Du plagiat à la normalité, selon les étudiants
Janvier 2006 Michelle Bergadaà
Remerciements
Nous remercions bien vivement enquêteurs et répondants,
anonymes par la force des choses, de leur confiance.
Grâce à leur témoignage sincère, ils nous ont
grandement aidée à comprendre ce que le plagiat et le « copié-collé »
signifiait pour eux.
Comme nous leur avions promis, nous n’avons porté
aucun jugement sur leurs opinions et leurs comportements.
M.B.
Introduction
Durant dix-huit mois, nous avons conduit une étude
de terrain pour comprendre comment s’articulent les différentes composantes
du plagiat sur Internet. Pour cerner notre objet de recherche, nous l’avons
observé au travers de la relation établie entre étudiants et système universitaire.
Les détails de la méthodologie figurent en annexe
de ce rapport.
Suite à une première étude
exploratoire, nous avons bâti une grille d’entretiens qui nous a
permis de réaliser des entrevues en profondeur auprès de vingt
étudiants de l’université de Genève qui avaient été
choisis en fonction de la diversité de leurs profils (sept nationalités,
huit types d’études, 3 niveaux de diplômes). Notre propos
était de comprendre le sens qu’attribuaient au plagiat dans leur
contexte quotidien, et à quel réseau de signification se référait
leur action.
Deux analyses de contenu
ont été réalisées à partir des données recueillies. La première analyse nous
a permis d’induire quatre dimensions d’un modèle du plagiat : l’attitude
à l’égard d’Internet, les valeurs de la société et la morale personnelle,
l’éthique du système et les normes en vigueur. Avec la seconde analyse de
contenu, nous avons induit cinq profils caractéristiques d’étudiants en fonction
du sens que les étudiants accordent à leur action et à son contexte :
le non-plagieur, le bricoleur, le tricheur, le manipulateur et le fraudeur.
Dans la première partie
de ce rapport, nous décrirons les résultats. Nous ne ferons que peu de commentaires,
car les propos des étudiants nous semblent assez explicites. Nous nous contenterons
de citer leurs verbatim, organisés selon la structure que nous avons induite,
afin de laisser au lecteur le soin de tirer les conclusions qu’il croit justes
des résultats de cette étude.
Dans la seconde partie
de ce rapport, nous décrirons comment les étudiants jugent la responsabilité
de l’université vis-à-vis du plagiat en fonction de leur manière d’envisager
leurs relations aux professeurs, au système d’évaluation des connaissances
et aux moyens de contrôle et de sanctions à mettre en œuvre.
Dans la conclusion, nous
proposerons les résultats d’une enquête complémentaire ayant eu lieu auprès
d’étudiants ayant été sanctionnés et exclus de l’université, afin de rappeler
que la sanction ne doit pas être le moyen d’ « évacuer » le problème.
I - Les profils caractéristiques d’étudiants
Nous avons observé l’attitude des étudiants par rapport aux axes d’interrogation
suivants :
- Pourquoi, le cas échéant, se pratiquent le plagiat et/ou le copié-collé
de documents ?
- Internet est-il plus particulièrement
perçu comme un outil d’information gratuite ou une aide à l’autoformation ?
- Quelle est l’attitude à l’égard des valeurs du système actuel et comment
se positionner sur le plan de leur morale personnelle ?
- Quelles sont les normes du système universitaire et à quelle éthique se
référer ?
L’analyse a donc porté sur l’induction du contenu des réponses en fonction
du schéma ci-dessous.
Fig. 1 Articulation de l’objet de recherche
L’analyse en profondeur de dix-huit entretiens
valides a permis d’induire cinq profils distinctifs, qui se déterminent par
rapport à leur degré d’autonomie/discipline à l’égard des normes en place,
et de moralité/amoralité par rapport aux valeurs de le société.
- Profil A : Le non plagieur
- Profil B : Le bricoleur
- Profil C : Le tricheur
- Profil D : Le manipulateur
- Profil E : Le fraudeur
Le schéma ci-dessous illustre le positionnement
de ces profils sur les deux axes représentés par « valeurs » et
« normes ». Le choix de choisir les qualificatifs d’« autonomie »
et « discipline » au lieu d’« indépendance » et « obéissance »
relève d’une analyse sémiotique des discours qui ne figure pas dans le présent
document.
Fig. 2 Les profils des étudiants (sans
le non-plagieur)
1. Profil A : le non plagieur
Trois étudiants de l’échantillon se situent dans
cette catégorie.
Certes, deux d’entre eux ont plagié une fois ou
une autre, mais il ne semble pas s’agisse d’une habitude. Nous avons donc
classé les étudiants suivants dans la catégorie « non plagieurs ».
Toutefois, rien ne garantit qu’ils n’adopteront pas le comportement de leurs
collègues. En effet, le fait de tricher une fois ou deux n’autorise pas à
considérer la personne comme « plagieur ». Cependant, la fréquence
d’un acte déviant, tout comme le fait de pouvoir s’en vanter auprès de ses
pairs, influent sur la rapidité d’acquisition d’un caractère spécifique déviant
par rapport aux normes du système.
Contrairement au quatre autres profils, les étudiants sont ici très peu homogènes
sur les raisons de leur attitude spécifique à l’égard du plagiat.
• Pourquoi ne plagient-ils pas (ou presque)?
« En cherchant sur internet je suis tombé
sur un papier qui avait été rendu par un élève dans un autre pays exactement
sur le même sujet que moi. D'abord, je n’ai pas voulu m’en servir, mais 2
jours avant de devoir rendre mon travail, je n’avais toujours rien trouvé
et j’ai pris ce dont j’avais besoin. J’ai eu tellement peur que quelqu’un
se rende compte que ce n’était pas moi en personne qui avait écrit, mais plutôt
que j’avais repris ces paragraphes que je n’ai jamais recommencé. Le soir
même après avoir rendu mon travail, je me rappelle avoir passé une très mauvaise
soirée et je regrettais vraiment ce que j’avais fait. » (Témoignage 4)
« Je suis un tricheur très modeste. Je n’ai
jamais repris un travail complet et d’ailleurs je pense que je n’aurais pas
osé. Oui évidemment que l’on en parle avec les autres. Souvent quand le sujet
est relativement complexe, beaucoup de monde bute sur un point ou 2 et du
coup on essaie tous de trouver une solution. Entre copains on se refile les
bons plans, mais cela reste dans un cercle très petit et très fermé. Il faut
tout de même rester vigilant. » (Témoignage 9)
« Je ne suis pas un copieur parce que j'aurais
vraiment peur d'une sanction lourde après tous les sacrifices que mes parents
ont consentis pour que je puisse terminer mon cursus universitaire. Je veux
réussir par moi-même. Pas n'importe comment ni à n'importe quel prix. Oui,
j'en ai déjà parlé avec des copains qui eux « pompent » et on me respecte
parce que je suis quelqu'un qui vit sans histoire. Je suis plutôt fier d'être
italien dans l'âme avec ma mentalité et ma façon de voir la vie.... »
(Témoignage 16)
• Internet et le plagiat
« Internet est un moyen de communication,
de divertissement, d’informations, d’apprentissage… Il y a énormément de choses
que l’on peut trouver ou faire grâce à internet que l’on ne pouvait pas auparavant.
Ceux qui voulaient frauder n’ont pas attendu son invention, ils le faisaient
déjà. C’est avant tout une question d’éducation et de moralité. Ce n’est pas
parce que c’est plus facile de se procurer une arme à feu que l’on a le droit
ou que l’on doit tirer sur tout le monde avec. » (Témoignage 4)
« Internet c’est : des magasins virtuels,
des portails d’entreprises, la possibilité de communiquer avec des personnes
éloignées, des informations utiles (cinémas, TPG, annuaire…). Les fonctionnalités
sont grandes, il n’y a pas que des rapports ou des travaux écrits. Donc, ce
n’est pas un outil mauvais en soi, c’est comme pour tout, ça dépend de l’utilisation
qui en est faite. » (Témoignage 9)
« Internet aide à banaliser. C'est dans cette
optique que je répondrais oui à ta question. C'est tellement devenu simple
de glaner des infos… Tu peux vivre totalement coupé physiquement du monde
et savoir exactement ce qui se passe dans le monde entier sans même acheter
un journal, sans parler avec personne !La relation avec les autres est
totalement modifiée et en se repliant sur soi-même. » (Témoignage 16)
• Les valeurs de la société et la morale personnelle
« Je ne pense pas que la société soit pire
qu’avant. Je pense qu’il y a plus d’incitations ou de tentations à tricher,
mais la moralité reste la
même. Quelqu’un qui triche, que ce soit pour une ligne ou pour un travail
complet reste un tricheur. La morale est une valeur, il n’y a pas de semi-moralité,
soit on l’est, soit on ne l’est pas. Et quand je repense à l’angoisse qui
a suivi la seule et unique fois où j’ai utilisé le travail d’un autre sans
le mentionner, je vous assure que jeune ou vieux, avant ou maintenant, on
ne se sent pas fier et avec les années il n’y a pas de raison pour que ça
change. » (Témoignage 4)
« Il me semble que de plus en plus de personnes
négligent leur formation… certains voient l’uni comme un endroit où il y a
de la lumière et où il fait chaud, alors autant dire que la motivation et
la volonté de réussir au mieux ses études n’existe pas véritablement. On tire
les études pour ne pas aller sur le marché du travail et non pas parce que
l’on souhaite faire des études… Quand on ne respecte pas ce que l’on fait,
tous les moyens sont bons pour arriver à faire ce que l’on vous demande… Franchement,
est-ce que beaucoup de jeunes à l’heure actuelle savent encore ce que la morale
signifie réellement ? Avec tout le respect que je leur dois, j’en doute.
La question est de savoir pourquoi ? La faute des parents ? La faute
de l’école ? En tout cas, il ressort clairement une chose, peu importe
le degré d’importance de l’un et de l’autre si les obligations ne sont pas
respectées de part et d’autre, on n’est pas sortis de l’auberge. » (Témoignage
9)
« Il y a moins de morale qu'avant et c'est
grave parce que les gens poussés par la misère quittent ce qui les rattachait
à ce qui les rendait fiers. En perdant toute attache, il tente de survivre
ailleurs sans vraiment s'impliquer. Or, ce qui fait le moteur d'une nation
c'est son civisme et le respect de ses lois. » (Témoignage 16)
• L’éthique du système et les normes en vigueur
« Lors de la correction,
les professeurs devraient être plus vigilants pour être sûrs que c’est bien
tel ou tel élève qui l’a effectivement rédigé. J’ai trouvé profondément injuste
qu’un ami plagieur ait obtenu un meilleur résultat pour l’un des dossiers
que l’on avait à rendre, sachant que j’avais passé des heures voire même des
jours avec mon groupe pour le rédiger et que le sien avait repris celui d’anciens
élèves en modifiant vaguement quelques mots par-ci par-là. Et le pire c’est
qu’il s’en vantait. Tricher, c’est déjà affreusement moche, mais se targuer
de l’avoir fait est tout simplement scandaleux. » (Témoignage 4)
« Trop de gens se figurent que l’uni est
une sorte de jardin d’enfants pour pré adultes, alors si on ne leur explique
pas exactement dans tous les détails comment faire, ils sont tout bonnement
perdus… Mais l’uni c’est aussi l’apprentissage de la vie, se débrouiller,
chercher, se tromper… etc. Alors, rejeter la faute aux profs pour un soi-disant
manque d’information qui pousserait l’élève à copier c’est un peu fort. Dans
ce cas-là, lors de vol à la tire accusez la victime d’être sortie de chez
elle ! Les rôles sont bien définis, les profs sont là pour poser les
limites et nous guider, si certaines personnes ont besoin de renseignements
supplémentaires, elles peuvent toujours demander. » (Témoignage 9)
«Je pense qu'avant on devenait prof parce qu'on
avait des prédispositions pédagogiques. Maintenant, une infime partie de la
population fait réellement un métier choisi sciemment… Alors, on transmet
de moins en moins aussi. Y en a qui sont un peu psychologues et qui donnent
envie de travailler et d'autres qui s'en foutent complètement et qui ne sont
pas intéressés par ce qu'ils donnent comme cours. On a l'impression qu'ils
font ça par habitude et parce qu'ils ne savent pas faire autre chose probablement.
