Internet: Fraude et déontologie selon les enseignants universitaires
Internet: Fraude et déontologie selon les acteurs universitaires
Ce site est dédié à tous les professeurs, assistants et étudiants qui refusent de fermer les yeux sur la fraude pratiquée via Internet et le plagiat des mémoires et des thèses
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Nos précédents courriers


Le flux de messages que, mois après mois, je reçois se transforme en une recherche constructiviste induite de vos préoccupations.

Et le flux de retour que vous recevez via mes lettres, se sédimente et prend racine ici et là, au niveau des lois, des règlements, des volontés individuelles et des décisions collectives.

Puis, le flux se transforme en stock de connaissances commun sur le site.

Et ainsi de suite.

Nos précédents courriers :


Lettre 28 : 15.11.2009

Lettre 28
15.11. 2009

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Une fois n’est pas coutume et nous ne parlerons pas, dans cette lettre, du plagiat ordinaire que nous rencontrerions quotidiennement dans notre métier d’enseignant, si nous ne mettions pas en œuvre des mesures de dissuasion et de contrôle adaptées aux défis de notre communauté virtualisée.

• Nous cédons ici la parole à nos collègues Denis Bouyssou (CNRS, LAMSADE, Université Paris Dauphine), Silvano Martello (DEIS, Università di Bologna) et Frank Plastria (MOSI Vrije Universiteit Brussel).

  Ils décrivent un cas à tiroirs - qui serait extraordinaire s’il ne semblait pas simplement humain -, de déroulement d’une enquête sur un cas flagrant de plagiat à l’époque (2007) où ils étaient tous trois éditeurs d’une revue scientifique de prestige : A Quarterly Journal of Operations Research.

• Que les Rédacteurs en chef de Revues abonnés à notre lettre réfléchissent à ce cas soumis par leurs pairs, et dialoguent avec leurs Comités scientifiques à son propos. Un manque d’attention de leur part serait inquiétant, compte tenu de la responsabilité qu’ils ont accepté d’assumer.

  Ils doivent, en effet, garantir à tous les auteurs et lecteurs honnêtes qu’ils les protègent des agissements de ce genre de malfrats dans nos journaux et dans notre communauté.

• Que la lecture de ce cas soit recommandée à tous nos jeunes collègues ; car rien ne se perd, tout se retrouve avec le Web, demain ou dans cinq ans…

  Hier, encore, certains professeurs-chercheurs seniors excusaient les autoplagiats, plagiats et autres combines au nom de la « jeunesse » de leurs auteurs, au nom des « valeurs du corporatisme » et, surtout, pour ne pas effectuer un long travail de reconstitution des faits. Ces comportements ne rencontreront bientôt plus aucune protection.

Un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable».

Vous êtes nombreux à demander comment faire circuler nos lettres ou comment inscrire des collègues. Il vous suffit d’utiliser le lien d’inscription du site.

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM
Faculté des SES, Université de Genève

P.S. Si vous souhaitez vous désinscrire de cette lettre, il vous suffit de nous adresser un courriel, en cliquant ici.

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Lettre 27 : 25.09.2009

Lettre 27
25.09. 2009

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

En ce début d’année académique, que je vous souhaite créative et passionnante, voici un bilan succinct des actions menées par divers acteurs dans nos cent seize établissements.

Concernant le plagiat des étudiants. La majorité des établissements a acquis des logiciels de détection de similarités. Ce n’est pas l’outil qui fait la fonction mais, étant disponibles, ils rendent attentifs les enseignants et les étudiants au problème du plagiat et de la contrefaçon.

Concernant les doctorants. Je vous conseille vivement de lire et de faire circuler la remarquable lettre de notre collègue Didier Truchet, Directeur de l’École doctorale George Vedel – Univ. Panthéon-Assas.

Concernant les directeurs de thèses. La peur de certains doctorants qui ne savent à qui se confier, m’apparaît toujours palpable. Par exemple, je conserve sur mon disque dur personnel deux thèses presque finies : leurs auteurs (externes à mon domaine) craignent de se faire emprunter leurs idées par leur patron avant leurs soutenances.

