Agir comme médiateur

 

Parution 24.05.2016 - Lettre 68

 

Comment trouver une solution satisfaisante, avant d'aboutir à des dépôts de plaintes et à une cristallisation des postures individuelles et institutionnelles, lorsque l'on est face à des problèmes de déontologie ou à des comportements négligents ? 

Les interactions sont les fondements de la communication. Lorsque nous intervenons comme médiateur, c’est déjà, hélas, que les esprits se sont échauffés et qu'il ne nous reste qu'à "éteindre les feux".

• Voir, par exemple, notre intervention à la demande d'un directeur d'établissement

Actionnée à temps, notre intervention s’inscrit, à l’origine, dans les principes de l’École de Palo Alto. Les personnes sont prises dans un système relationnel qui génère une escalade du conflit. D’où une extrême violence symbolique que revêtent ces situations de plagiat et de fraude pour tous les acteurs. Il n’y a pas, comme dans le monde économique, des règles hiérarchiques établies et des codes normés qui régulent les comportements.

Or, toute communication revêt un sens au niveau du fond et de la forme. L’avènement d’Internet a induit une violence supplémentaire dans la mesure où les récipiendaires de courriels les « entendent » en fonction de leur état d’esprit ou de leur connaissance relative du propos lors de la réception de ces courriels.

Nous devons comprendre la "métacommunication" générée par les messages échangés, la manière de formuler la requête, et la relation antérieure à la communication entre protagonistes. Ceci nous permet souvent de stopper net un conflit et d'éviter l'escalade de violence.

• Voir, par exemple, notre réprimande à un jeune chercheur ainsi que sa réponse immédiate.

La réactivité est un élément clé. Avec du bon sens il est possible de permettre à tous de retrouver rapidement la sérénité.

• Voir, par exemple, notre intervention auprès du journal Le Monde

 

Protocole de mise en oeuvre d'une médiation

 

Le processus de médiation comporte 3 phases. Nous nous efforçons de régler le problème en moins de 10 jours pour aboutir à la pacification des communautés.

1 - Le recadrage avant la médiation : revenir aux faits

La personne qui se pose en victime d’une injustice académique ressent la lenteur des instances interpellées, voire l’omerta, comme une injustice supplémentaire.

Un simple entretien nous permet (généralement) de ramener cette subjectivité à plus d’objectivité. Par exemple, nous expliquons que des assertions telles que « On ne m’écoute pas, on cherche à me faire taire, on me menace… » peuvent se transformer en « Ils ont un problème structurel, ils sont ainsi avec tous…», etc.

Dès lors, nous pouvons faire exprimer à la victime (ou victime ressentie) qu’elle va gérer la situation en exprimant son désaccord sur un problème d’intégrité, pas contre une personne.

 

2 - La mise en place du protocole de médiation

Dans notre univers symbolique qu’est le monde académique, chacun se raconte son histoire avant de la jouer. Chacun veut justifier son rôle et sa place dans notre société savante. Ce n’est donc pas tant ce qui a été fait qui compte, mais la mise en scène que chacun fera de sa propre histoire et la manière dont il la racontera ensuite.

Nous demandons au demandeur de répondre à ces questions :

a) En quoi ce conflit vous empêche-t-il de devenir ce que vous souhaitez être ?

b) Quels sont vos vrais objectifs et vos motivations ?

c) Qu’est-ce que vous attendez de cette situation d’ici un ou deux ans ?

Ainsi, il est possible de lui faire relativiser le conflit et d'entamer la phase de médiation.

 

3 -  La médiation

Dans les cas de conflit académique, les individus sont en souffrance et pour s’en libérer l’individu réagit mécaniquement dans un sens ou dans l’autre ou se retire du jeu.

Mais il ne sert à rien de conserver durant toute une carrière la honte de n’avoir pas osé se plaindre, si vraiment l’on se considère comme victime.

Nous proposons donc des recadrages (autres façons de voir les choses) selon une démarche qui aide les personnes à sortir du cercle vicieux de la honte ou de la diffamation.

a)    Communiquer séparément avec les protagonistes

b)    Écouter leurs réponses aux questions de savoir ce qui, selon eux, va se passer et quelle vision alternative existe de la situation de conflit

c)     Proposer la médiation en éliminant ce qui relève du conflit de personnes et ce qui relève du conflit d'intérêts

d)    Reformuler le cœur du problème, la faute éventuelle

e)    Établir un consensus en formulant ce qui est important pour chacun

f)     Clore : envisager ensemble les moyens de réparation.