Ils ne se sont jamais remis en question et comme on n’a pas intérêt à s'en
plaindre alors on se débrouille. » (Témoignage 16)
2. Profil B : le bricoleur
|
|
L’étudiant
de type « bricoleur » structure ses connaissances par lui-même.
Son problème principal avec la toile, est qu’il ne sait pas ce qu’est
une information fiable et valide. Il ne s’oppose pas au système universitaire,
mais il joue avec. Si nous ne le canalisons pas, nous risquons de le
perdre comme créateur véritable. Comment canaliser sa créativité et
éviter qu’elle ne se dilue sur la toile ? |
Cinq étudiants de l’échantillon se situent dans cette catégorie.
• Pourquoi plagient-ils?
« Tout d'abord, c’est un
gain de temps et surtout je dirais une question d’efficience, c’est à dire :
arriver à un certain but à moindre coût ! Ne pas s’embêter et perdre
inutilement du temps. Parce que je n’ai pas su assez bien gérer mon temps
et mes délais. Voilà ce qui m’amène à reprendre un travail plutôt qu’à le
faire. » (Témoignage 1)
«Si j’ai un travail à rendre,
je regarde si je trouve quelque chose qui a déjà été fait et que je pourrais
réutiliser. Contente… Plus ou moins, disons que je me suis évité pas
mal de boulot inintéressant à mon goût et avec l’habitude il nous faut moins
de temps pour remanier un document, donc moins de temps et moins d’ennui,
oui je suis assez contente. Non, je n’en ai jamais parlé outre mesure avec
des amis. Ce n’est pas le sport national ; juste un moyen de gagner du
temps, alors bon, pas de quoi débattre pendant des heures. (Témoignage 2 )
« Soyons réalistes, ça prend
du temps de copier et si on désire le faire au mieux c’est parfois presque
aussi long que si on avait dû le faire soi-même… Je suis quand même un peu
content, dans la mesure où je n’ai pas été attrapé et la vraie valeur d’un
exploit se ressent quand on partage la nouvelle avec d’autres. Mais si on
en parle entre nous, c’est plus pour se filer des tuyaux ou pour dire ce qu’il
ne faut pas faire que pour s’en vanter. » (Témoignage 5 )
« Je pense que c’est essentiellement
par flemmardise. Et puis je pense sincèrement que la période de l’année y
est pour beaucoup aussi. Par exemple, on aura peut-être plus tendance à être
tenté de tricher au printemps qu’en plein hiver ! Ça peut paraître bizarre
comme raisonnement, mais ça se vérifie. Les jours sont plus longs, il fait
généralement plutôt beau temps, on a envie d’en profiter, de pouvoir à nouveau
être au parc ou sur une terrasse. » (Témoignage 8)
« Quand je sèche alors…j’essaie
de trouver un moyen de m’en sortir. C’est aussi simple que ça. Ma mère disait
toujours, un problème une solution. Quand je suis coincé, je cherche la solution,
même si elle est parfois un peu douteuse, je l’admets. Sinon, la dernière
fois que j’ai plagié j’avais plusieurs tournois de tennis en même temps et
pour mon plus grand bonheur j’ai été qualifié dans plusieurs tableaux. Du
coup j’avais moins de temps pour travailler. Franchement, je suis sûr que
tu aurais fait pareil, première finale de ma vie. D'ailleurs, je ne regrette
pas : j’ai gagné le tournoi. Mais on a tout de même la trouille de se faire attraper, on essaie
de maquiller la triche comme on peut. Et selon, ça peut demander pas mal de
temps. Donc un conseil, il vaut mieux peser le pour et le contre avant d’agir.
» (Témoignage 10)
• Internet et le plagiat
« Avec Internet, l’accès
au travail des autres est beaucoup plus aisé et beaucoup moins coûteux en
termes de temps, ce qui n’est pas négligeable. (Témoignage 1 )
« Il est de plus en plus
facile d’aller sur internet… Le fait de pouvoir chercher depuis chez soi est
fortement incitant : pas besoin d’aller à l’uni ou dans un endroit équipé
en ordinateurs. Le débit des connexions domestiques grandissant, la maniabilité,
les facilités d’accès, les moteurs de recherche plus ou moins performants…
si je décide de ne pas avoir envie de rendre tel ou tel travail et d’aller
prendre celui de quelqu’un d’autre, je deviens beaucoup plus ingénieux et
malin pour trouver la meilleure solution possible en termes de qualité et
de délai. Internet promeut en quelque sorte la fraude, la rendant accessible
et facilement praticable par les ”fraudeurs du dimanche” » (Témoignage
2 )
« Internet est une sorte
de pages jaunes géantes, on ne réfléchit plus à ce que l’on doit chercher
ou trouver, on se borne à taper quelques mots et l’ordinateur fait le travail
à notre place. C’est un peu comme si on avait un collaborateur que l’on ne
paie pas, qui est efficace et en plus qui est rapide ! Après c’est à
chacun de faire la part des choses et de voir la limite entre ajouter des
références et illustrer un travail avec ceux d’autres personnes et en reprendre
un sans scrupule et y mettre son nom. Moi-même, je serais tout bonnement incapable
de vous dire à qui appartenaient les rapports dont je reprends certains passages. »
(Témoignage 5 )
« Les informations sont
plus accessibles sur le net et certaines personnes ne font même pas la différence
entre le travail qu’elles produisent véritablement ou alors leur talent de
recopieur. Or, copier le travail de quelqu’un d’autre ou alors tenter de faire
un patchwork peut prendre beaucoup de temps. Il y a plein de détails qui peuvent
devenir un vrai calvaire quand le travail à rendre est long. Par exemple,
souvent les personnes dont on reprend des parties n’ont pas le même style,
pas le même vocabulaire, il faut faire attention à la concordance des temps…
Bref, ce n’est pas si simple que cela de « bien » copier. Je n’en
suis pas fier, mais parfois ça demande un vrai travail d’artiste pour tout
coordonner au mieux. Donc, dans un sens je fournis tout de même un certain
travail, pas forcément celui que l’on attendait de moi en premier lieu, mais
je ne fais pas un simple copier-coller. Je suis toujours content de mon travail
en revanche, » (Témoignage 8)
• Les valeurs de la société et la morale personnelle
« Tricher est devenu un
acte très banalisé dans la société et cela n’a plus le caractère interdit
qu’il a pu revêtir par le passé. C’est une façon d’arriver à un résultat au
même titre que le travail par soi-même. Que ce soit moral ou non ne change
rien, on le fait dans un but rationnel, que ce soit bien ou mal ne rentre
pas en ligne compte lors de la décision. Je pense que le phénomène se développe
de plus en plus, je pense également qu’il n’y a pas grand-chose à faire pour
endiguer le processus. Certaines personnes frauderont toute leur vie et n’y
voient (n’y verront) aucun problème. » (Témoignage 1 )
« La moralité est incontestablement
en perte de vitesse... l’endroit où l’on triche le plus après les débats politiques,
c’est les entreprises. En ce qui (les) concerne, cela dépend surtout des secteurs
d’activité et de la culture d’entreprise. Dans le privé, boîtes à l’américaine,
il faut constamment faire mieux que l’autre, en moins de temps et à moindre
coût. S’approprier l’idée géniale de quelqu’un d’autre, un rapport ou tout
autre travail est un moyen très efficace d’arriver à ce but. » (Témoignage
2 )
« Les infos au journal télévisé
en sont l’exemple frappant, tous les jours on nous « balance » des
informations parfois sordides de la même façon qu’on nous annonce la signature
d’un traité de paix. Aucune distinction n’est faite. Par exemple, prenez tout
ce qui touche à la violence chez les jeunes … La notion de propriété
devient très relative pour beaucoup de monde, que ce soit pour un stylo, des
notes de cours, un téléphone ou un travail… Le Bien de nos jours ne correspond
plus au Bien du passé, sans aller très loin à ceux de nos parents et ne parlons
même pas de ceux de nos grands-parents. Et évidemment, il en va de même pour
le Mal qui lui est de pire en pire selon moi, et malgré cela on arrive toujours
à «excuser » certains comportements. Si rien ne change, je me dis qu’étant
donnée la situation actuelle si rien n’est fait, j’ose à peine imaginer ce
que ça donnera dans quelques décennies. » (Témoignage 5 )
« Les jeunes veulent tout
faire rapidement. Bref, c’est un peu la course au temps et à l’argent. Tout
cela pousse incontestablement à essayer de se faciliter la tâche au maximum
tout en essayant d’en faire un minimum. Plus de loisirs, plus de sorties,
plus d’argent et moins d’études, moins de travail ! Dans les entreprises
on fraude (sans hésitation), mais cela prend d’autres formes que la triche
concernant des documents repris du net. Il s’agit de personnes qui s’approprient
le travail d’autres personnes en espérant obtenir promotion, bonus, félicitations
et autres. À la rigueur quand vous reprenez un document sur internet, vous
ne savez pas forcément qui est l’auteur, mais un de vos collègues, je trouve
ça vraiment moche. » (Témoignage 8)
«L’autre jour, j’ai lu dans le
journal qu’un motard ivre (2 pour mille !) a renversé une jeune fille
sur un passage piéton, il l’a tuée et pris la fuite avant d’appeler spontanément
la police pour dire que son scooter avait été volé, c’est le comble. Qu’est-ce
qu’il a pris ? 6 mois avec sursis et 70 000 frs de dommages et intérêts
pour la famille. Alors bon, si tué ne nous condamne à si peu, tricher à l’uni
c’est de la gnognotte. Et quand j’en écoute certains de mon année, pourquoi
se compliquer la vie quand tout est à disposition. C’est dommage, on a la
possibilité d’apprendre, chose que l’on fera de moins en moins les années
passant. » (Témoignage 10 )
• L’éthique du système et les normes en vigueur
« Je pense qu’on voit beaucoup
de professeurs qui se permettent de faire des polycopiés en photocopiant les
ouvrages d’autres auteurs. Est-on sûr que cette pratique qui est donnée en
exemple aux élèves est exemplaire en elle-même ? (Témoignage 1 )
« A l’université il faudrait
tester la matière des cours entre profs ou avec des étudiants « externes »
pour voir, dans le cas ou la matière est vraiment rébarbative, s’il n’y aurait
pas une autre façon de la rendre un tout petit peu plus attractive et ainsi
de motiver les étudiants à l’étudier au lieu de la recopier. Et sinon, merci
de m’avoir laissé passer entre les mailles du filet ! » (Témoignage 2
)
« On est nombreux, les
matières sont vastes, parfois les profs n’ont pas d’assistant… Il y a beaucoup
de facteurs a prendre en compte, certes, mais certains examens ne testent
pas vos connaissances, mais plutôt votre capacité à mémoriser, votre rapidité,
votre aptitude à vous transformer en perroquet de votre professeur…etc., mais
pas tellement vos compétences, c'est-à-dire ce que vous avez compris. »
(Témoignage 5 )
« Le prof, à l’uni, en
plus du travail en lui-même, attend de l’étudiant une certaine façon de raisonner,
d’aborder un sujet, de le traiter, etc. Donc les élèves sont plus libres,
mais le prix à payer est qu’on leur demande plus. Cela relève plus de l’apprentissage
de l’autonomie que du manque d’information et de consignes. On vous pousse
à être toujours plus productif et certains individus peu scrupuleux se servent
plutôt que de produire. Mes grands parents n’agissaient pas comme cela, on
profitait de ce que l’on avait. Maintenant on envie tout ce que l’on n’a pas.