Concernant les processus de révision des revues scientifiques. En janvier 2008, nous débattions, par métaphores interposées, du cas d’un auteur qui a éliminé son co-auteur pour publier en solo le résultat de leur travail. Si nous en faisions collectivement une analyse bien timorée fondée sur des raisons psycho-socio-politiques, aujourd’hui nous pouvons être plus fermes.

Le cas suivant se présente à nous : a) deux co-auteurs travaillent ensemble et font un article présenté en conférence, puis ils le soumettent à une revue de rang A (il est rejeté). b) L'un des co-auteurs quitte leur établissement et change de pays. c) Le premier en profite aussitôt pour le publier seul, sans aucune référence bibliographique au travail antérieur, dans une autre revue anglo-saxonne. d) Nous avons testé par logiciel de détection de similarité (Turnitin) cet article publié : il est similaire à plus de 80% à la première soumission (hors annexes) et à plus de 62% à l’article original intégral des actes de la conférence.

L’auteur floué va demander formellement au Rédacteur en Chef de la revue la publication d’un rectificatif avec ses excuses pour avoir manqué de discernement, ainsi que sa réintégration comme co-auteur dans les bases de données internationales.

Pour conclure. Je constate que l’on se pose souvent de faux problèmes « politiques » pour finalement protéger des tricheurs, alors qu'il n'y a que des règles de déontologie très simples à appliquer systématiquement.

Il y a ensuite des principes de responsabilité à assumer : on ne place pas à des postes de décision - journaux/ revues/ conférences - des personnes dont le comportement est douteux, alors même que tous (sauf nos plus jeunes et influençables collègues) le savent dans notre communauté.

Ces positions fermes éviteraient deux écueils : celui de se trouver confrontés à de dommageables ambiguïtés ultérieures, et celui d’être obligés d’accorder une sorte d’immunité à des personnes qui n’ont aucune envie de changer d’attitude.

Un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable».

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 26 : 22.05.2009

Lettre 26
22.05. 2009

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

J’ai reçu une centaine de témoignages – pas une dizaine - de collègues qui ont choisi d’affronter le plagiat sur le terrain. C’est toujours la même souffrance.

• Un exemple, parmi les autres : « … Et la doctorante se pose en victime et c'est moi et son directeur de thèse qui sommes les coupables. C'est le monde à l'envers. J'ai demandé à mon conseil d'École Doctorale de refuser à la doctorante le droit de se réinscrire dans notre ED. Je n'ai pas été suivie. Vous comprenez donc toute l'admiration que j'ai pour votre action. »

Pourquoi les établissements ne soutiennent-ils pas systématiquement les enseignants et les chercheurs qui ont le courage de s’opposer à cette dérive ? Ont-ils une idée des pressions que reçoivent ceux et celles qui dénoncent ces pratiques ?

• Autre exemple: une collègue voyant son travail plagié dans le livre d’un de ses anciens étudiants choisit de porter l’affaire en justice. L’auteur du livre et l’éditeur sont condamnés in solidum. Mais, ils contre-attaquent au prétexte qu’il n’y a pas de contrefaçon (et non « plagiat »), car l’auteur d’origine « ne peut être titulaire des droits d’auteur sur une contribution effectuée dans le cadre de la mission de service public ». L’histoire finit bien et notre collègue gagne encore : le jugement est confirmé, l’appel étant jugé irrecevable.

Imaginez que, demain, vous soyez plagié(e). Aurez-vous envie de passer deux à quatre ans en procédures stressantes, au lieu de les consacrer à la sérénité de vos recherches ? Même si vous avez des preuves irréfutables en votre faveur, êtes-vous certain(e) de gagner ? Mais, si vous ne faites rien, ne garderez-vous pas toute votre vie un sentiment d’amertume et l’impression d’avoir manqué de courage ?

