Conclusion

[1] L’impact du Web dans le processus d’apprentissage des étudiants est maintenant irréversible. Certains d’entre eux vont, le matin même d’un cours, sur Internet pour y récolter des nouveaux inputs. D’autres allument leur PC en plein cours pour vérifier les affirmations de leur professeur (quand ils ne lisent pas leurs courriels). Ce genre de pratiques se développe rapidement. Dès lors, la relation formateur-étudiant se trouve radicalement modifiée. Mais l’intervention du Web a aussi une répercussion sur la raison d’éthique et sur l’authenticité. A une époque où tout va très vite et où personne ne s’étonne que des «Jérôme Kerviel» puissent jouer avec la virtualité du système bancaire; à l’heure où de plus en plus d’acteurs pratiquent le copier-coller sur Internet, il devient primordial de comprendre vers quelle définition de l’authentique en termes de connaissances produites, nous nous dirigeons. La formation universitaire, qui allie le savoir-faire, le savoir être et le savoir penser, nous permet de positionner clairement ce que sont de bonnes attitudes. Mais, souvent, les étudiants ne comprennent pas ce qu’est le monde économique qui les accueillera à leur sortie. Souvent ils le perçoivent au travers de ce qu’en disent les journaux et le voient comme une jungle d’où sortira gagnant le plus malin et le plus rapide. C’est donc une responsabilité importante que celle de rechercher, avec et pour les étudiants, quelle authenticité est attendue d’eux.

[2] Par ailleurs, les étudiants se voient confrontés à ces contraintes de productivité de plus en plus fortes: la semestrialisation de l’année académique concourt à condenser le temps de l’apprentissage alors que le volume des connaissances ne cesse de croître, et un nombre croissant d’enseignants recourent à des méthodes d’apprentissage innovantes (pédagogie de projet, travail collaboratif). Les étudiants adoptent donc une attitude gestionnaire et comptable face à leur formation, allant parfois jusqu’à assumer en pleine conscience les risques que leur fait courir la mise en exergue publique de leur faute. Le plagiat serait donc bien le symptôme de ces différentes tensions parcourant les métiers d’enseignant et d’étudiant. Dès lors, agir seulement au niveau du symptôme – légiférer, punir, établir des barèmes selon la gravité de la faute, etc. – reviendrait sans doute à poser un «emplâtre sur une jambe de bois» sans apporter de véritable solution. Le «traitement» de la cause est ailleurs, notamment dans une formation systématique à la recherche documentaire et dans la transformation des pratiques d’enseignement et d’évaluation. De plus, une judiciarisation de plus en plus grande ne peut que déboucher sur une lourdeur administrative de plus en plus déprimante. Par effet de rebond, il risque d’y avoir encore plus de politiques de l’autruche chez des professeurs qui ne considèrent pas toujours qu’évaluation et contrôle sont des parties intrinsèques de leurs responsabilités.

[3] Notre question, en fait celle qui se situe au cœur de notre métier, est celle-ci: l’outil peut-il modifier la manière de penser? Comme le raconte Michel Serres, l’invention de l’imprimerie a rendu beaucoup moins nécessaire l’aptitude des hommes à apprendre par cœur. L’individu pouvait, avec un simple livre, se souvenir de la table des matières pour en visualiser le contenu. Cela libérait de la mémoire de travail temporaire et augmentait d’autant sa mémoire vive pour d’autres opérations mentales telles que la déduction ou la critique. Le Web modifie également le système cognitif d’apprentissage des étudiants. Ainsi, le premier réflexe d’un étudiant qui a un travail à faire sera d’aller sur le Web chercher ce que dit Wikipédia ou voir s’il n’y a pas un travail similaire qui existe déjà. Mais, ce type de réflexion qui a pour fonction de produire un document «x», pour une échéance donnée «t», ne peut s’enraciner durablement dans l’esprit. La question de l’éthique-plagiat relève de notre responsabilité pleine et entière: comment endiguer cette forme particulière de connaissance, oubliée dès que construite, ce «Kleenex-knowledge» symbole d’un monde qui se voudrait «post-moderne» ou «hyper-moderne» et qui, finalement, ne serait que le fruit d’un conservatisme juxtaposant des informations sans progression de la Connaissance?

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