La morale passe au second plan, il faut assouvir ces envies même si parfois
c’est de manière peu avouable.» (Témoignage 8)
« L’université devrait tous les coincer (les
fraudeurs). C’est plus simple et puis dans un sens ce serait pas mal pour
ceux qui restent. Ça viderait un peu les auditoires, il ne resterait que ceux
qui veulent VRAIMENT réussir et qui travaillent dur pour y arriver. De plus
donner moins de licences augmenterait la valeur de celle-ci. Donc, ceux qui
l’obtiendraient n’en seraient que plus récompensés pour leur mérite et leur
labeur. » (Témoignage 10)
3. Profil C : le tricheur
|
L’étudiant
de type « tricheur» va se fier essentiellement au comportement
de ses pairs. Comme il lui semble que beaucoup plagient, il va en faire
autant. Son problème principal il ne sait plus vraiment ce qu’est la
norme institutionnelle et ce qui est valorisé. Il critique moins le
système que le profil précédent, car en fait il est discipliné. Il risque
de « payer pour les autres » en se faisant prendre en flagrant
déli de plagiat, et il trouvera cela profondément injuste. Comment proposer
un miroir fidèle et fiable de notre mission universitaire du XXIe siècle ?
|
Six étudiants de l’échantillon se situent dans cette catégorie.
• Pourquoi plagient-ils?
« J’ai toujours voulu faire
de mon mieux pour obtenir de bons résultats et quand cela a fonctionné, j’en
étais plutôt fière. Si j’utilise la copie, c’est dans des cas assez spéciaux :
par exemple par manque de temps après des grosses surcharges de travail, et/ou
peut-être dans des situations où le sujet ne m’intéresse pas du tout. Dans
ce cas en particulier, cela ne me pose pas de problème. Ce qui me retient,
c’est le sentiment de culpabilité ; de l’autre côté, je ne sais pas vraiment
ce qui me pousse à frauder ; le manque de temps, la facilité ? »
(Témoignage 6)
« Je triche pour avoir plus
de temps pour faire autre chose. Que celui à qui ça n’est jamais arrivé vienne
me voir. C’est un menteur. Il y a toujours, au moins une fois où on est pris
de vitesse ou alors pour diverses raisons on a pas eu le temps de réviser
et du coup, on essaie de s’en sortir par tous les moyens. Si j’ai vraiment
de grandes chances de me faire coincer, je ne vais peut-être prendre le risque
de me faire attraper. Mais sinon, je ne vois pas tellement ce qui me retiendrait.
(Témoignage 11 )
« Parce que c’est une solution
de facilité et que parce que parfois c’est rassurant d’utiliser les connaissances
de quelqu’un d’autre. Surtout quand il y a Roland Garros ou le mondial de
foot à la même période. Et puis il y a un petit côté excitant aussi, on sait
qu’on enfreint la règle, c’est pas bien méchant, mais il y a un petit challenge… Si
la probabilité de me faire attraper est vraiment grande, c’est clair que ça
me retient pas mal. Mais sinon, je ne vois rien qui pourrait vraiment me retenir.
Quoique ma conscience aussi, parce que je n’aime pas trop tricher non plus.»
(Témoignage 12 )
« En fait, la première fois
c’était parce qu’une copine avait pu se procurer un texte. Ce n’était pas
vraiment moi qui avais triché. Je n’ai juste rien dit. En plus, j’avais peur
que l’on se fasse prendre. Mais bon, ça a été. Alors, ce n’est pas grave.
Disons que j’ai profité de la triche de quelqu’un d’autre, mais je ne peux
pas tout à fait dire que c’était vraiment de la triche pour moi. En plus si
elle n’avait pas eu ce travail, moi je n’aurai pas triché. » (Témoignage 13
)
« Les occasions ne sont
pas si nombreuses que ça et puis je ne fraude pas tout le temps non plus.
Il ne faut pas croire, il m’arrive aussi de travailler. Et puis me dire que
je réussis seulement grâce aux autres, mais qu’en fin de compte moi je ne
sais rien faire, ça ne me dit rien. Alors, je préfère faire de la paraphrase
ou alors changer les mots et en mettre des synonymes. C’est tout de même plus
sûr et en plus, personne ne peut rien me reprocher… Mais si les chances de
me faire prendre étaient plus grandes, il est clair que je ne tricherais plus.
Je crois que ce qui retient tous les fraudeurs reste la sanction. Plus forte
elle est, moins on s’y frotte.» (Témoignage 14)
« Il y a de plus en plus
de tricheurs et tu apprends plus facilement comment tu peux tricher. Des fois,
tu dois faire face à quelque chose pour lequel tu ne t’étais pas préparé parce
que tu n’as pas eu le temps ou parce que tu n’as pas compris. Mais il
est hors de question que je retourne dans mon pays sans un diplôme. Si je
me fais prendre je suis mort, alors je ne vais pas m’amuser à copier tous
les jours. Je ne suis pas très à mon aise, j’ai le cœur qui bat plutôt vite
et j’ai l’impression que tout le monde me regarde ; ça fait un peu peur,
mais quand tu ne sais pas comment faire d’autre tu le fais quand même. » (Témoignage
17)
• Internet et le plagiat
« Je pense qu’avec l’avancée
des moyens de communication (comme le chat, les SMS, les emails, internet),
un phénomène d’échange entre les élèves et la fraude ont sûrement augmenté
un peu. Il y a plus d’échange et aussi énormément plus d’informations. L’accès
est facile et accessible à tous et cela incite, à mon avis, la fraude dans
notre vie.» (Témoignage 6)
« C’est comme le téléchargement
de musique. Ce n’est pas parce que c’est possible de le faire qu’il faut le
faire. À nouveau c’est une question de conscience personnelle. Si on a envie
de tricher on le fera, internet ou non. » (Témoignage 11)
« Internet pour ses travaux,
c’est un peu comme si on avait la clé d’une superbe voiture qui roule à 200
et que la route est limitée à 50. C’est une incitation encore plus grande.
Je dirais que l’intention quand on plagie un texte qui est sur le net et quand
on télécharge de la musique est la même. On le fait pour contourner une règle.
» (Témoignage 12 )
« (Internet), ça rend les
choses plus simples, on communique plus vite et on a accès à des choses que
l’on n’aurait pas si internet n’existe pas. La vie est très facilitée, alors
que l’on sait bien que pour faire du bon travail ça prend du temps et de l’énergie.
Il faut réfléchir par soi-même et non pas se reposer sur ce que les autres
ont fait. Il devrait y avoir des barrières pour ne pas que tout le monde ait
accès a tout aussi facilement. Sans effort ce n’est pas vraiment du travail.
» (Témoignage 13 )
« Si on se trouve en présence
de quelqu’un qui à la base est peu scrupuleux et prêt à tout, alors là Internet
c’est du pain béni. C’est facile, rapide, à la portée de tous… ça augmente
la fraude pour ceux qui la pratiquaient déjà par le passé, ça peut inciter
ceux qui hésitent, mais ça ne change rien pour ceux que ça n’a jamais intéressés.»
(Témoignage 14)
« Sur Internet, tu peux
trouver beaucoup d’informations, les recopier facilement et oublier de dire
que ce n’est pas de toi.» (Témoignage 17)
• Les valeurs de la société et la morale personnelle
« Je pense qu’il y a en
effet moins de morale qu’avant, et peut-être aussi moins de respect. Certains
estiment que tout est dû, et contournent les règles sans remords. Ils se sentent
meilleurs, au-dessus des lois et du respect, et cela est pour moi bien plus
grave qu’une simple fraude à un examen. Ainsi dans les entreprises, il y a
aussi des fraudes, de la triche, et de l’abus. Dès qu’il y a un profit
quel qu’il soit à la clé, il y a compétition et c’est cela qui peut amener
à tricher pour atteindre des objectifs plus facilement ou alors plus rapidement.»
(Témoignage 6)
« La libéralisation des
marchés, l’accès facilité à l’information, les évolutions technologiques,
sont autant d’atouts pour atteindre frauduleusement les objectifs. Mais c’est
plus une question de valeurs personnelles que véritablement l’évolution de
la société en elle-même. » (Témoignage 11)
« Ce qui se développe surtout
c’est une certaine perte de valeurs. Il y a trop de comportements opportunistes,
menteurs, voleurs, irrespectueux, sans foi ni loi… Les délits se commettent
de plus en plus jeune. Qu’est-ce que c’est de tricher à un examen a 20 ans
quand à 9 ans on saccage son école ou alors quand a 15 on bat à mort un autre
enfant ? Ça ne représente rien. Dans les entreprises, c’est la loi du
moindre effort et puis la retraite est tard donc on essaie de se simplifier
la vie comme on peut. Mais honnêtement dire à ses enfants qu’on a triché à
une interro de latin à 15 ans je trouve ça moins pathétique que de dire” j’ai
volé le travail d’un collègue” à 45. » (Témoignage 12)
« Ce qui est incroyable
c’est que même les filles deviennent tricheuses. Avant je trouve que l’on
était plus respectueuses des règles. Les hommes ont toujours été plus enclins
à vouloir faire la compétition et à vouloir faire toujours mieux que leur
voisin et ça même si ça implique de frauder ou de faire quelque chose de pas
bien. Mais, les femmes semblaient avoir plus de morale et ça se perd. Les
jeunes en sont un bon exemple aussi. L’été on les voit sur les quais l’après-midi
à boire de la bière alors qu’ils ont tout juste 14 ans et personne ne leur
dit rien. C’est toute la société qui est à blâmer, comme si la décadence s’installait
sans que personne ne dise rien, ni ne s’y oppose. C’est pareil avec la morale,
qui sait encore ce que ce mot veut dire ?» (Témoignage 13)
« Dans toute société, il
y a toujours eu des tricheurs et des gens qui contournent les lois. Proportionnellement
le nombre de ces personnes est plus ou moins le même sinon on aurait droit
à une société plus que décadente. Cela dit, en valeur absolue il y en a évidemment
plus qu’il y a 100 ans. Ainsi dans les entreprises on parlera plutôt de « travail
à responsabilités ». On prend plus de risques et on encaisse les mauvais
coups quand il y en a alors en contrepartie quand il y a des bons coups à
jouer on s’approprie sans scrupule le travail des autres. Jeux à somme nulle,
c’est la vie.» (Témoignage 14)
« La morale, ça dépend aussi
des pays. Selon les pays, les valeurs de justice et d’honnêteté sont beaucoup
plus mises en avant alors que dans d’autres, elles existent, mais elles ne
comptent pas plus que ça. Dans mon pays, c’est considéré comme honteux de
tricher alors pour éviter que tout le monde se moque de toi, tu fais tout
pour qu’on te respecte. Alors, tu ne vas pas tricher, ça, c’est la mort, ce
qui est pire que tout, surtout dans mon village. (Ici) il y a de plus en plus
de tricheurs. Ou en tout cas, tu apprends plus facilement qui a fait quoi
et comment tu peux faire pour tricher. » (Témoignage 17)
• L’éthique du système et les normes en vigueur
« Les étudiants sont un peu livrés
à eux-mêmes. Quand on considère que les profs sont payés pour être présents,
donner des instructions précises, et faire un cours complet, ça me révolte !