• Je propose que tous nos Présidents d’universités, nos Recteurs et nos Directeurs d’établissements aient, eux aussi, le courage individuel et collectif de se déclarer partie prenante et qu’ils mettent en place de véritables conseils juridiques institutionnels pour aider les dénonciateurs et les victimes de plagiat. Mais, pourquoi le feraient-ils ?

Imaginez le caractère exponentiel du phénomène de plagiat, alors que certains pays mettent en place des primes à la productivité, sans garde-fous de la sorte… Notre collègue S. Le Lay nous livre dans sa lettre ouverte une analyse claire à ce propos.

• C’est en termes de responsabilité du système académique que le problème se pose aujourd’hui. J’évoque le site Profetic qui déclare à propos de notre dernier rapport sur le plagiat des étudiants :

« C’est l’immense mérite des auteurs du rapport intitulé «La relation éthique-plagiat dans la réalisation des travaux personnels par les étudiants» que d’avoir déplacé le débat autour du plagiat, sur le terrain de la mission et des valeurs de l’Université, en regard des perceptions, pratiques et conditions de vie des étudiants. »

Un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site «Responsable».

Bien cordialement

Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 25 : 13.03.2009

Lettre 25
13.03. 2009

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Parmi les cas internationaux que nous suivons depuis des années, il en est un qui voit enfin son aboutissement : le 23 février dernier, le Conseil d’État, au nom du peuple français, informe que la requête de Mme Gaëlle A-B était rejetée. Cette dernière faisait appel d’une décision du Conseil National des Universités (CNU) qui avait prononcé, le 5 septembre 2007, le retrait de son inscription sur la liste de qualification aux fonctions de maître de conférences pour cause de plagiat lié à sa thèse de doctorat.

Pour ceux qui ne comprennent pas pourquoi la thèse n’a pas été annulée par cet organe, rappelons que le CNU n'est pas une instance disciplinaire. Le titre de docteur est délivré par une université, donc par un jury dont la responsabilité seule est engagée. Le CNU peut penser ce qu'il veut de certaines thèses et du travail plus ou moins sérieux de certains jurys, il ne peut en aucun cas remettre en cause la délivrance du doctorat.

Pour fêter les cinq ans de notre travail collaboratif via le site « Responsable », j’ai donc publié une brève synthèse dans le journal Culture & Sociétés pour rappeler, comme me l’avait demandé un membre éminent du CNU, « les universités et membres de jurys à leur sens des responsabilités, car ce sont eux qui se situent tout en amont du processus et leur action, contrairement à celle du CNU, s'inscrit dans la sphère légale ».

Vous trouverez ici ce texte un peu provocateur, « Une situation saugrenue ». N’hésitez pas à le critiquer et à me dire que je me trompe ! J’aimerais tant, me tromper…

Et, puisque les plagieurs lisant cette lettre doivent être mal à l’aise, je leur dis que nous ne pouvons plus fermer les yeux, même si nous savons leur tourment.

Nous comprenons, en effet, que le plagiat conduit son auteur à admettre son échec face aux demandes de notre société académique et à devoir repositionner son image de lui-même. Le plagieur, par son acte, redéfinit de facto son niveau réel par comparaison au niveau qu'il espérait atteindre… et qu’il imite.

* * *

Je profite de cette lettre pour vous rappeler l’excellent colloque organisé par le Pôle Universitaire Européen de Bruxelles sur le thème "Copié-collé..." Former à l'utilisation critique et responsable de l'information, le mardi 31 mars prochain, de 8h30 à 16h30.

Un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site « Responsable ».

Bien cordialement


Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM
Faculté des SES, Université de Genève

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Lettre 24 : 08.12.2008

Lettre 24
08.12.2008

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

En cette fin d’année, je souhaite vous dire combien je suis touchée des témoignages d’encouragement et des remerciements que vous êtes nombreux à m’envoyer après chaque lettre. A mon tour de vous dire que sans vous, sans les cas de plagiat que vous nous soumettez et pour lesquels nous vous apportons notre modeste concours, ce travail collaboratif n’aurait ni cette dimension, ni cette force.

