qui m’écrivent leur désarroi personnel face à certaines pratiques incorrectes de professeurs ou d’étudiants, qu’il existe une solution simple : inscrivez-les à cette lettre régulière.

C’est gratuit et anonyme. Soit ces personnes accepteront de réfléchir avec nous, soit elles pourront se désinscrire simplement de la lettre. En d’autres mots : attention, plagieurs, si tout se trouve sur la toile, tout peut se retrouver grâce à Internet, à n’importe quel moment et de n’importe où.


Bien cordialement.


Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 18 : 28.01.2008

Lettre 18
28.01.2008

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

De nombreux établissements réagissent à présent aux dérives produites par l’intervention d’Internet dans nos processus de création de mémoires, thèses ou articles. Logiquement, de nombreux étudiants nous interpellent : « et vous, professeurs, êtes-vous plus éthiques que nous ? »

Parmi les nombreux témoignages de travaux et publications fortement similaires qui me sont parvenus depuis deux mois, un cas en particulier a retenu toute mon attention.

Il s’agit de trois publications similaires parues à un an d’écart, les deux premières ayant deux auteurs, la troisième un seul des deux auteurs. Dans ce dernier article, paru dans une revue scientifique prestigieuse, aucune mention n’était faite au travail antérieur du work-in-progress (déposé) et de l’article des actes d’une conférence qui l’ont précédé. Aucune mention du second auteur dans la bibliographie (ou même dans les remerciements) n’apparaît.

Que s’est-il passé ? Une négligence ? Une banale histoire de dispute entre co-auteurs ? Un cas humain.

Vous pourrez lire les deux cas, tels que vécus par les deux protagonistes et vous faire une idée par vous-même de la situation. Si vous avez des suggestions pour prévenir ce type de situation merci de nous les communiquer.

Nous formulons ici quelques propositions:

-  Placez sur Internet tous vos travaux de mémoire, work-in-progress, articles de conférences, articles publiés. Vous serez de facto protégés de toute indélicatesse, puisque tout logiciel de détection de similarités, demain ou dans dix ans, pourra faire le rapprochement.

-  Certes, le fait de procéder avec cette transparence rend de facto obsolètes les principes de la « révision en double aveugle » des revues scientifiques. Mais la transparence (enfin) avouée nous conduira tous à une plus grande authenticité.

-  Le fait de produire un article, seul ou à plusieurs, n’est pas un acte anodin ou une ligne de plus sur un CV que l’on modifie au gré de ses humeurs. C’est un acte de création de connaissance avéré qui engage pour longtemps toute une communauté.

-  Les journaux scientifiques pourraient se doter de tels logiciels de détection de similarités afin de s’interroger sur tous les articles problématiques dès leur soumission. L’effet dissuasif est immédiat et les revues dotées de labels de qualité seraient ainsi reconnues.

-  Rappelons que la loi sur le droit d’auteur (art. 7) encadre les droits et devoirs des coauteurs. Même si la loi semble ne pas prendre en compte la révolution sociale qui a résulté de l’introduction soudaine d’Internet et les mutations de comportement, c’est elle qui prévaut en cas de plainte. En Suisse, par exemple, elle prévoit de fortes amendes.

-  Chaque établissement peut se doter de « Directives intégrité» pour renseigner tout auteur qui se poserait des questions de comportement. De telles directives servent de garde-fou individuel et collectif.

-  Enfin, pour tous ceux qui m’écrivent leur désarroi personnel face à certaines pratiques de professeurs ou d’étudiants, il existe une solution simple : inscrivez-les à cette lettre régulière. C’est gratuit et anonyme. Soit ces personnes accepteront de réfléchir avec nous, soit elles pourront se désinscrire simplement de la lettre.

Encore un tout grand merci à ceux qui contribuent à l’enrichissement de notre projet collectif via notre site collaboratif (http://work.ecom.unige.ch).

In extremis en ce début d’année, permettez moi de vous offrir tous mes voeux de bon sens pour l’année 2008, afin :

- d’être pleinement occupé(e) par ce(ux) que vous aimez,
- de savoir ne plus vous préoccuper que de l’essentiel,
- et d’avoir la bienveillance de laisser l’accessoire à ceux qui n’ont rien d’autre à faire.

Bien amicalement.


Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 17 : 13.12.2007

Lettre 17
13.12.2007

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

J’ai reçu plusieurs témoignages préoccupants, ces derniers temps, mais je choisis de vous épargner tout souci en ces temps de fêtes et d’attendre l’an prochain pour vous en parler.

Parce qu’un grand nombre d’entre vous croit encore que l’usage d’un logiciel antiplagiat (oh combien indispensable) résoudra tous leurs problèmes, et parce que certains n’ont pas encore compris que la création de connaissance a définitivement muté et qu’une nouvelle forme de savoir était en train d’émerger, je vous offre un jeu pour Noël.

Un jeu qui vous permet de vous mettre dans la peau d’un étudiant de 2008 devant réaliser un travail pour un cours qu’il n’a pas suivi, qu’il n’a pas travaillé et pour lequel il n’a rien lu, et ce, en un temps limité.

Ce jeu s’appelle « Bergy-On-the-Spot » (BOS), ou « Kleenex-Knowledge » (KK). En voici un résumé des règles du jeu :

1- Le jeu (BOS) se joue à plusieurs (de 2 à 10 joueurs) en équipes de deux ou individuellement.