D’un autre côté, ça oblige les élèves à se motiver, et à apprendre un maximum
de choses par eux-mêmes . » (Témoignage 6)
« A l’uni, il y a de plus
en plus d’étudiants et il est difficile de tout contrôler donc je pense que
ça se développe (le plagiat). Même si on n’a pas encore sombré dans un chaos
complet où l’anarchie règne. Comme toute institution scolaire, même si elle
intervient après la fin de la scolarité obligatoire l’université « éduque »
les élèves. Il est donc impératif qu’elle ramène à l’ordre les électrons libres
qui agissent sans morale et sans respect d’autrui. Car tricher c’est aussi
manquer de respect. … ça revaloriserait les titres dispensés en plus.
» (Témoignage 11 )
« Il faudrait plus contrôler,
parce que mine de rien en ce qui concerne le copier-coller, c’est pas très
compliqué de le faire. Il faut bidouiller un peu, mais c’est très jouable…
Donc il faudrait réfléchir de ce côté-là, essayer de mettre en place un système
qui serait plus difficile à contourner. » (Témoignage 12)
« C’est par l’université
que passent les cadres de demain et d’éventuels chefs d’entreprises. Alors,
comme toute institution publique, elle devrait les arrêter ou du moins les
remettre sur le droit chemin avant qu’il ne commence à agir de la sorte dans
la vie professionnelle. C’est très important, car après ce sont eux qui deviendront
la génération en place dans quelques années. » (Témoignage 13)
« Se débrouiller, ça fait
partie du cours des choses de la vie. Être un peu malin, ça doit aussi s’apprendre
et l’uni y contribue malgré elle. Mais je ne trouve pas que ce soit une mauvaise
chose, car on en retire d’autres compétences que des théories inapplicables
en réalité ou des théorèmes que l’on apprend sans pour autant en comprendre
un millième du raisonnement qui est derrière. Mais si l’université devait
agir, une seule solution : des sanctions monumentales. Il n’y a que ça
qui fonctionne. Dans les pays arabes, quand on vole on se fait couper la main.
Je t’assure que ça retient du monde ! Ici, c’est des procédures et du
blabla. Un peu plus d’action et moins d’administration. » (Témoignage 14)
«A l’université, il faut trouver
un meilleur moyen de coincer les élèves. Oui ça ferait une société meilleure.
Si j’étais professeur, je punirais très sévèrement (les fraudeurs) car c’est
comme s’ils avaient trahi ma confiance. Peut-être même que je les expulserais
de mon cours. » (Témoignage 17)
4. Profil D : le manipulateur
|
L’étudiant
de type « manipulateur» va se fier à ses propres valeurs, lesquelles
le justifient à ses yeux. Son problème principal est qu’il ne sait plus
s’il y a ou non des normes institutionnelles ou si elles ont un sens
dans la société. Il risque de ne jamais s’intégrer et d’usurper ses
diplômes. Mais comment faire le lien entre nos valeurs et les normes
en place et les lui inculquer ? |
Deux étudiants de l’échantillon se situent dans cette catégorie.
• Pourquoi plagient-ils?
« On n’a pas forcément le
temps de rendre tous les travaux dans les délais, donc le fait de reprendre
un travail qui a déjà été écrit peut grandement faciliter la tâche. Cela me
permettant d’avoir de bonnes notes et cela a contribué à ma réussite globale.
Ça ne m’a jamais empêché de dormir la nuit, car en fin de compte tout le monde
le fait. Je sais pertinemment que ce n’est pas bien, mais je l’assume. Il
est délicat d’en parler entre amis, car comme le dit si bien le proverbe « qui
vole un œuf vole un bœuf », donc admettre que l’on a plagié pourrait
amener ceux à qui vous le dites à penser que vous avez énormément (fait).
Donc, non je n’en parle pas avec mes amis. » (Témoignage 7)
« Ben comme je te dis. Il
y a des trucs à faire dans beaucoup de branches et si tu essaies de rester
un petit peu à niveau, ben reprendre ce qui a déjà été c’est très pratique.
En plus, faut pas oublier quand on est étudiant on nous le répète assez que
c’est la plus belle période de notre vie alors faut trop en profiter. Si tu
fais tout ce qu’on te demande, ben tu ne profites de rien. Tu passes ton temps
à bosser ou à lire et c’est pas très cool. » (Témoignage 18)
• Internet et le plagiat
« Les informations sont
plus accessibles sur Internet, mais la décision de tricher reste à celui ou
celle qui décide de le faire. Ce n’est pas parce qu’une voiture peut aller
à 200 km/h que l’on doit forcément s’en servir de la sorte. On peut aussi
profiter du confort de conduite offert, sans pour autant enfreindre les règles.
» (Témoignage 7)
« Ben, (Internet) ça nous
permet de trouver plus d’infos et parfois de trouver des travaux qui ont déjà
été faits sur le même sujet. Ça facilite pas mal la vie. » (Témoignage 18)
• Les valeurs de la société et la morale personnelle
« La société actuelle est
beaucoup plus libérale qu’avant. On réprime moins souvent et moins facilement.
Il y a plus de monde qui étudie et pourtant moins de professeurs par élève,
il est donc compréhensible que ces derniers aient plus de mal à tout contrôler
et à tout surveiller. Tout le monde triche au moins une fois au cours de ses
études, alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin quand on va en entreprise ?
Mais il faut préciser qu’il y a différents niveaux de triche. Certaines s’en
mettent vraiment plein les poches sur le dos des autres, alors que d’autres
sont juste pas corrects. » (Témoignage 7)
« La morale de toute façon
c’est un truc très élastique. Pour certains c’est très petit et pour d’autres
c’est très large, alors c’est difficile de dire. Le type qui débarque de l’autre
bout du monde, genre le pays où les unis sont trop nulles ou pas connues et
qui doit s’intégrer c’est pas vraiment simple. Ca j’en ai déjà croisé. Mais
d’ailleurs, ils sont toujours très utiles ces gars parce qu’ils sont toujours
au courant des bons plans et ils peuvent te filer des bons tuyaux. Imagine
tu connais à peine la langue et tu te retrouves parfois un peu largué, alors
bon la tentation est grande. Et puis, en plus, dans certains pays, ils n’ont
parfois pas tellement la même conception de l’honnêteté que nous. » (Témoignage
18)
• L’éthique du système et les normes en vigueur
« Maintenant, les élèves
sont des numéros et il semble que l’on tende à déshumaniser le système tant
scolaire qu’ailleurs. Ce qui permet une plus grande liberté d’action sans
que personne ne remarque tout de suite une éventuelle erreur, triche ou autre.
Ainsi, je pense qu’un professeur devrait adapter ses méthodes de contrôle
à l’évolution de la taille des classes et surtout à l’évolution des moyens
de recherches dont internet est le premier « danger ». On pourrait
tout à fait envisager d’avoir plus d’assistants ou de créer une équipe spéciale
chargée de comparer des morceaux de documents rendus avec les textes disponibles
sur internet. En clair, il faudrait élargir les correcteurs, ce qui reviendrait
à resserrer les mailles du filet. » (Témoignage 7)
« Si j’étais prof., je surveillerais
de très près tous les travaux que je reçois, genre faire des recherches sur
internet avec des morceaux de phrases… Mais je suis pas complètement abruti
non plus alors je reprends pas tel quel, je fais un peu de paraphrases. Mais,
bon, c’est vraiment pour pas qu’on puisse retrouver le texte facilement sur
internet. Ne faut pas croire, on fait quand même un peu attention. Parfois
tricher prend tellement de temps que c’est comme si on avait fait le travail
alors là ce serait vache de se faire coller alors qu’on a passé autant de
temps que quelqu’un qui a fait le travail . » (Témoignage 18)
5. Profil E : le fraudeur
|
L’étudiant
de type « fraudeur» va se fier au résultat de ses actions/risques
en étant indifférent au système et aux autres. Il se vante même avec
satisfaction de son comportement. Le risque véritable est qu’il profite
de Bologne et qu’il se joue du système : il est passé par ici,
il repassera par là. Comme il s’agit bien de le sanctionner sans aucune
ambiguïté comment le détecter à moindre coût, humain et financier, pour
l’exclure formellement ? |
Deux étudiants de l’échantillon se situent dans cette catégorie.
• Pourquoi plagient-ils?
« J’ai souvent eu recours
au travail des autres, car dans ma branche le nombre de rédactions et de/rapports
est très élevé et, dû au manque de temps pour les rendre dans les délais,
nous sommes obligés de frauder un jour ou l’autre afin de respecter le temps
dont on dispose. Le système nous pousse à recourir à cette technique. Je suis
plutôt détendu, je travaille souvent en collaboration avec un autre étudiant
et nous avons une sorte de réseau d’anciens fraudeurs. Nous disposons d’une
petite base de données nous permettant de chercher aisément les documents
nécessaires. L’habitude fait que je me sens moins stressé. D’ailleurs, le
fait d’être « si bien organisé » a parfois impressionné certains
camarades et, avec les filles, ça donne un petit côté ” bad boy ”.
On arrive à répertorier de plus en plus de documents dans notre base de données.
Et il y a de plus en plus de personnes intéressées. » (Témoignage 3)
« Je fais ça parce que
c’est la facilité. On perd moins de temps et puis ça ne change rien. On peut
faire d’autre chose à la place et puis on a une bonne note quasi assurée sans
trop se prendre la tête. Rares sont les fois où tu te fais attraper, alors
pourquoi faire autrement quand tu as un bon plan. Quand je l’ai fait, ce n’était
pas juste pour 3 lignes. Quand tu fais quelque chose, soit tu le fais bien
et jusqu’au bout, soit tu ne le fais pas. Et je me fiche un peu du prof de
manière générale. Ça dépend plutôt de mon emploi du temps et de mon humeur.
» (Témoignage 19)
• Internet et le plagiat
« Grâce à Internet, en 2
mois j’ai rédigé mon mémoire de doctorat, enfin d’autres l’avaient fait pour
moi, je n’ai fait que réunir les informations… Le fait de savoir que les personnes
dont je recopie le document ont eu une note correcte me rassure sur le fait
que moi aussi je peux m’en sortir avec le même travail, sans trop d’effort.
La vie est belle, il y a tellement de choses dont il faut profiter alors pourquoi
perdre du temps pour rendre des travaux. Je préfère sortir avec mes potes.
» (Témoignage 3)
« Avec internet c’est beaucoup
plus facile. Avec quelques clics, on a accès à des documents de la terre entière.