Le flux de messages que mois après mois vous recevez via cette lettre, se sédimente et prend racine ici et là, au niveau des lois, des règlements, des volontés individuelles et des décisions collectives. Et le flux se transforme en stock de connaissances commun sur le site « Responsable ».

Pour ce Noël, veuillez recevoir trois cadeaux:

• Le premier est un outil de travail. C'est le rapport de la Commission Ethique-Plagiat que j’ai présidée à la demande du Rectorat de Genève. Ce document La relation éthique-Plagiat dans la réalisation des travaux personnels par les étudiants (132 pages), concerne aussi bien le « Contexte en mutation » (impact technologies/connaissances, comportements des étudiants et rôle de nos bibliothèques), que « Les projets organisationnels » (formation aux compétences informationnelles, valeurs, normes, règles et outils de détection des similarités).

Ce rapport est téléchargeable, mais surtout, il se présente sous forme d’un document en ligne que chacun de vous peut maintenant compléter. Il n’est pas totalement sous forme « wiki », car il faut un modérateur, mais largement ouvert à l’intelligence collective : la vôtre.

• Le deuxième cadeau est celui que nous a fait le Tribunal de Grande Instance de Versailles (France) en déclarant que Hélène Maurel-Indart et les Éditions de la Différence n’étaient pas coupables de diffamation pour avoir publié un cas de plagiat dans Plagiats, les coulisses de l’écriture (2007). Non seulement le plaignant n’a pas obtenu les 100’000 euros qu’il réclamait et la suppression des pages incriminées, mais il a du verser, en tant que partie perdante, 1'000 euros à notre collègue de Tours et à son éditeur (Code. art.700). Voir les détails de l’affaire.

Plagieurs, cessez donc de menacer d’attaquer en justice les plagiés (ou les témoins) qui vous dénoncent! Vos actes n’en seront que plus médiatisés. Et tâchez de comprendre que la perception du problème est en train de changer très vite chez nos législateurs.

• Le troisième cadeau : un tout grand merci, en notre nom à tous, à l’université de Tours qui a accordé sa protection juridique à notre collègue Hélène Maurel-Indart en considérant qu’elle agissait dans le cadre de ses recherches. Puisse cet exemple être suivi par toutes nos institutions afin que leurs responsables abordent avec authenticité ce grave problème du plagiat et que, avant toute autre considération, ils soutiennent invariablement leurs professeurs et leurs étudiants intègres.

En cette fin d’année, je vous souhaite de très belles fêtes, pour vous et ceux qui vous sont proches.

Bien cordialement.


Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 23 : 31.10.2008

Lettre 23
30.10 2008

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Je trouve ennuyeux que les personnes qui dénoncent les plagieurs se fassent insulter, voire menacer, par ces derniers, toujours forts vexés d’avoir été pris la main dans le sac. L’analyse des documents que l’on m’a communiqués montre que les diatribes des plagieurs sont de deux ordres :

a) « On m’a dit que tel ou tel professeur aussi avait plagié, alors il vaudrait mieux se taire...»
b) « Dénoncer une personne qui a "omis de citer" (sic) l’auteur d’origine, c’est de la délation digne des pires moments de l’histoire. »

Je trouve contrariant que certains professeurs se prêtent à ces subterfuges, qu’ils se trompent de victimes et qu’ils accablent les personnes - plagié ou témoin - qui ont le courage de poser les faits sur la place publique. Ils font subir des pressions morales à des (parfois jeunes) chercheurs en leur demandant de respecter « les codes de discrétion du métier ».

Quels codes ? Quel métier ? A une époque de totale mutation, il s’agirait d’avoir le courage de les questionner, me semble-t-il.

Parlons-en de courage, justement.

Je trouve enthousiasmant celui de notre collègue Driss Lagrini qui dénonce dans une LETTRE OUVERTE trois plagiats dont il aurait été victime. En toute transparence, il cite les noms des plagieurs, les pays d’où viennent ces plagiats, les journaux impliqués et il vous en présente toutes les circonstances.