2- Chaque joueur se munit d’un PC connecté Internet (WiFi ou autre).

3- Les concurrents doivent, dans un bref laps de temps, produire à partir d’un concept, un document électronique de trois, cinq, quinze pages (proportionnel au temps défini).

4- Le concept est tiré au hasard dans une banque de concepts, les concepts n’appartenant évidemment pas à la discipline des concurrents.

5- Tout est permis, Wikipédia, copié-collé de parties d’articles, traductions, achat de documents, etc.

6- Seule contrainte : les documents sont soumis à un détecteur de plagiat à la fin de la partie, donc la paraphrase est obligatoire sous peine de disqualification !

7- Le gagnant de la partie est décidé en fonction de l’esthétique du document, du nombre de dimensions du concept présenté et de leur articulation.

8- La connaissance ainsi créée est automatiquement jetée après usage (KK) puisqu’un nouveau concept est tiré au sort et que la mémoire à court terme des joueurs doit impérativement être libérée.

Avec un peu d’entraînement, vous arriverez à travailler presque aussi vite que vos étudiants et à comprendre comment se produit une partie de la connaissance d’aujourd’hui.

Notez que, si vous avez une solide formation épistémologique et méthodologique, que vous jouez seul et que vous multipliez par 10 le temps de chaque partie, vous deviendrez un jour apte à casser les murs érigés (XIXe-XXe siècle) entre les disciplines traditionnelles. C’est cela aussi, Internet.

En attendant ce beau jour, restons pragmatiques, restons enseignants : vous trouverez également dans votre boîte de jeu un mode d’emploi pédagogique traitant des risques de chaque étape du fonctionnement des étudiants, accompagné de quelques conseils pour vous guider en tant que pédagogue ou directeur de recherche. Notre projet pédagogique reste en effet toujours d’accompagner nos étudiants vers la connaissance.

 


Joyeux Noël à tous et encore un tout grand merci à ceux qui contribuent à l’enrichissement de notre projet collectif via notre site collaboratif (http://work.ecom.unige.ch).

Bien amicalement.


Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
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Lettre 16 : 24.10.2007

Lettre 16
24.10.2007
(N.B. : les liens sont actifs – il suffit de cliquer dessus pour accéder aux documents)

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Vous avez été très nombreux à réagir au cas de plagiat que je vous ai soumis cet été et qui montrait que deux articles publiés dans des revues scientifiques avaient plus de 50 lignes similaires, à la virgule près.

Le gagnant du concours est David Squire qui effectué une analyse argumentée très précise. Grâce à l’usage d’un logiciel de détection de plagiat, il se livre ici à un examen détaillé des documents.

Ainsi, l’article publié dans Journal of Social Sciences (Science Publications) semble être un plagiat d’un troisième article de conférence, lequel est à l’origine de celui publié par ses auteurs dans Journal of Business Research (Elsevier).

Mais, vous avez été plusieurs à constater que les auteurs de l’article de Journal of Business Research viennent d’en publier un autre très similaire dans International Journal of Culture, Tourism and Hospitality Research.

Rien n’est donc simple dans notre monde de la publication scientifique où « reproduction » est souvent confondu avec « production ».

Le deuxième prix est décerné à Yves Soulabail pour sa belle proposition aux responsables de publications.

Il recommande aux revues de s’engager résolument contre le plagiat via leur adhésion à une démarche labellisée.

Puisse ce message positif être entendu par tous les Rédacteurs en chef de revues scientifiques et être relayé par les abonnés de cette lettre.

• Certes, c’est au niveau global, structurel et organisationnel, qu’il nous faut réagir, mais c’est aussi comme acteur individuel dans la recherche d’une authenticité en phase avec notre époque qu’il nous faut agir.

Aucun logiciel au monde, aucun règlement institutionnel, ne nous exemptera de notre responsabilité de pédagogue dont la mission est de conduire ses étudiants vers la connaissance.

Nous vous proposons in fine la lecture d’ une lettre d’enseignant. L’auteur a choisi de nous expliquer comment il fait « entrer Google directement dans la réalité du cours » afin de « partager une certaine forme de netethique, notamment par un recul amusé/critique par rapport à tout ce qu’on trouve sur le net. »

Un tout grand merci à ceux qui contribuent à l’enrichissement de notre réflexion collective via notre site collaboratif (http://work.ecom.unige.ch).


Bien amicalement

 

Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
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Lettre 15 : 16.07.2007

Lettre 15
16.07.2007

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Un tout grand merci à ceux qui contribuent à l’enrichissement de notre réflexion collective via notre site collaboratif (http://work.ecom.unige.ch).

Pour les vacances, afin de mettre un peu d’humour dans notre problématique, je vous propose un concours. Le voici :

Deux articles A et B sont publiés la même année, 2006, dans deux journaux scientifiques réputés : Journal of Business Research (Elsevier) et Journal of Social Sciences (Science Publications).

- Ces articles, « Destination Image and Destination Personality: An Application of Branding Theories to Tourism Places» et « Scenarios Analysis of Tourism Destinations » sont publiés par cinq chercheurs différents.

- Or ces deux articles ont plus de 50 lignes similaires, à la virgule près.