Si tu as le temps tu fais un petit mix et voilà, tu as un nouveau document
fait maison . » (Témoignage 19)
• Les valeurs de la société et la morale personnelle
« S’il y a moins de morale
qu’avant ? Je ne sais pas, je ne me suis jamais posé la question. Je crois
que de toute façon ça ne change rien. Il y a toujours des gens qui veulent
être plus malins que les autres. Ça, ce n’est pas nouveau. » (Témoignage 3)
« Dans les entreprises,
c’est pareil. Il y a toujours des documents internes existants ; tu reprends
des trucs par-ci par-là et puis le tour est joué. Mais simplement là si tu
fais partie des gens dont une partie du travail a été plagiée et que celui
qui t’a volé ton travail est ton supérieur ou n’importe qui au-dessus de toi,
tu as meilleur temps de te taire… Alors, la morale… on voit tous les jours
que pas tout le monde ne partage la même conception. Je ne sais pas si ça
vient forcément de l’origine ethnique, mais d’un pays à l’autre c’est parfois
très différent. (Témoignage 19)
• L’éthique du système et les normes en vigueur
« La plupart des cas, les
profs liront à peine ma thèse de doctorat. Alors que ce soit moi ou un autre
qui l’a écrite, qu’est-ce ça change ? A mon sens, pas grand-chose. Oui,
ce n’est pas bien ce que l’on fait. Mais dans un sens tout le monde le fait !
Alors si on coinçait tous les fraudeurs, on ne donnerait même pas la moitié
des diplômes que l’on donne à l’heure actuelle. Il est difficile de trouver
des moyens de tester qui conviennent à tout le monde. On est très nombreux
par session alors, je pense que ce que la façon d’être évalué par écrit est
bonne. » (Témoignage 3)
« Chez nous on a un système
beaucoup trop lourd. Il y a trop de procédures. On essaie toujours de trouver
des brèches dans les lois pour les contourner. Comme si certaines personnes
passent plus de temps à mettre au point des stratagèmes pour la contourner
plutôt que de faire les choses simplement. » (Témoignage 19)
II. La responsabilité
académique, selon les étudiants
Dans la seconde partie de
ce rapport, nous décrivons comment les étudiants jugent la responsabilité
de l’université vis-à-vis du plagiat en fonction de leur manière d’envisager
leurs relations aux professeurs, au système d’évaluation des connaissances
et aux moyens de contrôle et sanctions à mettre en œuvre (cf. fig.3).
L’analyse des écrits des
professeurs montrait que ces derniers avaient de la difficulté à définir clairement
la différence entre «la copie », « la triche », « le plagiat »,
et « la fraude ». Les étudiants, quel que soient leur profil, n’ont
pas d’état d’âme. Pas davantage qu’ils n’en n’ont dans leur relation avec
leurs professeurs quand il s’agit de plagiat : il n’y a pas de lien.
Que les professeurs se rassurent.
Cela ne signifie pas que les étudiants manquent d’estime à leur égard. Mais
il semble que la relation académique entre le professeur qui prodigue des
connaissances, l’évaluation des connaissances acquises et le contrôle et l’application
de sanction ne soit pas claire.
C’est peut-être cette première
forme d’ambiguïté qui doit attirer notre attention.
Fig. 3 Les responsabilités
académiques
1. L’étudiant et le professeur
Alors que les professeurs
faisaient preuve d’une certaine émotivité face au problème de plagiat, se
sentant parfois trahis par les plagiés dans leur confiance, les étudiants
(à une exception) ne font aucun lien entre l’estime qu’ils portent au professeur
et le fait de pratiquer le plagiat.
• Le non plagieur
« Les sanctions me retiennent vraiment et
aussi le fait de devoir accepter que je ne sois pas capable de faire les choses
par moi-même. Ce n’était pas très valorisant, même plutôt le contraire. Quand
j’ai plagié, c’était un peu comme si mon travail se résumait aux paragraphes
que j’avais copié, plus rien d’autre n’avait d’importance, je m’imaginais
que ces quelques lignes allaient sauter aux yeux de mon prof et que ce serait
la fin pour moi. » (Témoignage 4)
« J’ai pas mal de respect pour certains de
mes profs et je me sentirais extrêmement mal si je trichais avec eux. Je me
sens comme si je devais tenir un comportement exemplaire et même si, quand
je triche je le cache au mieux, j’ai toujours le sentiment qu’avec eux ça
ne passera pas. Je pense que c’est plutôt un problème psychologique et un
blocage que je fais, parce qu’en fin de compte, que ce soit eux ou des autres,
ils ne s’en rendent pas compte. C’est comme si j’avais un certain lien de
confiance invisible qui s’est créé et j’aurais le sentiment de le rompre.
Comme si j’avais passé un contrat et que je ne le respectais pas. » (Témoignage
9)
« Certains profs s'occupent de leurs propres
affaires et ne prêtent aucune attention à ce qui se passe. Il y a des profs
détestés avec lesquels on a plus envie de tricher juste pour avoir le sentiment
de les « avoir » au final sans se faire prendre. » (Témoignage 16)
• Le bricoleur
« Le professeur en tant que tel est totalement
indifférent à ma décision de frauder ou non. Il s’agit de la matière et de
mes capacités et volonté de travail relativement à cette matière, mais en
aucun cas la personne qui donne le cours. » (Témoignage
1)
« Peu importe le prof, même s’il est fort
sympathique. Mais si le sujet est des plus ennuyeux, il y a plus de chance
que je fraude qu’ailleurs. Cela dépend souvent de la matière et de mon emploi
du temps. » (Témoignage 2)
« Quand j’aime bien certains profs, j’aurais
tendance à avoir plus de respect et d’estime et donc à vouloir faire de mon
mieux, mais si je vois que malgré tout je bute, je risque de faire appel aux
talents de quelqu’un d’autre. Le fait d’avoir une plus grande chance de me
faire attraper pourrait me retenir, par exemple si tout à coup le nombre de
personnes « condamnées » pour fraude devenait de plus en plus important.
» (Témoignage 5)
« Il y a aussi certains profs que je tiens
en très haute estime et je pense que j’aurais le sentiment de les décevoir
ou de tromper leur confiance si j’avais recours à la triche. Donc, dans la
mesure du possible, je m’abstiens. Mais, si je suis vraiment à la bourre,
désolé… , je rassemble tout ce que j’ai pu trouver sur le sujet et je commence
ma découpe. Je trie entre ce qui peut m’être utile et le reste. Donc, en
premier lieu, j’effectue une sorte de recherche, ensuite je trie et pour terminer
j’assemble. Une fois que cela est fait, je commence l’ultime étape, la plus
importante en fin de compte, la relecture. » (Témoignage 8)
« Le prof est parfaitement indifférent là-dedans.
Je ne vois pas pourquoi je ferais du favoritisme. C’est plus en fonction
du sujet et de la matière enseignée que de l’enseignant lui-même. Je n’en
suis pas encore au mémoire et je dois t’avouer que le prof avec lequel je
vais le faire est un vrai maniaque qui vérifie chaque virgule que tu mets
et c’est tout juste s’il ne te demande pas pourquoi tu écris en caractère
12 au lieu de 14. Donc, je vais tout de même avoir peur de me faire choper.
» (Témoignage 10
• Le tricheur
« Si je respecte
le prof et que son cours me plaît beaucoup, j’aurais plus de peine à frauder.
Cela serait comme tromper sa confiance. Par contre, dans le cas contraire,
avec un prof qui montre moins d’enthousiasme et avec qui je n’ai pas d’affinités
particulières, la fraude serait plus évidente. Mais quand je fraude je le
fais toujours soit : manque de temps, trop de travail au même moment
ou alors si je ne suis pas du tout attirée par le sujet et que je dois quand
même m’y soumettre. » (Témoignage 6)
« Après je me sens
un peu mal vis-à-vis du prof, alors si c’est en plus quelqu’un que je respecte,
ça me met encore plus mal à l’aise, même si lui ne sait pas que j’ai triché.
Il ne faut pas croire, ce n’est parce que l’on triche que l’on a pas de morale
ni de conscience. » (Témoignage 11)
« Certains profs sont
plus clairs que d’autres et arrivent mieux a se faire comprendre. D’autres
ont plus de peine ou alors ne veulent pas s’en donner. Car il y a en a aussi
qui balancent les infos et ensuite c’est « faîtes votre boulot »,
on ne sait pas exactement lequel. Alors, ce qui compte c’est le travail et
le sujet, le prof ne rentre pas en ligne de compte. Je préfère la paraphrase
qui n’est pas vraiment de la triche et ça amène forcément à travailler un
peu plus, parce qu’il faut intégrer, modifier, reprendre…etc. donc ça implique
qu’on y travaille un peu. » (Témoignage 12)
« Le prof ?
C’est égal. L’autre fois où je n’ai pas vraiment fait le travail tout seul,
c’était dans une autre matière que j’aimais bien d'ailleurs, mais j’étais
super en retard et mon copain était de passage pour le week-end, alors bon
il faut avoir des priorités. » (Témoignage 13)
« Le professeur
m’est parfaitement indifférent. La matière est en revanche importante, certaines
sont plus difficiles que d’autres et il y a plus à retenir. C’est plus une
question de ma moyenne dans la branche concernée que du professeur. » (Témoignage
14)
« Un plus grand
risque de me faire attraper me retiendrait peut-être plus. Moins on a de temps
pour se préparer plus on est tenté par trouver un autre moyen. quand je ne
sais pas alors le professeur m’est totalement indifférent.» (Témoignage 17)
• Le manipulateur
« Il y a des profs
qui sont de véritables « bibliothèques ambulantes », ils ont
des connaissances tellement vastes qu’il serait vraiment très très risqué,
voir même suicidaire ou stupide de tenter de les tromper. Avec ceux-là, même
si je suis un peu en retard, je préfère essayer de m’arranger pour obtenir
un délai supplémentaire ou écourter mes nuits avant de devoir rendre ma copie
plutôt que de prendre le risque de me faire prendre. D’un autre côté, il y
a d’autres professeurs qui tout comme leurs élèves semblent disposer d’aussi
peu de temps pour corriger les copies qu’ils en ont laissé aux étudiants pour
rédiger lesdites copies. Ainsi, ils ne prennent pas vraiment le temps de relire
avec attention les écrits qu’ils ont recueillis, laissant ainsi à un travail
recopié plus de chance de passer entre les mailles du filet. J’admets, que
si je dois copier, je le ferais beaucoup plus facilement avec la 2e catégorie.»
(Témoignage 7)
« Le prof, ça m’est
égal. Ça dépend surtout de la matière. Il y en a où je ne pige pas grand-chose,
alors là j’ai plus de risque de tricher que dans un sujet que je maîtrise
mieux. Ne rien comprendre dans une matière, ça, c’est la dèche. Sinon, je
ne vois pas trop ce qui me retiendrait. Tu sais quand tu es dans un cas d’extrême
urgence, à part peut-être la peine de mort, tu tentes le tout pour le tout.
» (Témoignage 18)
• Le fraudeur
« Je fraude et
peu importe le prof. Comme il s’agit d’un jeu, ou alors de vouloir gagner
du temps, la personne qui donne le cours ne change rien. C’est amusant et
c’est rentable. Je n’ai pas besoin de faire preuve de beaucoup d’imagination,
les autres en ont pour moi. Je sais que l’on peut commander (le mémoire) et
les recevoir par courrier, mais ça coûte cher. Je préfère aller les chercher
moi-même et je m’assure ainsi de la qualité. De plus, les gens qui achètent
les documents sans les chercher eux-mêmes manquent vraiment d’imagination.»
(Témoignage 3)
« En fait, je me
fiche un peu du prof de manière générale… Mais c’est rare que tu triches tout
seul dans ton coin. On se fait profiter les uns les autres des bons plans.