A vous de choisir maintenant de quel côté vous souhaitez vous ranger : celui du plagieur ? celui du palgié ? ou celui de la connaissance authentique ?

Nous vous proposons aussi de lire cette lettre ouverte du Pr. Lagrini dans sa version originale, en arabe, ou sous sa traduction en anglais.

Vous pouvez lui répondre directement (drisslagrini@yahoo.fr), en vous rappelant que "le sentiment de vol ou de viol est compréhensible s’agissant d’une œuvre de l’esprit, donc unique : c’est une atteinte grave aux droits de la personnalité" (merci à I. Cadet).

Par ailleurs, nous portons à votre connaissance le discours de Valérie Pécresse, Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (France) le 16 octobre dernier. Elle y déclare sa volonté de généraliser "les expériences de lutte anti-plagiat déjà mises en œuvre dans certaines universités". Sera-t-elle entendue ?

Encore un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail collaboratif via le site « Responsable ».

Bien cordialement.


Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 22 : 18.09.2008

Lettre 22
18.09.2008


Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

C’est la rentrée… Nous avons des raisons de nous réjouir ensemble des résultats sensibles de nos efforts à dénoncer la triche et le plagiat des travaux d’étudiants, des mémoires et des articles de recherche.

Tout d'abord, je présente en notre nom à tous nos plus sincères félicitations à nos collègues tunisiens qui depuis près de quatre années oeuvrent avec nous pour lutter contre ce fléau. Un décret ministériel relatif au « plagiat dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique » (Décret n° 2008-2422 du 23 juin 2008) vient d’être promulgué.

Puissent les autres pays francophones suivre l’exemple tunisien, et adopter des décrets aussi adaptés au contexte académique, complets, clairs et précis que celui-ci !

Par ailleurs, les trois cas de plagiat dénoncés par les victimes et qui seraient le fait de professeurs et d’étudiants doctorants, cas dont nous avons suivi le développement, sont maintenant étudiés par les instances académiques compétentes de leurs institutions et de leurs pays d’origine.

Le travail s’accomplit à tous les niveaux. Je citerai ici un exemple parmi de nombreuses initiatives : Denis Duguest de l’IAE de Nantes (France) a réuni diverses informations pour proposer un manuel très clair « Citer ses sources » que vous aurez hâte de distribuer à vos étudiants.

Une question d’actualité en ces temps de rentrée : avez-vous vraiment fait identifier juridiquement les diplômes des tous les étudiants que vous avez acceptés dans vos multiples programmes ? Êtes-vous certains qu’il n’y a pas quelques faux qui se soient glissés ici et là ? Quelles mesures de contrôle précis avez-vous établies ?

Vous trouverez ici un jeu d’authentiques documents présentés par un candidat, que j’ai du refuser pour le diplôme dont je suis directrice. A noter que, selon Wikipedia , un des terroristes d’Al-Qaïda aurait présenté ces mêmes « diplômes » pour justifier de ses activités.

Oserai-je vous raconter le dilemme auquel ont été confrontées les autorités d’une université amie devant se prononcer sur une lettre touchante reçue par leur Recteur? Elle émanait d’une mère éplorée dont le fils venait de décéder. Elle y remerciait l’université pour la joie que leur avait procuré le diplôme de pharmacien de leur fils, diplôme accroché au mur de leur salon. Il s’avère qu’il s’agissait d’un faux. Qu’auriez-vous fait à la place des juristes de cette université ?

Pour conclure ensemble et commencer cette cinquième année universitaire, je reprends ici les paroles de Wolfgang Pauli (merci à F. Bloch), paroles que nous pouvons, ensemble, dédier à nos étudiants, à nos collègues et à nos supérieurs hiérarchiques :

" Je n'ai pas d'objection à ce que pensiez lentement. J'en ai si vous publiez plus vite que vous ne pensez."