Vous avez deux mois pour répondre aux questions suivantes :

1) Les auteurs de l’article A ont-ils plagié les auteurs de l’article B ? Les auteurs de l’article B ont-ils plagié les auteurs de l’article A ? Ou bien tous ces auteurs ont-il plagié sans se concerter les auteurs d’un document C ?
2) Si vous choisissez de répondre par la troisième alternative, d’où l’article C est-il issu ?
3) Comment avez-vous retracé l’origine du problème ? Via la toile ? Par vous-même ? Avec un logiciel de détection de plagiat ?
4) Qui est « coupable » ? Les auteurs ? Les reviewers des journaux concernés ? Les rédacteurs en chef des journaux ? Notre système ?

Je communique ici très clairement ce cas, en préservant comme toujours formellement l’anonymat du contributeur au site responsable à qui nous devons ce cas.

Pourquoi ?

- d’abord parce que les articles que je cite sont publics et publiés dans des revues scientifiques de notre domaine.
- surtout, parce que je ne crois plus en ceux qui adoptent exclusivement la logique causale chère au législateur.

Il me semble vain de ne considérer que la sauvegarde de systèmes locaux, par des punitions à des cas particuliers dévoilés au hasard de situations fortuites. Il est, ensuite, hypocrite de conserver les sanctions « personnelles et confidentielles ». Le seul résultat est de blesser celui qui les reçoit et leur effet sur le système n’est qu’insignifiant.

Je prône, a contrario, la logique de la conséquence, le sens de la responsabilité à l’égard du futur sociétal en marche, l’intelligence de la situation sans concession et sans refuge stérile ; j’en appelle à une perspective globalisante, plus encore qu’internationale.

Ainsi, pour conclure, une question subsidiaire à notre concours de l’été : Quelle est la nature des conséquences éventuelles du cas soumis à votre analyse ?

Je vous souhaite de belles vacances.

Bien amicalement

 

Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
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Lettre 14 : 03.05.2007

Lettre 14
3.05.2007

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Un tout grand merci à ceux qui ont contribué à l’enrichissement de notre site collectif (http://work.ecom.unige.ch) dédié au plagiat via Internet.

Bravo à ceux qui ont initié des démarches collectives dans leurs établissements. Il semble, en effet, que de nombreux dirigeants d’institutions d’enseignement supérieur aient compris l’impact du plagiat via Internet sur notre métier de création et diffusion de la connaissance. L’angélisme n’est plus de mise et tous savent que de simples cours d’éthique ou des déclarations de moralité signées par les étudiants ne suffisent plus à garantir l’honorabilité institutionnelle.

A la demande de nombre d’entre vous, et sur la base des « best practices » communiquées via le site, j’ai le plaisir de vous proposer la définition d’un projet intégré institutionnel comportant 12 plans d’action qui couvrent les dimensions culturelles, psychologiques, informatiques et organisationnelles. Merci de continuer, par vos témoignages, à alimenter ce projet intégré.

Ainsi, la conversion de notre métier de création et de diffusion de connaissances a eu lieu.

Mais, à l’heure où Wikipédia est la source (anonyme) immédiate de référence de nos étudiants, combien d’entre nous sommes allés y vérifier la fiabilité de définition des concepts qui constituent la trame de notre enseignement ?

Pourtant, nos étudiants ont besoin que nous les guidions vers le savoir. Une étude spécifique provenant du Québec indique que plus de 70% d'étudiants entrant à l'université connaissent très mal les principes de la recherche documentaire et ceux de la citation. Ces chiffres corroborent les études européennes.

Rappelez-vous que nous proposons sous la rubrique « soutien à l’éducation » des quizz et des informations qui doivent aider vos étudiants à ne plus craindre de commettre des impairs en matière de citations.

En ce qui concerne les liens entre la société et les nouveaux comportements des étudiants, vous pouvez en voir une illustration par une récente intervention télévisuelle sur France 2 que j’ai faite lors d’une émission de Stéphane Bern.

Enfin, si vous souhaitez débattre de vive voix de cette mutation du plagiat via Internet, vous pouvez participer à une excellente conférence comme International Workshop on Plagiarism Analysis.

A bientôt, donc, le plaisir de vous lire.

Bien amicalement


Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 13 : 13.10.2006
Lettre 13
13.10.2006

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Un tout grand merci à ceux qui m’ont écrit, soit personnellement, soit pour contribuer à l’enrichissement de notre site collectif (http://work.ecom.unige.ch).

Comme il était prévisible, le plagiat des documents gratuits disponibles sur le web devient risqué avec la croissance accrue de votre vigilance. Dès lors, le marché des sites payants aidant les étudiants à tricher se structure selon deux modèles économiques. Le premier modèle est celui des sites qui rémunèrent des travaux mis en vente par des étudiants, ceci au prorata du nombre d’achats de ces documents. Le second modèle est celui de sites qui proposent la réalisation de travaux originaux sur le sujet demandé par l’étudiant-client ; ceci à un prix fixe par page.

Ces deux modèles se sont dotés de codes d’« éthique libérale » protégeant l’étudiant-client :

  • Les sites du premier modèle interdisent le libre accès à leur base de documents. Un professeur qui souhaite contrôler l’authenticité d’un mémoire soumis à son évaluation ne peut pas appliquer son logiciel de détection à l’ensemble des documents mis en vente.
  • Les sites du second modèle économique offrent la garantie que les documents vendus ne comportent pas de copié-collé d’Internet. L’acheteur ne risque pas ainsi s’être accusé de triche ayant bien obtenu, puis fourni à son correcteur, un document original.

Devrons-nous revoir nos définitions de l’« éthique » ?