Comme ça si toi tu as partagé, on te renverra l’ascenseur.» (Témoignage 19)
2 . L’étudiant et l’évaluation des connaissances
Les étudiants en appellent
tous à un raffermissement du système universitaire qui est le leur et que,
in fine, ils paraissent respecter.
Il nous faudra sans doute
rappeler nos valeurs de création et de diffusion de connaissances, et affirmer
notre volonté de promouvoir l’égalité des chances et le mérite individuel.
Et il s’agirait en premier lieu de renforcer la croyance en notre instrument,
la norme d’évaluation des connaissances acquises, en insistant sur un traitement
d’équité.
• Le non plagieur
« Ce n’est pas juste que certaines personnes
puissent obtenir des notes meilleures que d’autres, voire même aller jusqu’à
obtenir leur licence en ayant triché alors que s’ils avaient dû travailler
par eux-mêmes ils n’auraient certainement pas réussi. De ce point de vue,
si les fraudeurs ne sont pas arrêtés on ne peut pas vraiment parler d’égalité.
Je me suis un jour fâché avec un ami qui soutenait que sous prétexte que tout
le monde le faisait il n’y avait aucun mal à tricher. » (Témoignage 4)
« Les grands examens écrits
ne favorisent pas vraiment l’apprentissage en lui-même, mais plutôt ceux qui
ont la chance d’avoir une grande mémoire. Je pense qu’il serait judicieux
d’introduire plus d’évaluation sur la pratique, le lien que l’étudiant est
capable de faire entre, ce qu’il a appris dans les livres, et concrètement
ce qu’il vaut une fois lâché dans la nature. Parce que c’est ce qui nous attend
tous, enfin presque. Un jour où l’autre on arrive dans la vie active. » (Témoignage
9)
« Tu penses que les gens trichent parce que les
consignes sur ce qu’ils doivent faire ne sont pas claires ? Eh bien laisse-moi
te dire que ceux qui osent venir prétendre cela sont de sacrés hypocrites.
Bien sûr, l’uni c’est plus la maternelle, donc on ne te prend pas par la main
pour te montrer comment chercher, où chercher, comment rédiger, les erreurs
à ne pas commettre… Alors, l’information pour les tricheurs… Je ne discuterais
pas. Tous dehors ! Si à 20 ans on se comporte en resquilleur, j’ose
à peine imaginer ce que ça donne à 40 !» (Témoignage 11)
« Le système de l’uni, ce n’est pas toujours
juste, mais c'est inévitable. Et puis ce n'est pas à la société, à l'État
à l'Uni de se substituer ou de faire les frais d'un problème qui devrait être
abordé bien plus tôt. Il faudrait des leçons de vie tout au long de l'école
depuis les classes primaires. De manière à t'apprendre à réfléchir sur le
POURQUOI des choses. Ça t'aiderait à mieux te connaître toi-même et ça aiderait
à te construire moralement, aussi si tes parents ont démissionné à ce niveau-là
et s''ils t'ont laissé faire ce que tu voulais. La culture est
la base de toute société. Sans éducation pas de structures. Sans structures,
tu n'as plus que la loi de la jungle pour exister donc la triche et le mensonge
pour tenter de survivre. Si tes parents n'ont pas joué leur rôle au niveau
de l'éducation, un élève devenu étudiant ne peut pas apprendre et devenir
un adulte, car il n'a pas de conscience. » (Témoiågnage 16)
• Le bricoleur
« Maintenant, le type d’examen
peut ne pas s’avérer « intelligent », par exemple, faire apprendre
un livre ou des pages de polycopié sans pour autant demander à l’étudiant
de comprendre (mais bêtement d’apprendre) n’est pas équitable. On favorise
ceux qui ont de la facilité pour retenir des concepts sans pour autant tester
qui les a compris de sorte à les appliquer dans diverses situations. On voit
beaucoup de professeurs qui se permettent de faire des polycopiés en photocopiant
les ouvrages d’autres auteurs. Est-on sûr que cette pratique qui est donnée
en exemple aux élèves est exemplaire en elle-même ?» (Témoignage 1)
« Pour commencer, il serait judicieux d’avoir
une sorte d’uniformisation des examens, peu importe les matières enseignées.
S’il s’agit d’emmagasiner des infos sans pour autant en comprendre le quart
de la moitié, certains auront des très bons résultats sans pour autant avoir
compris quoi que ce soit ! Et cela, je défie n’importe quel prof dont
l’examen est de cette forme de venir me prouver le contraire (sur la base
des copies rendues, bien évidemment…). C’est triste à dire, mais rares sont
les examens intelligents. » (Témoignage 2)
« Je juge le système d’évaluation assez
équitable à l’université. On doit bien avoir des examens, ceux-ci sont dans
la continuité de ceux que l’on a passés auparavant au collège. La plupart
des étudiants sont à l’uni/ou en études pour apprendre quelque chose
(enfin, j’imagine !). Parfois on peut avoir recours à certaines aides,
à certaines sources d’inspiration, et je tolère ces écarts. Par contre, quand
la triche remplace la connaissance, ainsi que l’apprentissage réel, là je
pense que c’est inadmissible ! » (Témoignage 6)
« Tricher à un examen de fin d’année relève
de l’exploit ! On a des pages et des pages à lire et « les »
examens de fin d’année se soldent souvent par UN examen regroupant le tout.
J’ai de la peine à concevoir que l’on puisse tricher. Si vous devez lire 2000
pages et que vous ne les avez pas lues, à moins d’avoir la science infuse
ou alors d’avoir été étudiant en xxx dans une vie antérieure, à vous la sale
note. Je pense honnêtement que dans ma branche en dehors des rapports - et
ça dépend dans quelle branche et de l’ampleur du travail qui nous est demandé
- la fraude reste difficile. » (Témoignage 8)
• Le tricheur
« Des fois, c’est vraiment n’importe quoi,
genre on nous donne un sujet et puis « débrouillez-vous, faîtes ce que
vous voulez vous êtes libres » cela dit j’ai appris que la notion de
liberté pour un professeur en ce qui concerne ces élèves ne concorde pas forcément
avec celle du dictionnaire. Vous avez donc préparé le travail comme vous l’avez
voulu et vous le présentez et puis à la fin le prof vient faire le cours après
le cours avec des remarques genre, vous auriez pu ou du faire ça ou ça, alors
qu’au moment où on était un peu perdu et qu’on lui avait demandé quelle direction
prendre la réponse était toujours, comme vous voulez… Alors des fois, le « comme
vous voulez » sous-entend, faîte-le comme si c’était MOI qui le faisais
et non pas comme VOUS le souhaitez. Donc ça peut pousser à tricher en effet.
» (Témoignage 11)
« Le système d’évaluation à l’uni n’est
pas équitable, pas toujours. Je trouve que l’on ne nous fait pas assez « réfléchir ».
On nous fait bêtement apprendre et retenir plein de notions, mais en concret
qu’est-ce qu’on en retient ? Pas grand-chose. L’uni devrait plus nous
apprendre des façons de penser ou des façons pour analyser un problème, nous
forger un œil critique. J’ai plus l’impression qu’on est des gentils perroquets
et qu’on nous fait réciter la leçon sans véritablement nous la faire apprendre.
Et en ce sens, c’est inéquitable, car certaines personnes ont vraiment bonne
mémoire et sont avantagées alors qu’elles n’ont pas forcément mieux compris.
» (Témoignage 12)
« Des fois, c’est vrai que l’on ne sait pas
vraiment ce que l’on doit faire exactement. Mais, souvent, les assistants
sont aussi là pour nous aider. Le problème c’est que dans la plupart des cas,
ils ne sont pas de langue maternelle française et du coup ils ne comprennent
pas toujours ce qu’on leur demande ou les questions qu’on leur pose... . »
(Témoignage 13)
« Si certaines personnes trichent parce qu’elles
n’ont pas compris les consignes c’est un tout petit peu énorme. C’est comme
si je roule à 260 sur l’autoroute et que si on m’arrête je dis que je n’avais
pas compris ce que voulait dire le panneau de limitation de vitesse. Des fois
certaines choses sont peu claires, soit, mais on a toujours la possibilité
de demander plus de précisions. » (Témoignage 14)
« Des fois, c’est vrai qu’on ne comprend
pas tout et puis en plus quand tu es étranger et que tu ne parles pas très
bien le français c’est plus dur de tout suivre. Ca va vite et il y a des choses
qui ne sont pas dites clairement, mais qui sont implicites alors ça des fois
je comprends pas. » (Témoignage 17)
• Le manipulateur
« Oui, je ne vois pas d’inégalité. À part
les questions orales où il y a un certain facteur chance au moment de tirer
l’énoncé. Parfois, les consignes ne sont pas très claires. Mais il faut avouer
qu’en tant qu’étudiant on ne va pas forcément aller pour autant demander des
explications supplémentaires… Ça nous arrange un peu, de penser que ce n’est
pas clair afin de justifier une obtention frauduleuse des informations. »
(Témoignage 7)
« Parfois les profs pourraient être un peu
plus clairs et prendre plus de temps pour expliquer certains trucs. On n’est
pas forcément tous des petits génies. Mais bon on a pas trop le choix, il
faut s’adapter et puis c’est tout. Sinon il y a toujours eu pas mal de gens
qui trichent, enfin moi j’ai toujours connu des gens qui trichaient, déjà
à l’école primaire. Tu vois, ça fait il y a longtemps. Maintenant, te dire
s’il y en a plus qu’avant, sérieux je n’en ai aucune idée. » » (Témoignage
18)
• Le fraudeur
« Je reste convaincu que les rapports inutiles
et sans intérêt que l’on doit impérativement rendre à l’université seront
inexistants dans mon futur travail, car dans la vie professionnelle on agit,
on ne doit pas analyser des théories pas possibles. Donc, je ne vois pas de
raison de tricher dans une entreprise, car le type de travail à accomplir
n’est plus le même. Maintenant, le monde recherche la facilité, nous vivons
dans une société de consommation, on prend, on jette. La loi du moindre effort
est en plein essor. On nous demande de plus en plus de travail en moins de
temps, alors il faut trouver des solutions. C’est ce que je fais et je le
fais même pour les autres. » (Témoignage 3)
« Si les profs lisaient déjà intégralement
et avec soin les dossiers qu’on leur rend, ils pourraient en arrêter bien
plus (de fraudeurs). On nous fait écrire des pages et des pages, c’est déjà
long quand on doit les écrire, mais après il faut aussi les lire. Ce n’est
pas possible que les profs les lisent vraiment, sinon je t’assure qu’il n’y
aurait pas autant de diplômés. » (Témoignage 3)
3 – L’étudiant, le contrôle et les sanctions
Contrairement à nos présomptions, les étudiants
sont apparus bien plus conservateurs que les professeurs en matière de répression
du plagiat, et ce quel que soit leur profil (sauf le profil fraudeur). Ils
en appellent à des sanctions fermes en cas de plagiat avéré.
Notre responsabilité, certes, est bien d’être
en mesure de conduire tout plagieur devant la réglementation afin que la faute
soit justement et sévèrement punie.
Mais ce qui nous semble intriguant est le peu
de place que prend le dialogue et la communication comme moyen de réduire
la fraude. Tout se passe comme si l’étudiant était gêné que le professeur
soit au courant et intervienne directement dans leurs pratiques.
