Vade-mecum de l'éditeur

Le vade mecum de l'éditeur 


Parution 09.10. 2011 - Lettre 42

Il n’y a pas des milliers de manières de réagir quand on est éditeur d’une revue scientifique confronté à une plainte pour plagiat. Il n’y a qu’une procédure et qui doit être rapidement conduite afin que le plagiat ne se propage pas via les biographies de thèse et les articles subséquents :

  • Analyser les faits
  • Décider des actions
  • Sanctionner la faute
  • Réparer auprès de l’auteur ayant subi le préjudice moral
  • Informer la communauté

Un cas valant mille mots, voici un cas résolu en moins de deux mois.

• Anthropology of Food est une jeune revue (11 ans cette année) fondée sur des valeurs éthiques comme la transparence, l'équité, le volontariat et l'accès libre a tous.

Les membres de l’équipe éditoriale sans formation professionnelle particulière au plagiat, autre que celle de leur métier de chercheur, se trouvent en mai confronté à une affaire de plagiat qui leur semble inquiétante.

 

• Acte 1 : la faute est posée

Ils ont reçu le lundi 30 mai un e-mail d’un auteur se considérant comme plagié (copie à l'auteur du plagiat et à son université) accusant un des auteurs publiés dans leur dernier numéro de ce plagiat. L'auteur plagié demande réparation au journal.

Les accusations sont appuyées par un document qui compare deux articles, celui du plagié et celui que publié par Anthropology of Food.

Le même jour l'auteur du plagiat a, dans un e-mail à l’équipe éditoriale, fait part de son regret de ne pas avoir mis le nom de l'auteur en bibliographie, sans toutefois accepter le concept de plagiat.

L' article est retiré du site comme l'auteur lui-même nous l'a demandé.

 

• Acte 2 : Lettre au plaignant

Sans attendre, et sur nos recommandations, l’Equipe éditoriale décide d’expédier cette lettre :

Le 01.06.11 15:42, 

Cher Monsieur

Le comité directeur d’AoFood vient d’achever une réunion extraordinaire concernant la suspicion de plagiat que vous nous avez signalée dans votre lettre du lundi 30 mai 2011.

En dépit de la précision de votre lettre et du synoptique détaillée que vous nous avez fait parvenir, nous avons demandé à l'auteur de s'expliquer et de s'exprimer. De notre coté, nous avons étudié de près les documents clés (dont la version originale de l’article) et le comité éditorial reconnaît que l’article d’A. B. plagie, dans la forme et dans le fond, plusieurs passages de votre article publié en 2009.

Nous sommes absolument navrés de ne pas avoir décelé ces similitudes avant publication, et bien que l’auteur soit totalement responsable de son texte, le comité éditorial d’AoFood, ainsi que les coordinatrices du numéro, vous prie de bien vouloir accepter les excuses les plus sincères.

Afin de réparer le préjudice, nous proposons :

1- De retirer définitivement l’article en question de notre site (ce qui a d'ailleurs été fait dès lundi 30 mai)

2 - De faire, à l’emplacement même de l’article, l’annonce suivante :

Le comité éditorial directeur d’ AoFood s'excuse auprès de tous ses lecteurs, et tout particulièrement auprès de Olivier BAUER, pour la parution de l'article « Du patrimoine au matrimoine », Anthropology of food [Online], 8 | 2011. Cet article est dorénavant retiré de notre site. Ce texte n’existe plus en tant que publication scientifique car il comportait des similitudes avérées avec l'article de Olivier BAUER « Le mot et la chose, l’hostie dans le matrimoine du Québec », Journal of Religion and Popular Culture. Vol. 21 : Special Edition – Religion and Popular Culture in Canada. 2009.

3 - D’envoyer à notre liste de lecteurs un courrier informant que le texte en question n’est plus considéré comme publication scientifique et a été retiré du site.

4 - D’envoyer un compte-rendu du suivi de l’affaire et de nos conclusions à l’université de Saint Etienne, à laquelle l’auteur est rattaché.

Et finalement, afin de prévenir de nouveaux préjudices potentiels, nous préparons un amendement à notre cahier des charges concernant une partie sur le code éthique de publication scientifique.

Nous espérons que cette solution en quatre étapes vous satisfasse. Merci de nous faire parvenir d’ici le 11 juin 2011 une réponse et vos éventuels commentaires.

Nous voudrions vous remercier encore une fois de votre vigilance, renouveler nos profondes excuses et nous espérons vous compter toujours parmi les lecteurs, voire les auteurs, d’AoFood.

Bien cordialement,
Virginie Amilien 
Pour le comité éditorial directeur d’AoFood
for AOFood

 

• Acte 3 : Réponse du plaignant

Chère Madame,

J’accepte bien volontiers vos excuses et je vous remercie de la manière dont vous et le comité éditorial avez traité ce cas. Les mesures que vous avez prises me satisfont pleinement.

Je forme tous mes vœux pour votre revue. 
Avec mes salutations.

Olivier Bauer

 

• Acte 4 : Mesures formelles prises par la revue

Éditorial

L’évaluation de la recherche individuelle et collective a fait prendre conscience aux chercheurs, si ce n’était pas le cas auparavant, de la nécessité de publier leur recherche dans des revues académiques référencées dans les classements, dont la revue Finance Contrôle Stratégie fait partie. A cet effet, la compétition aux niveaux national et international s’est intensifiée au cours des dix dernières années. Mais, ces exigences en termes de publication, même si elles sont globalement bénéfiques à la communauté des chercheurs, n’ont pas que des aspects positifs. Elles génèrent également des comportements et des stratégies de publication, qui rajoutent des lignes aux CV des chercheurs, mais qui impliquent parfois des déviances en regard de l’éthique du chercheur.

Le plagiat fait partie des travers de ces comportements inacceptables dans la course à la publication. Il est sur le plan déontologique entièrement répréhensible. Comme l’ensemble des supports de diffusion de la recherche, la revue FCS peut subir également les conséquences du plagiat (mécontentement des rapporteurs, disqualification de la revue, insatisfaction des auteurs, dégradation des relations avec les auteurs, etc.). La revue FCS a récemment été confrontée à ce risque puisque deux articles ont fait l’objet d’un rejet définitif pour cause de plagiat avéré. Fort heureusement, le soutien très précieux des rapporteurs nous a permis de détecter ces cas de plagiat et de les traiter comme il se doit. Dans les deux situations, l’article a été rejeté dans son intégralité et les auteurs ont été avertis de cette situation.

Il ne s’agit pas dans cet éditorial de redéfinir la notion de plagiat (voir le site de Michelle Bergadaà, http://responsable.unige.ch, entre autres) mais peut-être de souligner la position de la revue FCS et d’envisager des solutions de prévention. Nous nous inscrivons dans une démarche collective face à un problème qui dépasse le cadre de la revue et qui touche le domaine de l’enseignement et de la recherche. A titre d’exemple, la FNEGE et la SFM ont initié une réflexion et fait des propositions qui ont donné lieu à un article « Réduire et traiter les cas de plagiat ».

Devant l’ampleur du phénomène et les quelques cas de plagiat que nous avons rencontrés, nous souhaitons protéger la revue FCS contre ce type de risque. Les moyens à notre disposition consistent à passer systématiquement les articles en soumission au crible d’un logiciel anti-plagiat. En cas de plagiat avéré, l’article sera bien entendu rejeté. Une information de circonstance sera réalisée afin qu’il impossible pour les auteurs et co-auteurs de resoumettre un article à la revue pendant une durée de 5 années. Enfin, chaque cas fera l’objet d’un rapport circonstancié dans la revue.