Au plan sociologique, je suis également perplexe et, pour partager avec vous mes interrogations, j’ai sélectionné deux lettres parmi celles reçues d’étudiants et de responsables en entreprise :

- La première lettre ouverte émane d’une étudiante qui réclame les mêmes exigences d’intégrité des professeurs et chercheurs que celles que nous exigeons de nos étudiants. Cette demande faisant écho aux préoccupations de nombreux collègues, nous vous proposons de prendre connaissance de directives d’intégrité qui peuvent servir de base de réflexion à ce sujet.

- La seconde lettre ouverte émane d’ingénieurs, responsables en entreprise, qui ont vécu la douloureuse expérience du pillage de leurs idées par un stagiaire écrivant son mémoire de fin d’études. Leur lettre décrit l’indifférence de l’établissement universitaire partenaire. Cette situation étant banalisée, nous avons pensé utile de soumettre ce témoignage d’entreprise à votre réflexion.

Je conclus en relayant le souhait de collègues tunisiens de trois établissements distincts qui aimeraient que nous organisions un « workshop »sur le thème du plagiat via Internet, afin d’échanger points de vues, directives organisationnelles et ministérielles. N’hésitez pas à exprimer vos idées à propos d’une telle rencontre.

En attendant, et comme vous êtes un certain nombre à me demander de participer à des débats sur le sujet du plagiat, j’ai placé ici mes diapositives PowerPoint de conférence « Fraude sur Internet : une mutation de notre société de connaissance. Etat des lieux et axes d’action ». Ainsi, ceux d’entre vous qui veulent les utiliser pour animer un débat dans leurs établissements le peuvent librement.

A bientôt, donc, le plaisir de vous lire.

Bien amicalement

Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'OVSM- Faculté des SES
Université de Genève

P.S. Si vous souhaitez vous désinscrire de cette lettre il vous suffit de nous adresser un mail.

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Lettre 12 : 04.05.2006

Lettre 12
04.05.2006


Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Une fois n’est pas coutume, et je commencerai par remercier les journalistes de la presse écrite, TV et radio qui ont fait un beau travail en portant le débat qui nous tient à cœur sur la place publique. Le Figaro, La Croix, Le Nouvel Observateur, Le Télégramme de Morlaix, etc., mais aussi Arte, France Inter, NRJ Léman, etc., ont relayé avec discernement nos messages suite au communiqué de l’Agence France Presse (AFP).

Notre site collectif (http://work.ecom.unige.ch) est maintenant bien référencé.

Nous savons que la volonté de réfléchir ensemble et de chercher des solutions pragmatiques au problème du plagiat par Internet étaient vifs. Toutefois, ce n’est que lorsqu’un nombre suffisant de personnes est concerné par un problème de société, que l’action débute véritablement.

Or, le débat évolue et l’on parle maintenant de mutation culturelle. Effectivement, il est à craindre qu’un fossé profond se creuse entre nos étudiants. Les plus intelligents et culturellement favorisés saisissent les fantastiques opportunités d’Internet en matière de sources de références et d’idées. À eux l’expansion conceptuelle. D’autres étudiants, moins favorisés culturellement, égarés dans une société qui réclame rapidité et performance, et manquant parfois de courage, risquent de devenir des drogués du réflexe copié-collé.

Heureusement, certains gouvernements ont déjà compris qu’il fallait agir en amont. Ainsi à Québec, en 2005, à la demande de la Commission de l'éthique, de la science et de la technologie (CEST), des étudiants de cinq CEGEP (i.e. Collège en Suisse et Lycée en France) ont travaillé avec leurs enseignants dans le domaine de la philosophie/éthique sur le thème du "plagiat à l'ère électronique". Un document synthèse présentant les recommandations du groupe de travail est disponible.

Une précision de procédure pour conclure. Des collègues, des étudiants souhaitent témoigner de manière non anonyme de leurs expériences. Nous avons donc créé deux nouvelles rubriques : Lettres ouvertes et Rapport d'expériences. Quant à vos articles académiques publiés sur notre thématique, ils trouvent place dans la rubrique Recherche. Il vous suffit de m’indiquer, lorsque vous me communiquez vos documents, si vous souhaitez les placer dans l’une ou l’autre de ces deux rubriques.

A bientôt, donc, le plaisir de vous lire.

Bien amicalement


Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'Observatoire VSM- Faculté des SES
Université de Genève

 

n.b. Si vous ne souhaitez plus recevoir mes lettres concernant ce thème de "Internet, fraude et déontologie", il vous suffit de me l'indiquer par mail


Lettre 11 : 19.01.2006
Lettre 11
19.01.2006

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,


Permettez-moi d’abord de vous remercier encore de vos contributions à notre travail sur la fraude sur Internet au cours de ce premier semestre. Notre site (http://work.ecom.unige.ch) s’est enrichi de nouvelles rubriques que je vous laisse découvrir.

Une université a choisi de communiquer ouvertement sur ce problème de plagiat qui nous préoccupe. Dans un espace dédié de leur site officiel, il est proposé aux étudiants de comprendre ce qu’est le plagiat, de connaître les sanctions appliquées, mais aussi de remplir un quiz assez ludique en ligne. A découvrir :

Notre enquête de terrain réalisée auprès d’étudiants (sept nationalités, huit types d’études, 3 niveaux de diplômes) depuis dix-huit mois pour comprendre ce phénomène est achevée. Si vous croyez pas encore que ce problème de plagiat est urgent et important, je vous engage vivement à lire ces témoignages.

