Les commissions associatives

Les commissions associatives

 

C'est une longue histoire, que celle de la prise de conscience des associations scientifiques quant au problème du plagiat...

Dans les associations scientifiques, beaucoup de choses fonctionnent au pouvoir d'influence et à l'émotionnel. Chacun sera convaincu que son sympathique voisin de table en congrès est un bon père de famille ou que son co-auteur est animé des penseés les plus pures et désintéressées. D'où la cacophonie qui se produit à chaque cas révélé de manquement à l'intégrité. 

Ajoutons, pour compliquer le paysage, que chaque discipline est souvent portée par plusieurs associations scientifiques, comme c'est le cas, par exemple, de la sociologie française, mais aussi par la pléthore d'associations anglo-saxonnes qui couvent des champs disciplinaires très proches.

Comment, dès lors, instruire des cas de plagiat sans entrer dans des luttes sanglantes entre confrères, à l'instar de ce qui s'est produit en sociologie et que nous avons analysé en 2011 dans Enquête "à la Columbo" ? Et même lorsque certaines associations essaient d'instruire des cas de plagiat patentés, avec la plus grande rigueur, transparence dans les procédures (par ex. Politiques et procédure pour traiter des cas de violations des principes de déontologie) et honnêteté dans les analyses, leurs dirigeants se font souvent critiquer, voire calomnier, par des non-initiés. Cela en deviendrait décourageant.

Donc il s'agissait de "monter d'un cran" afin de protéger le système et ses acteurs.

Un dispositif est actuellement en place au sein de la FNEGE (La Fondation Nationale pour l'Enseignement de la Gestion des Entreprises, créée le 15 mai 1968 par l'État français et les entreprises). Cet organe faitier rassemble toutes les associations disciplinaires (finance, stratégie, ressources humaines, marketing...), mais aussi tous les établissements de gestion de France. Les associations ont été convaincues, une par une, d'adhérer à ce dispositif, et nous félicitons les promoteurs du projet de leur pugnacité.

Nous recopions ci-dessous l'intégralité de l'interview de Pierre‐Jean Benghozi et Hubert Gatignon publiée dans la Lettre de la FNEGE de septembre 2013

Pour télécharger le document Réduire et traiter les cas de plagiat : une charte et une commission

(pour retrouver le document à l'origine de la création du dispositif 2011)  

 

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1 – Qu'est ce que le plagiat ? 


Il existe différents types de plagiat constituant un continuum entre la copie servile, l’appropriation de travaux ou l’accumulation d’extraits non référencés. Dans ces conditions, la « faute » n’est jamais facile à établir d’emblée. Le plagiat s’inscrit en effet souvent dans les limites de la recopie de recopie de recopie…
Ce constat est lié aux nouvelles pratiques de travail accentuées par le web : enseignement, prise de note, fiches de lecture…. il faut donc savoir qualifier la faute, dire « stop », punir et réparer éventuellement… puis savoir tourner la page.
Dans certains cas, le plagiat relève d’une négligence appelant un simple « rappel au règlement » mais dans les cas plus graves de plagieurs avérés, c’est intégrité académique, et, donc, la possibilité de continuer à mener une carrière académique qui est en jeu.
L’absence de prise de conscience des plagieurs (attestée par la nature de leurs réactions-ˇ‐ dénégations vives quand leurs faits sont dénoncés) démontrent que dans beaucoup de cas, ils ne sont pas réellement conscients du caractère fautif et de la gravité de leurs actes : ils trouvent leur pratique normale ou pensent que « tout le monde le fait ».

 

2 – En qui le phénomène est-il gênant ?