• Le non plagieur
« Il faudrait trouver un système plus performant
pour coincer les fraudeurs et les punir avec des sanctions très fortes. Mais
comment exactement, je n’en ai aucune idée. Un professeur peut-être plus tolérant
à l’égard d’un élève, car il le connaît ou il l’apprécie, cela entraverait
son objectivité dans le choix de la sanction. Mais un doyen ou un recteur
se doit d’être tranchant et ferme. » (Témoignage 4)
« Il faudrait instaurer de meilleurs systèmes
de corrections et de vérification. Le but étant de s’assurer que celui qui
a rendu un travail en est vraiment l’auteur, de A à Z. Ca demande certainement
beaucoup de moyens et plus de personnes, mais dans le fond s’ils veulent vraiment
mettre un frein à cette tendance, il faut frapper fort. À mon avis, ça doit
valoir la peine de déléguer plus de monde sur ce genre de tâche, une sorte
de comité de contrôle. Ce serait une sorte de poste à mi-chemin entre prof
et quelqu’un qui travaillerait dans n’importe quelle administration. On devrait
coincer tous les fraudeurs, sans distinction. Beaucoup plus simple à mettre
en œuvre, on ne trie pas. Vous avez fraudé ? Merci, suivez-moi. Par ici
la sortie. » (Témoignage 9)
« Je dirais plus de sanctions, car c'est
comme pour les limitations de vitesse. Sans sanction, pas d'autorité. Si ça
ne te touche pas personnellement, tu t'en fous complètement. Tu prends la
communication faite sur le tabac, il n'y a que quand ça devient vraiment répressif,
c'est-à-dire que l'on t'interdit de fumer dans un endroit que tu t'y plies.
Si j'étais prof, quand je « choppe » un tricheur, je lui demanderais pourquoi
il a triché, sa motivation. Dans un premier temps, je tenterais de le moraliser,
mais selon son éducation et son vécu je lui redonnerais une chance, une dernière.
S'il ne la saisit pas, je l'exclurais définitivement avec une sanction lourde.
» (Témoignage 16)
• Le bricoleur
« Les sanctions sont connues de tous et celui
qui prétendrait avoir triché en pensant qu’il n’était pas punissable ou passible
de sanctions serait, à mon avis, un menteur. Alors, je pense que l’université
devrait, idéalement, coincer tous les fraudeurs, la fraude est un véritable
fléau auquel il faut remédier le plus rapidement possible. A ce titre la lourdeur
des sanctions éventuelles est très importante, mais surtout on devrait mettre
plus de moyens en œuvre pour l’éliminer. » (Témoignage 1)
« Le phénomène prenant une telle ampleur
qu’il faudrait presque envisager d’avoir un bureau avec des personnes qui
ne s’occupent que de cela : comparer les travaux avec ce que l’on trouve
sur internet. De la même façon qu’ils le font aujourd'hui, mais avec une plus
grande intensité et surtout, surtout, appliquer les sanctions sans distinction
de « taille de recopiage ». Et puis une chose qui pourrait être
bien c’est d’aviser tous les étudiants par voie officielle des cas sanctionnés.
Trop souvent, on entend des bruits de couloirs comme quoi telle ou telle personne
a été expulsée ou autre. Pour nous, ce ne sont que des ouï-dire, il n’y a
rien de concret. » (Témoignage 2)
« A l’heure actuelle, les étudiants sont
au courant de ce qui pourrait leur arriver s’ils se font prendre, mais ça
ne les affecte pas plus que ça. Il faudrait plus les sensibiliser sur les
peines encourues en montrant des personnes qui ont été attrapées et condamnées.
Il faudrait donner plus de corps à cette information. On a un peu le sentiment
que ça touche les autres, mais pas nous. Après il reste à voir quelle peine
appliquer à quel délit en fonction de sa nature et de son ampleur, mais en
ce qui concerne la condamnation, elle doit être pour tous les coupables. »
(Témoignage 5)
« Il faudrait peut-être
plus de communication, des colloques ou alors des séances. Ou bien les profs
pourraient en parler plus qu’ils ne le font dans les cours. Mettre en avant
les conséquences et donner des exemples de personnes à qui c’est arrivé (d’être
pris comme fraudeur). La preuve par l’exemple est quelque chose qui marche
pas mal. À l’ère du tout est possible, on devient un peu comme Saint-Thomas :
il faut voir pour croire. Si j’étais prof et que je prenais un tricheur,
ce serait : expulsé. Il n’y a pas de raison qu’il y en ait qui rament
comme des fous pour apprendre, lire et autre pendant que certains qui ont
triché et qui, en plus, se sont fait prendre ont une seconde chance de mieux
recommencer… » (Témoignage 8)
« On pourrait faire plus
d’information à l’uni. On sait que l’on risque l’expulsion, mais je crois
avoir entendu qu’il y avait eu plusieurs cas, mais c’était plus des bruits
de couloir. Il devrait plutôt y avoir des séances, ou alors les profs pourraient
en parler en cours et donner des exemples concrets. Je pense que ca pourrait
peut-être être plus parlant. (Témoignage 10 )
• Le tricheur
« J’essayerais
de me montrer équitable avec tous, d’imposer certaines règles de base très
claires dès le départ et de m’y tenir. Si l’université devait appliquer certaines
sanctions, j’espère qu’elle le ferait plutôt contre des fraudeurs « récidivistes »
que contre les « petits fraudeurs ». Tout le monde a sûrement triché
à un moment donné ou à un autre. Il faut savoir quand on peut, quand c’est
toléré ou quand c’est exagéré ; là, l’université devrait agir !
La punition est très importante et il faut l’appliquer. » (Témoignage 6)
« Il faudrait peut-être
aussi plus en parler, parce que je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un sujet
tabou, mais ce n’est pas quelque chose dont on est clairement informé. On
sait que l’on risque l’exmatriculation pour avoir triché, mais personne n’est
jamais vraiment venu nous faire peur en nous en parlant de sorte à tuer toute
envie de fraude dans l’œuf. Si j’étais le Recteur, je serais très sévère sur
l’application des sanctions, car si on n’est pas strict dès le départ on perd
souvent beaucoup du respect et de la crédibilité des gens. Au niveau des professeurs,
je serais tout de même un petit peu modéré sur ce que j’appelle de la triche.
Paraphraser quelques lignes d’un travail qui a déjà été rédigé consiste en
une certaine forme de fraude, car l’élève n’a pas cherché lui-même ce qu’il
devait écrire, mais il n’a pas non plus pompé un travail complet. Donc, le
degré avec lequel c’est fait pourrait entraîner un peu plus de tolérance de
ma part. L’essentiel est de fixer un cadre dès le départ et de s’y tenir. »
(Témoignage 11)
« Pondérer. Cela
dépend du type de triche. Moi je ne pense pas que je serais très méchant.
Je classerais les actes par catégories et selon les punitions serais adaptée.
Je serais du genre à laisser une seconde chance à un élève de me montrer qu’il
est capable de penser et de penser bien tout seul. Par exemple, faire repasser
un examen où le système d’évaluation est totalement différent de celui auquel
il a triché. Et puis, je ne suis pas raciste à la base, mais sans faire de
généralité, certaines ethnies semblent avoir des tendances qui les rendent
plus enclines à commettre certains actes. En plus, selon les pays, les lois
ne sont pas forcément les mêmes et la tolérance à certains actes est plus
grande. Et puis il y a aussi le fait que quand on n’est pas dans son pays
d’origine on se permet des comportements que l’on n’oserait pas forcément
avoir chez soi.» (Témoignage 12) »
« En cas de fraude,
je punirais fortement et j’en informerais le plus de monde de façon à réduire
l’envie de tricher chez tous les autres. » (Témoignage 13)
« Pour les tricheurs
pris : dehors, sans discussion. On perd moins de temps, on garde que
les meilleurs et on s’évite beaucoup de tracas. » (Témoignage 14)
• Le manipulateur
« La fraude, ou
du moins l’ampleur que cela prend, c’est un phénomène récent. Non pas qu’on
ne le faisait pas avant, mais c’était plus difficile. Les classes étaient
plus petites, les professeurs connaissaient mieux les élèves, ce qui leur
permettaient de plus facilement savoir s’ils avaient fait le travail par eux-mêmes
ou s’ils avaient eu recours à d’autres moyens pour le rédiger. Au niveau du
Rectorat, je mettrais tout en œuvre pour obtenir plus de moyens et de ressources
à allouer à une sorte de cellule « antifraude ». Je mettrais
en place un système de contrôle plus poussé que celui en vigueur. » (Témoignage
7)
« Ouais, faudrait
faire plus de recherches pour essayer de trouver les tricheurs. Essayer de
leur faire super peur avec des sanctions de fous. On dit que le ridicule ne
tue pas, mais des fois selon les personnes ça peut être pire que tout. » (Témoignage
18 »
• Le fraudeur
« A
l’uni il faudrait être plus vigilant, des sanctions directes et limiter les
procédures administratives. Si j’étais prof, je lirais correctement
les mémoires de mes étudiants que je confronterais avec les moteurs de recherches
disponibles sur internet. Parce qu’en fin de compte, nous on fait le travail
inverse. L’information, je n’y crois pas. De toute façon, pour ce qu’on
écoute les informations qu’on nous donne… » (Témoignage 3)
« Je ne vois pas
ce qui me retiendrait si j’ai décidé de le faire (plagier). Le manque de temps,
le manque d’idée sur un sujet ou encore une super soirée en perspective… A
l’uni, il faudrait être plus vigilant, avec des sanctions directes et limiter
les procédures administratives. Expulsion de l’uni, sans discussion.» (Témoignage
19)
Conclusion
Puisque les étudiants semblaient unanimes vis-à-vis
des sanctions à appliquer en cas de prise « la main dans le sac »,
nous avons voulu savoir comment ils réagissaient en cas, effectivement d’action.
Nous avons donc observé le comportement de quatre
étudiants correspondant aux quatre profils identifiés et contre lesquels l’exmatriculation
a été retenue. Nous avons, le cas échéant, discuté avec eux et pris connaissance
de leur lettre de recours.
Profil a – Le bricoleur :
Il s’agit ici d’un étudiant de 23 ans, premier
diplôme en sciences politiques, de nationalité suisse.
Il avait constitué son mémoire par copié-collé
de quatre travaux de mémoire trouvés sur Internet. La reconstitution ayant
été astucieuse, la démonstration de l’origine des diverses pièces de ce patchwork
a pris un certain temps. Finalement, il s’est avéré que plus de 90% du mémoire
était du simple copié-collé, sans paraphrase. L’étudiant avait inventé également
des citations, en traduisant en anglais des phrases tirées des documents plagiés
et en inscrivant des noms fictifs (ex. Schmidt & Roy, 2001).
Une fois la sanction d’exclusion prononcée par
les autorités compétentes, l’étudiant est venu spontanément nous trouver.
Il était très affecté et ne comprenait pas comment le système universitaire
- qu’il aimait – le rejetait. Il ne pouvait absolument pas admettre que ce
qu’il avait fait était incorrect, tant il était encore sous le choc. Il a
expliqué que, fan d’Internet, il adorait reconstituer des textes et construire
à partir de matériel de récupération.
Il n’a pas fait appel de la sanction prononcée.
Profil B – Le tricheur
Il s’agit d’une étudiante de 22 ans, premier diplôme
en sciences sociales, de nationalité tunisienne.
Elle avait copié-collé plus de 30% de son mémoire
sur Internet et en avait semble-t-il paraphrasé un bon 25%.