J’ai laissé la plus grande place aux verbatims que je me suis contentée de structurer. N’hésitez pas à imprimer le document et à le diffuser autour de vous.

Les étudiants ayant participé à l'enquête de terrain se sont montrés très critiques et véritablement pessimistes à l'égard de notre société en ce début de XXIe siècle. Beaucoup excusent ainsi leur comportement de tricheurs. Nous leur proposons une réponse ; imparfaite certainement, partielle sûrement. J’espère que vous avez également des réponses à leur proposer dans vos spécialités respectives :

Pour conclure, et parce que l’écoute des étudiants nous le suggère :

Tous mes voeux de clairvoyance et de simplicité pour cette année 2006.
Puisque la valeur d’une femme ou d’un homme se mesure à l ’aune de son aptitude à se remettre en question, et non à celle de son pouvoir.

Je conjugue pour vous le futur aux voeux de cet adage.

Bien amicalement

Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'Observatoire VSM- Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 10: 22.07.2005

Lettre 10
22.07.2005

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

En cette fin d'année, voici quelques nouvelles de l’état d’avancement de nos travaux.

Permettez-moi d’abord de vous remercier pour la richesse de vos contributions à notre travail sur la fraude sur Internet au cours de ce premier semestre. Notre site (http://work.ecom.unige.ch) s’est enrichi de nouvelles rubriques.

Notre groupe de travail international (Canada, France, Suisse) s’est réuni en mars dernier. Les conclusions de son premier rapport d’étape vous seront communiquées en octobre.

Parallèlement, notre enquête de terrain réalisée auprès d’étudiants pour comprendre, puis définir, ce phénomène est en voie d’achèvement. Nous vous communiquerons les premières conclusions à la rentrée.

Une première université a pris le taureau par les cornes et a procédé à mise en place d’une véritable stratégie intégrée. A découvrir :

De nombreux journalistes, en Suisse, ont pris le relais pour essayer de convaincre de la nécessité d’appréhender le problème. A regarder, lire et écouter :

Certains collègues, philosophes réputés, constatent la difficulté qu’ils ont à souligner leurs valeurs face à de prestigieux collègues qui prônent le relativisme éthique au nom de la liberté. Je leur conseille d’inscrire leurs pairs si « post-modernes » sur notre page d’humour :

Quant aux dirigeants du monde économique qui ne réagissent pas encore (le journal Le Figaro Etudiants continue son alliance avec pickdoc.com), nous leur dédions cette dernière pensée issue des entretiens de notre recherche de terrain. Puissent-ils également se sentir un peu responsables des perspectives de nos étudiants :

« Bien sûr que non, je ne suis pas un grand tricheur. Je triche, mais je suis très modeste. Si j'étais un grand tricheur, je ne serais pas en train de faire des études, mais je serais dirigeant d'entreprise et je gagnerais beaucoup d'argent à faire travailler les autres et à procurer des parachutes dorés à mes copains » (Étudiant 16).

Je vous souhaite de très belles vacances et vous dis à bientôt.

Bien amicalement


Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'Observatoire VSM- Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 9 : 24.01.2005

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,


Tout d'abord, permettez-moi de vous présenter tous mes vœux de franche créativité pour cette année 2005.

Nous la commencerions beaucoup mieux, cette année, si les responsables de l’Université de la Sorbonne pouvaient nous donner une explication quant aux raisons de leur récente décision.

Certes, il va devenir très difficile d’oser affirmer nos valeurs académiques lorsque un journal sérieux accueille un site proposant aux étudiants d’acheter des mémoires. Il est vrai que ce journal gagne de l’argent en hébergeant ce site partenaire, ce qui n’est pas précisé.

Egalement hébergé, mais gratuitement par l’Université de Poitiers (France), cet acte de foi et d’incitation à la triche.

Cependant, nous progressons, lentement mais sûrement, et ce quelle que soit la définition que nous adoptons de la relation entre nos valeurs universitaires et nos normes explicites.

L’Université de Lausanne, par exemple, a choisi récemment de préciser ses valeurs dans le cadre de sa charte : http://www.unil.ch/central/page15078.html

Nous poursuivrons notre recherche par la réunion le 3 mars 2005, à Genève, d’un groupe de travail international. Il abordera la question de la relation valeurs/normes dans le contexte de la révolution Internet selon des éclairages épistémologiques complémentaires (structuralisme, culturalisme, fonctionnalisme, phénoménologie, etc.).

Pour réussir la mission que nous nous sommes fixée, nous recherchons activement des raisons de fraude que vous auriez pu recueillir auprès d’étudiants pris en délit de plagiat sur Internet.

Merci de me les faire parvenir, si vous en avez, et de transmettre cette lettre à ceux de vos collègues qui pourraient nous faire part de leur expérience.

Bien sûr, vous serez tout à fait informés de nos travaux et directement associés à leur poursuite, si vous le souhaitez.

Pour conclure : encore merci à ceux qui ont contribué ce dernier mois au site (http://work.ecom.unige.ch).

Bon courage pour le temps que vous passez maintenant à expliquer aux étudiants les règles académiques et à contrôler le plagiat.