Au niveau des personnes, les cas de plagiat sont source de souffrance pour les plagiés, qui éprouvent souvent le plus grand mal à voir reconnaître leur contribution, mais aussi parfois pour les plagieurs, qui peuvent se voir clouer au pilori faute de savoir accepter leurs erreurs.
De plus, les personnes qui découvrent un cas de plagiat au cours de leurs lectures, ou même se heurtent à des comportements qu’ils jugent non éthiques sont fort embarrassées – voire perturbées ‐ pour savoir si elles peuvent ou doivent dénoncer ces pratiques et auprès de qui.
Au niveau du système académique, la question du plagiat interroge très directement la question, plus large, de la diffusion des connaissances aujourd’hui. La recherche s’est professionnalisée dans un nouveau contexte et ce qui était une activité principalement artisanale est devenue une activité de production en masse. De manière générale, le phénomène ne fait que croître avec l’essor des TIC et d’internet qui permet une plus grande facilité de copie d’une part, une meilleure traçabilité et une possibilité de réévaluation de publications archivées d’autre part.
Face à une telle situation, les débats en cours en sciences de gestion comme ailleurs attestent d’un malaise partagé. Le sujet suscite l’incrédulité face à l’ampleur avérée du phénomène tout autant que la crainte de voir des collègues proches touchés à un titre ou un autre.
On ne peut s’empêcher, de ce point de vue, de faire un parallèle avec le problème du dopage dans le sport : la pression à la compétition pousse à la banalisation de conduites incorrectes et bénéficie des lacunes du cadre institutionnel qui n'a pas été repensé en conséquence : minimisation du problème, contrôles et sanction

 

3 - Quelles actions de la FNEGE ?


L'objet de la mission FNEGE n'était pas de donner une définition ou caractérisation du plagiat mais bien plutôt de favoriser la sensibilisation de la communauté des gestionnaires, et d’élaborer des propositions de prise en charge collective des plaintes et des conflits.
• Les actions engagées consistent à coupler la mise en place d’un dispositif de médiation à même de traiter les conflits qui émergent avec une importante opération de sensibilisation, marquée par l’instauration d’une charte commune à l’ensemble de la communauté de gestion.
• En assurant, en cas de conflit entre des parties, la prise en charge de l’instruction des dossiers de plagiat et l’élaboration d’un point de vue argumenté, le dispositif contribuera à favoriser la responsabilité individuelle, l'assainissement des pratiques collectives et à l'exemplarité vis à vis des étudiants et partenaires de la recherche.
• Au‐delà de cette ambition générale, la reconnaissance et la prise en charge institutionnelle concourront à la pacification des relations dans la communauté académique, en évitant les conflits annexes, où chacun est amené à prendre parti ou à se défier des uns et des autres sans avoir accès aux informations ou à un point de vue argumenté sur les revendications en débat.

 

4 - Comment focntionne la commission FNEGE ?

Pour être acceptées par tous, des décisions d'arbitrages supposent d'être documentées et ne peuvent relever du seul argument d'autorité. Il importait donc que le dispositif retenu assure que l’instruction des dossiers s’opère dans le cadre d’un processus transparent en séparant le constat (juger sur pièces et juger les pièces), le jugement d’arbitrage, et les attendus expliquant clairement les raisons et fondements de la décision adoptée.
Ce qui ne suppose bien sûr pas une instruction publique, mais un processus où les étapes sont clairement définies ainsi que les critères et modalités de traitement. C’est par exemple le cas dans les revues à comité de lecture dont les processus de reviewing sont transparents tout en étant anonymes.
• Du point de vue de l’efficacité du dispositif, il est notamment tout particulièrement important d'expliciter clairement les faits et la nature de la faute : à la fois pour permettre une bonne instruction des dossiers, et pour ouvrir, le cas échéant, la possibilité de recours contradictoire.
• Dans le cas contraire, le risque est que le résultat de la médiation ne soit pas accepté (soupçon d'influence, conflits d'intérêt, de copinage ou de protection des parties les plus puissantes). Dans de tels cas, la menace serait double : non résolution du conflit en cause, et surtout, encore plus grave sans doute, déconsidération complète

5 - Que peut espérer de la commission une personne qui dépose une plainte ?

• La commission transmet aux parties concernées (et éventuellement aux associations dont les parties sont membres) un avis qui relève de l’analyse et du constat.
• Elle ne dispense ni ne demande de sanction, mais peut suggérer des modalités de réparation.
• Les parties concernées peuvent utiliser ces avis comme elles le souhaitent tout comme, le cas échéant, le coordinateur de l’association de référence.
• La commission peut également contribuer à la mise en place d’une procédure de médiation entre les parties.