Une fois la sanction d’exclusion prononcée par
les autorités compétentes, elle s’est défendue en essayant de demander de
l’aide auprès de nombreux professeurs. Elle a mis en avant avec insistance
le fait qu’il n’avait pas été prouvé qu’elle avait copié que 30% du mémoire.
Par conséquent, elle demandait à n’avoir que 30% de la sanction.
Elle a fait appel de la sanction à ce titre.
Profil C – Le manipulateur
Il s’agit d’une étudiante de 28 ans, premier diplôme
en lettres, d’un pays de l’Est.
Elle avait copié-collé intégralement deux mémoires
sur Internet. Le premier était un mémoire de DESS de l’Université de Rennes,
le deuxième un mémoire de DEA de l’Université de Lyon. Elle n’avait apporté
aucune modification, pas même celle habituelle de la table des matières. Elle
avait modifié la fonte de caractères. Elle avait ajouté une page pour dédicacer
ces deux travaux à ses deux enfants.
Elle a fait appel de la sanction en expliquant
qu’elle parlait mal le français, et que dans son pays emprunter sur le Web
n’était pas vraiment plagier. En outre, disait-elle, l’exmatriculation impliquerait
l’annulation de son visa d’étudiante et le retour forcé dans son pays pour
elle est ses enfants.
Profil E – Le fraudeur
Il s’agit d’un étudiant de 26 ans, premier diplôme
d’ingénieur, de nationalité espagnole.
Il avait copié-collé un document interne d’une
entreprise de conseil et l’avait utilisé dans un travail final d’un cours.
Il avait refait la mise en page en mettant le texte sur deux colonnes et en
modifiant la fonte de caractère et la table des matières. Dans le bas de page,
il avait inscrit le copyright de son nom accompagné du sigle de l’université
de Genève.
Il a fait appel de la sanction d’exclusion en
arguant que, s’il n’avait pas eu zéro – note d’exmatriculation – dans le cours
concerné, il aurait eu la moyenne à l’ensemble des cours. Il en déduisait
qu’il aurait donc mérité son diplôme de DEA. Et donc, qu’il fallait lui laisser
une chance de repasser un examen afin d’avoir ce diplôme, échoué pour une
seule note.
…
Nous sommes donc au regret de conclure cette étude
en disant aux étudiants, tout comme nous l’avions suggéré aux professeurs,
que toute la solution ne réside pas dans le fait d’externaliser vers des moteurs
de recherche la détection du plagiat et vers l’administration l’application
de sanctions.
Une judiciarisation de plus en plus grande ne
peut que déboucher sur une lourdeur administrative de plus en plus déprimante.
Par effet de rebond, il risque d’y avoir encore plus de politiques de l’autruche
chez des professeurs qui ne considèrent pas toujours qu’évaluation et contrôle
sont parties intrinsèques de leurs responsabilités.
Il va donc nous falloir être créatifs pour imaginer,
dans ce nouveau contexte de contact quotidien avec Internet, la mise en œuvre
concrête de nos valeurs et de nos normes universitaires avec – et non contre
– nos étudiants, et ce quel que soit leur profil.
Il nous semble également important de communiquer
entre institutions afin de créer un repère de normes génériques, puis homogénéiser
contrôles et sanctions. Il s’agit bien de construire ensemble des « codes
de déontologie », c’est-à-dire, étymologiquement, de mettre en œuvre
notre devoir et d’en parler.
Genève 16 janvier 2006
Annexe :
Stratégie de recherche
1. Les procédures de recherche
Dans cette recherche, nous avons
choisi de comprendre et interpréter le sens et l’expérience que les étudiants
ont de notre objet de recherche. Pour cerner cet objet de recherche, le plagiat
sur internet, nous avons procédé comme il est rigueur dans ce type de recherche.
Pour la première étape qui consiste à définir la "population mère ",
nous avons souhaité interroger des personnes dont le comportement reflétait
une implication certaine à l’égard de l’objet de recherche. Nous avons demandé
à des enquêteurs neutres (et formés spécialement) de procéder, par le principe
de la « boule de neige », à la recherche des personnes à interroger
avec discrétion
Le nombre de personnes interrogées
dans le cadre d'études qualitatives est nécessairement faible, car les entretiens
doivent être longs pour permettre de mettre en évidence le sens profond que
l'individu donne au sujet ou à son processus d'action. Néanmoins, l'échantillon
doit être de taille suffisante et structurellement divers, pour se prêter
à des comparaisons au niveau du contenu, et permettre d’atteindre une validité
interne satisfaisante. Vingt personnes ont été interrogées, mais nous avions
déjà une certaine saturation des données au quatorzième entretien.
-
L’âge des individus se situait entre 20 et 27 ans avec une
moyenne à 22,5.
-
Genre : Il y avait 15 hommes et 5 femmes.
-
Au niveau des nationalités : 7 Suisses (dont 4 de seconde
génération), 3 Français, 3 Italiens, 2 Allemands, 2 Polonais, 2 Portugais,
1 Turc.
-
Le type d’étude : Droit (2), Economie (2), HEC (4), Lettres
(2), Médecine (1), Sciences sociales (2), Sciences politiques (4), Sciences
(3).
-
Le niveau d’étude : Baccalauréat universitaire (10), Maîtrise
et DEA universitaires (9), Doctorat (1).
Suite à une étude qualitative
préliminaire exploratoire, nous avons réalisé vingt entretiens structurés
non dirigés auprès des étudiants à l’aide d’une grille de questions génériques.
Les enquêteurs devaient éviter de poser des « why questions », lesquelles
forceraient une rationalisation a posteriori. Au contraire, ils laissaient
la personne s’exprimer librement, l’encourageant par des questions ouvertes
à approfondir les réponses non totalement exprimées. Les entretiens enregistrés
ont été intégralement retranscrits et les analyses de contenu ont été réalisées
Deux entretiens n’ont pu être
exploités. L’un était celui d’un étudiant qui avait de la difficulté à s’exprimer
librement. Le second était celui d’un étudiant qui déclarait qu’il ne copiait
pas parce que « Je suis peureux… » mais, par ailleurs, il avait
une moralité qui semblait très élastique. C’était également le plus jeune
de l’échantillon.
Le premier type d’analyse que nous avons conduit
est de type structuraliste, afin de cerner l’objet « plagiat via internet»
et de mettre en exergue ses dimensions structurantes. L'objectif de cette
procédure est de reconstituer une organisation sous-jacente, culturelle, symbolique
et fonctionnelle, commune aux acteurs. En écoutant et réécoutant les bandes
magnétiques, puis en lisant leur transcription écrite, on peut voir émerger
le cadre général et les raisons particulières exprimées par les personnes
interrogées. Comme point de départ de l'analyse, nous relevons les thématiques
qui dénotent d’une grande divergence entre les individus. Pour chaque dimension
ainsi induite, nous explorons leurs caractéristiques. Pour chaque thème ou
dimension du modèle en émergence, les propos des interviewés ont ensuite été
regroupés. À cette étape, la perspective individuelle est perdue afin de ne
retenir qu'une vue d'ensemble de chacun des thèmes (i.e. dimensions). La vision
globale de l’objet de recherche est ainsi dégagée et articulée sur un modèle
conceptuel. Cette première analyse a permis d’induire trois dimensions présentes
chez tous les répondants et qui se réfèrent à la conscience immédiate des
raisons du plagiat. Nous avons intitulé ces dimensions : a) l’attitude
à l’égard d’Internet, b) les valeurs de la
société et la morale personnelle, c) l’éthique
du système et les normes en vigueur.
Cette analyse a permis d’induire
cinq profils types d’étudiants. On pourrait aussi parler de « logique
de fraudeur», tant il semble que chaque profil a d’excellentes raisons de
se positionner comme il le fait et de s’engager dans l’action. Chacune des
personnes interviewées comprend le concept de fraude au travers une perspective
spécifique dont les postulats sous-jacents imprègnent leur discours. Les cinq
profils caractéristiques d’étudiants ont été nommés, en fonction du sens que
les étudiants accordent à leur action et à son contexte : le non-plagieur,
le bricoleur, le tricheur, le manipulateur et le fraudeur. Nous avons ensuite
observé, de manière très factuelle et descriptive, cette fois, comment chaque
profil se positionnait dans sa relation aux professeurs, à l’évaluation des
connaissances acquises et au contrôle et l’application de sanctions.
Des indications complémentaires
quant aux choix ontologiques, aux procédures de recherche, au contrôle de
la fidélité et de la validité, peuvent être obtenues en s’adressant directement
à l’auteur du présent rapport.
2. Etude exploratoire
Pour réaliser l’étude exploratoire,
nous avons adressé une lettre à un échantillon aléatoire d’étudiants de Licence,
Maîtrise et DEA par mail.
Nous leur avons demandé de témoigner
sur ce qu’ils ont compris des explications de leurs amis tricheurs en leur
garantissant la confidentialité.
Nous avons reçu une trentaine
de réponses (taux de réponse 12 %), sur la base desquelles nous avons réalisé
une simple analyse «motivations/freins à la motivation ».
Cette analyse exploratoire nous
a permis de rédiger la grille de questions ouvertes et de structurer l’échantillon
de l’enquête.
* * *
Lettre du 28.06.2004
Chers
étudiants,
J'ai
besoin de vous.
Comme
vous le savez, chaque année de nombreux étudiants se font "prendre"
parce qu'ils ont copié la totalité ou des parties de leurs travaux (travaux
de cours, papers, mémoire) sur Internet. Ceux-ci risquent l'exclusion de
l'université.
Vous avez certainement connu des étudiants qui ont
ainsi triché et qui vous ont expliqué leurs motivations et leurs attitudes
à l'égard de ce type de plagiat sur Internet.
Je voudrais
comprendre le sujet en termes de "besoins-motivations-attitudes et comportement
d'étudiants", et non pas l'expliquer seulement en terme de "bien
vs. mal" ou de sanctions.
Pouvez-vous
m'écrire juste pour me dire : « Je connais un étudiant qui a copié son travail
sur Internet parce qu'il dit que... ».
- Surtout n'indiquez pas son nom qui ne me servirait à rien !
- Le champ de l'étude se limite à la triche basée sur Internet.
- Je vous garantis, bien entendu la plus totale confidentialité,
et vous me connaissez assez pour savoir l'importance que j'attache à la confiance
réciproque.
Merci
de votre aide et bonne chance pour vos examens, s'il vous en reste, et bonnes
vacances, s'il ne vous en reste pas.
Amicalement
Prof. Michelle Bergadaà
3. Grille d’entretien
1.
Penses-tu que tout le monde a, un jour ou l’autre, copié à l’université
?
2.
Pour quelles raisons ?
3.
Es-tu un grand copieur ou un copieur modeste ?
4.
Trouves-tu le système d’évaluation actuel des étudiants juste ?
5.
Comment cela se passe généralement quand tu te retrouves en
situation de fraude ?
6.
Qu’est-ce qui te retiendrait et qu’est ce qui te pousserait le plus
à frauder ?
7.
As-tu déjà fait du copié-collé sur des travaux trouvés sur Internet ?
8.
Penses-tu que dans les universités on ne donne pas assez d’instructions ?
9.
Internet ajoute-t-il de la fraude à notre vie ?
10.
Penses-tu qu’il y moins de morale qu’avant ou que c’est juste pas
grave?
11.
Comment faire à l’université ? Avec de la communication comme
pour le tabac ou autrement ? (faire passer de l’autre côté pour trouver
des solutions)
12.
Et le prof, dans tout ça ?
13.
As-tu d’autres idées ?
|