Bien amicalement


Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'Observatoire VSM- Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 8 : 08.11.2004

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,


Vous êtes de plus en plus nombreux à nous rejoindre sur le site (http://work.ecom.unige.ch/). Cela m’oblige, pour la première fois, à ne pas reproduire tous vos témoignages et à effectuer des sélections. J’en suis désolée. Cependant, je tâche de répondre à chacun personnellement.

Il faut dire que notre travail commun est de plus en plus référencé et des articles lui sont consacrés (ex. http://www.unige.ch/presse/archives/unes/2004/20041007triche.php).


1/ Parmi les témoignages reçus ce mois, deux lettres ont retenu mon attention. Hommages rendus à Jacques Derrida ? Il s’agit de lectures de notre système écrites dans ses marges. Je n’ai pas tenté l’exercice de la réponse, vous laissant le plaisir de le faire :

  • La première est celle d’un étudiant de doctorat, un étranger, qui nous parle de traditions historiques.

  • La seconde est celle d’un responsable d’entreprise, qui a une perspective très pragmatique sur notre futur en marche.

Vos réponses nous aideront dans notre progression intellectuelle et comportementale. Pour faire l’exercice, « cliquez » sur les liens :

Lettre d’un doctorant ou Lettre du praticien


2/ Bonne nouvelle : grâce au soutien de l’Université de Genève, un groupe de travail international s’est mis en place et va bientôt se réunir (à Genève). L’objectif est de réfléchir à une charte internationale. Bien entendu, dès que nous serons en mesure de vous faire valider des articles de la dite charte, nous ne manquerons pas de faire appel à vous.

En attendant, merci de continuer à nous faire bénéficier de vos « aventures » personnelles, souvent stupéfiantes.

Bon courage pour le temps que vous passez à expliquer aux étudiants les règles académiques en matière d'emprunts, à contrôler et à sanctionner le plagiat.

Bien amicalement


Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
Université de Genève

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Lettre 7 : 14.09.2004

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

En ce mois de rentrée pour la plupart d’entre nous, je vous propose un exercice assez simple, en apparence du moins.

1) Parmi les lettres parfois inquiètes, quelquefois injurieuses, souvent reconnaissantes que je reçois des étudiants, depuis que le site (http://work.ecom.unige.ch/) est ouvert à tous, il en est qui méritent une lecture attentive.

En voici une qui était dûment signée, et à laquelle j’ai répondu très vite et instinctivement. Ma question pour la rentrée est la suivante : et vous, qu’auriez-vous répondu ?

(Vous pouvez bien entendu transmettre la lettre à vos étudiants pour leur demander ce qu’ils répondraient s’ils étaient des professeurs…)

2) Par ailleurs, je remercie vivement nos collègues qui ont profité de l’été pour faire à leur tour des recherches sur le sujet.

- Il semblerait que, selon des enquêtes américaines, entre 50 et 75 % des étudiants déclarent avoir copié sur Internet durant leurs études.

- Les nouveaux liens sur l’intégrité académique, tout comme ceux des services de conseils sur le plagiat sont des formes de réponse institutionalisées. A chacun de se forger une opinion sur leur impact effectif.

- Enfin pour les chercheurs, une étude sur le thème de "La relation à l’espace virtuel et la levée d'interdits" est proposé par un collègue. N’hésitez pas à vous joindre à lui sur l’espace « Recherche » du site.

 


Bonne lecture et bonne rentrée

 

Bien amicalement


Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
Université de Genève

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Lettre 6 : mardi 20.07.2004

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Voici quelques mois nous avons entamé un travail commun (http://work.ecom.unige.ch) afin de répondre à la question Pourquoi le phénomène de plagiat des étudiants de niveau universitaire sur Internet se développe et comment s’opposer à cette tendance sociétale lourde ?

Au fil des semaines, les témoignages de collègues provenant d’une cinquantaine d’établissements ont montré que le phénomène est commun à tous les établissements et à tous les domaines.

Les dernières propositions reçues se situent de plus en plus dans la seconde partie du dossier « La structuration d’une démarche collective ». J’y perçois trois axes d’interrogations aujourd’hui :

  • Question de morale : les outils de détection et de sanction de la fraude ne s’adaptent pas à son évolution. En l’absence relative de propositions institutionnelles, rester fidèle à notre esprit d’éducation relève presque exclusivement de la morale personnelle de l’étudiant.

    => Si vous n’êtes pas en position de vous impliquer directement et de faire bouger le système, merci d’envoyer ma lettre N° 5 à vos étudiants. Dites-leur de me répondre, ou de vous répondre. Leur témoignage peut collectivement nous aider.

  • Question d’éthique : Il semble bien que ce problème du plagiat repose, en grande partie, sur une certaine dérive du système académique soumis à des pressions et/ou à un manque de moyens économiques.

           J’ai rendez-vous avec un groupe de dirigeants de la Société Générale de Surveillance (SGS) pour étudier ce que cette entreprise pourrait nous proposer comme chartes adaptées au système universitaire.

    => Si vous êtes en position de chefs d’établissements ou de responsables de services, merci de m’indiquer ce que vous souhaiteriez voir figurer dans ce type de charte.

  • Question de responsabilité : Au fil de l’analyse il apparaît qu’un grand nombre d’étudiants ne comprend simplement pas la finalité de leur formation et des modes d’évaluation de celle-ci. Il suffit de lire leurs témoignages pour s’en convaincre.

    => Si vous avez des idées pour expliquer le but des travaux que nous demandons, alors que notre métier de créateurs et diffuseurs de connaissance subit sa plus grande révolution depuis l’invention de l’imprimerie, merci de nous les faire partager.

 

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Bonne lecture et passez un très bel été.

Bien amicalement


Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
Université de Genève

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Lettre 5 : mercredi 23.06.2004

Aux étudiants de Licence, Maîtrise et DEA


Chers étudiants,

J'ai besoin de vous.

Comme vous le savez, chaque année de nombreux étudiants se font "prendre" parce qu'ils ont copié la totalité ou des parties de leurs travaux (travaux de cours, papers, mémoires) sur Internet. Ceux-ci risquent l'exclusion de l'université.

Vous avez certainement connu des étudiants qui ont ainsi triché et qui vous ont expliqué leurs motivations et leurs attitudes à l'égard de ce type de plagiat sur Internet.

Je voudrais comprendre le sujet en termes de "besoins-motivations-attitudes et comportement d'étudiants", et non pas l'expliquer seulement en terme de "bien vs. mal" ou de sanctions.

Pouvez-vous m'écrire juste pour me dire : « je connais un étudiant qui a copié son travail sur Internet parce qu'il dit que... ».

  • Surtout n'indiquez pas son nom qui ne me servirait à rien !
  • Le champ de l'étude se limite à la triche basée sur Internet.
  • Je vous garantis, bien entendu, la plus totale confidentialité ; et vous me connaissez assez pour savoir l'importance que j'attache à la confiance réciproque.

Merci de votre aide et bonne chance pour vos examens, s'il vous en reste, et bonnes vacances, s'il ne vous en reste pas.

Amicalement


Prof. Michelle Bergadaà
Michelle.Bergadaa@hec.unige.ch
Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
Université de Genève

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Lettre 4 : lundi 31.05.2004

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,


Voici quelques mois nous avons entamé un travail commun afin de répondre à la question : "Pourquoi le phénomène de plagiat des étudiants de niveau universitaire sur Internet se développe et comment s'opposer à cette tendance sociétale lourde ?"

Au fil des semaines, les témoignages de collègues provenant d'une cinquantaine d'établissements illustrent que le virus semble toucher tous les établissements et tous les domaines.

Pour faciliter vos analyses de ces témoignages, notre site (http://work.ecom.unige.ch/index.html) a été amélioré : les nouveaux témoignages sont inscrits en bleu, le document peut être imprimé, des liens directs sont créés, vos commentaires sont pris en compte de manière à garantir la confidentialité souhaitée, etc.


La tendance de vos témoignages ces dernières semaines est la suivante:

  • Question de morale : beaucoup d'entre vous se plaignent du plagiat émanant de... certains de leurs pairs.

     

  • L'avantage d'Internet est que la communication devient dissuasive : les fraudeurs peuvent maintenant craindre que n'importe quel collègue ou étudiant ne divulgue, un jour ou l'autre, leur comportement indélicat avec un effet dévastateur (cf. certaines photos et témoignages d'Irak).

    Merci d'accepter que je ne répercute pas les plaintes de cette nature sur notre site.

  • Question de déontologie : très peu d'entre vous choisissent d'inclure leurs étudiants gradués et assistants dans la réflexion sur le phénomène et dans leur recherche de solutions. Pourquoi ?

     

  • Quand bien même nous arriverions à définir des codes de déontologie, ils ne seraient jamais que des barrières corporatistes si nous ne travaillons pas avec nos collaborateurs étudiants.

    Merci aux doctorants qui, spontanément, nous expliquent ici avec courage les risques auxquels ils sont confrontés en matière de glissement vers le plagiat.

  • Question d'éthique : Une grande majorité de collègues indiquent que leurs administrations mettent en place des logiciels de détection des plagiats. C'est un premier pas.

     

  • Il semble qu'un seul établissement (HEC Montréal/Canada) ait véritablement attaqué le problème par plusieurs fronts : campagnes de sensibilisation et d'affichage dans l'établissement, communiqués de presse, mise en place d'un groupe de réflexion, contrats lus et acceptés par les étudiants, etc..

    Merci aux chefs d'établissements qui ont compris qu'il s'agit un problème collectif, et que leurs enseignants et leurs étudiants en souffrent. Ceux-là ne considèrent plus le plagiat comme une maladie honteuse risquant de nuire à leur réputation s'ils l'abordent publiquement.

  • Question de responsabilité : merci à tous ceux qui voudront encore chercher, apporter des idées et proposer des solutions pour faire avancer ce débat qui reste encore totalement situé dans un contexte de découverte.

     

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    Bonne lecture et à bientôt.

    Bien amicalement


    Michelle Bergadaà
    Professeur
    Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
    Université de Genève

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    Lettre 3: 30.04.2004
    Lettre 3
    30.04.2004

    Chers collègues,

    Il y a un mois, j’écrivais un mail pour demander à des collègues de diverses universités de bien vouloir m’aider à comprendre le contexte de fraude sur Internet de plus en plus prégnant dans les travaux, mémoires et thèses de nos étudiants.

    En effet, après un contrôle systématique, nous avions dû exclure de notre Faculté, cinq étudiants de notre programme de DEA qui avaient intégralement « copié-collé » leur travail théorique sur des mémoires trouvés sur Internet.

    Des acteurs de tous les niveaux se sont sentis concernés par mon message, de l’enseignant aux directeurs d’établissements, de Suisse, mais aussi d’Australie, de Belgique, du Canada, de France, etc.

    Le très grand nombre de témoignages (plus de 100) et la complexité du phénomène, m’ont conduite à induire de ces réponses un texte présentant deux modèles complémentaires. Le premier relève d’une méthode inspirée des approches systémiques et interactionnistes, et le second s’inscrit davantage dans une méthode de « bricolage structuraliste ». Ils ordonnent ainsi les réponses déjà reçues.

    Je vous serais bien reconnaissante de bien vouloir m’aider, avec vos expériences multidisciplinaires, à éclaircir ce phénomène.

    A cet effet, je vous invite donc à consulter le site dédié en « cliquant » sur le lien suivant : http://mkg.unige.ch/e-fraude

    Avec mes remerciements et mes meilleurs messages,


    Michelle Bergadaà
    Professeur HEC ­ Faculté des SES
    Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
    Université de Genève


    Avec mes remerciements et mes meilleurs messages,


    Michelle Bergadaà
    Professeur de la Faculté des SES
    Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
    Université de Genève

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    Lettre 2 : 05.04.2004
    Lettre 2
    05.04.2004


    Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

    Merci à tous ceux qui ont répondu à mon message du 30 mars dernier, qu'ils l'aient reçu en direct ou par « forward ».

    J'ai répondu à chacun personnellement.

    Vous avez été plus de 80 en six jours, et avez rédigé plus de 60 pages.

    Ainsi, je n'ai pas le choix : je vais effecteur une analyse de contenu de vos contributions et vous la soumettre. En effet, chacun apporte des idées assez fortes :

    • sur l'origine du problème (social, personnel, politique,...),
    • sur la manière dont son organisation responsabilise/ferme les yeux (différence entre universités et Grandes Ecoles en France),
    • sur nos efforts et solutions individuels (nos astuces, nos façons d'agir,...),
    • sur nos états d'âme (solitude, peur, sentiment d'inutilité,...),
    • sur certaines chartes en cours (surtout Canada, Belgique),
    • sur notre manière d'apprendre à lire des sources (historiens, géographes, linguistes,...).
    • sur les différences culturelles en matière de copie d'originaux (Asie vs. Europe, vs. Canada), - etc.

    Mes assistants, ont décidé de contribuer au débat en créant une page dédiée Internet pour placer vos témoignages, les liens sur des chartes de bonne conduite d'origine diverses.

    Je reste persuadée - suis-je naïve? - que l'on est plus intelligent à plusieurs que seul...

    ... certes ; mais c'est plus fatigant d'être plusieurs que seul.

    A bientôt et encore merci.


    Bien amicalement


    Michelle Bergadaà
    Professeur
    Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
    Université de Genève

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    Lettre 1 : 31.03.2004

    Lettre 1
    31.03.2004

    Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

    Un point me préoccupe ; j'ai besoin de votre aide.

    Il concerne la facilité déconcertante avec laquelle nombre de nos étudiants glissent imperceptiblement de l'emprunt d'idées sur Internet, au plagiat, puis à la fraude.

    5 étudiants sur 35 de notre DEA viennent d'être exclus de la Faculté et certainement de l'Université. Parce que, avec deux collègues, nous avons décidé de contrôler tous les mémoires rendus. Les cinq avaient emprunté plus de 95% de leur texte à des mémoires mis en ligne.

    Réactions sur le vif :

    - Trois collègues d'autres Facultés sont venus me dire qu'ils n'avaient pas le courage de contrôler les travaux de leurs étudiants : par crainte de découvrir effectivement des fraudes, par peur de devenir des "accusateurs publics", par crainte de la réaction de ces fraudeurs.

    - Deux de nos assistants doctorants ont été très affectés au plan de l'émotion et physiquement malades de découvrir soudain, et concrètement, la réalité de ces fraudes.

    - Trois des fraudeurs sont venus m'avouer leur incapacité absolue à se sentir responsables alors que durant des années nous les avions encouragés (sic) à être débrouillards, me dire leur tristesse d'être abandonnés du système, me demander si je ne les ne méprisais pas.

    " " " " " " " " " " " " " " " " " "

    Internet : un fabuleux espoir pour la connaissance et un immense risque de souffrance.

    J'assume.

    Je suis responsable d'avoir laissé mes étudiants jouer au « Lego » de la connaissance sur Internet sans guides moraux et spirituels. Que deviendront-t-ils dans la vie active ? Des joueurs de "Enron" et de "Parmalat"?

    Je rêve qu'ensemble nous développions et appliquions des normes de déontologie en matière de réalisation et rédaction d'articles et de mémoires. Une déontologie réaliste, claire et acceptée de tous ceux qui ont Internet pour compagnon quotidien.

    Alors, peut-être nos étudiants deviendront-ils des « honnêtes Hommes » du XXIème siècle, c'est-à-dire des hommes et des femmes éclectiques, cultivés et authentiques.

    J'ai dit déontologie. Origine grecque: deon et logos, soit le devoir et le discours ; la déontologie ne s'impose pas, elle se discute.

     

    Donc, si vous avez des idées, des processus déjà développés, des réflexions formalisées, merci de me les faire parvenir. Cela m'aidera grandement.

    J'ai l'intention de faire mon devoir.

    Si vous connaissez des collègues qui travaillent sur cette problématique, merci de leur transmettre ce mail.

    Bien amicalement


    Michelle Bergadaà
    Professeur
    Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
    Université de Genève

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