Un tout grand merci pour vos contributions régulières à notre travail commun sur votre site « Responsable »

Bien cordialement.


Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 21 : 11.06.2008

Lettre 21
11.06.2008


Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Vous êtes aujourd’hui plus de 16'000 abonnés à cette lettre, de 19 champs disciplinaires et de 14 pays. Le flux des cas que vous me communiquez concerne trois thématiques connectées : 1) celle du plagiat des étudiants dans leurs mémoires et leurs thèses, 2) celle de jeunes auteurs entraînés vers la facilité du copié-collé par le principe du « publish or perish », 3) celle de certains professeurs seniors qui s’accaparent des textes ou des mémoires de leurs étudiants.

1/ Le plagiat par les étudiants. Un grand nombre d’établissements commence à le traiter au plan structurel. Nous aurons à partager, à la rentrée universitaire, de nombreux témoignages de ces initiatives. En avant-goût, saluons de suite le projet de nos collègues de Louvain (Belgique) qui ont mis en place une campagne de publicité sympathique destinée aux étudiants que je vous invite à découvrir ici.

2/ Le plagiat par les jeunes auteurs. Voici un cas qui nous a interpellés. Un article, publié dans une bonne revue comprend des parties plagiées (y compris des données de terrain) d’un article publié antérieurement par un autre jeune auteur qui a porté plainte. Le cas a été soumis à un comité d’éthique restreint mis en place par le Rédacteur en chef de la revue. Puis, comme il est d’usage dans toute bonne revue scientifique, ce Rédacteur en chef a publié dans un numéro ultérieur un avertissement au lecteur, avec notamment les excuses du fautif et les siennes. Mais, le fautif vexé, se positionna aussitôt en victime, écrivant une longue lettre agressive à tous les membres du Comité de Rédaction de la revue. Nous relevons en substance que la procédure a été perçue comme une véritable « inquisition » (sic) et elle a été vécue, semble-t-il, de manière d’autant plus détestable que son auteur se trouvait à ce moment là en pleine période de recrutement.

Cette anecdote établit, on ne peut plus clairement, notre responsabilité collective de ne pas savoir rendre explicite ce qui nous semble couler de source :
- Combien d’entre nous, professeurs en poste, sont vraiment conscients de la pandémie de plagiat qui frappe notre monde académique ?
- Combien ont vraiment testé leurs doctorants sur leurs compétences informationnelles et sur leurs pratiques d’écriture ?
- Quelles valeurs transmettons-nous dans nos Écoles doctorales ?
- Quelles règles de déontologie sont réellement assimilées par nos doctorants avant qu’ils ne deviennent eux-mêmes des encadreurs d’étudiants et ne leur transmettent leurs valeurs?
- Comprennent-ils le sens universel des expressions « Publication », « Publication scientifique », « Journal scientifique », « Création », « Propriété intellectuelle », « Comité de Rédaction », « Jugement par ses pairs », « Comité d’éthique », « Intégrité intellectuelle », « Authenticité  » ?

3/ Le plagiat par les professeurs seniors est plus grave peut-être, mais il assez passionnant dans ses méandres. J’en appelle à votre bienveillance pour proposer vos conseils constructifs et vos idées créatives. En bref :

Un doctorant (x) d’un pays francophone X a pour membre de son jury un professeur (y) d’un pays francophone Y, très connu dans sa spécialisation et qui a déjà publié une quantité importante de livres et d’articles. En toute confiance, l’étudiant lui envoie son texte final… Il soutient sa thèse avec les félicitations du jury. Quelques cinq ans plus tard, un livre collectif paraît aux prestigieuses Presses Académiques de Z (PAZ). Un des chapitres est un plagiat d’une partie de la thèse de x, effectué par le professeur y. Saisies, les PAZ ne cessent pas la diffusion de l’ouvrage contenant le chapitre incriminé. Leur conseiller légal attend que l’avocat du jeune plagié x accepte une proposition d’excuses de y pour insérer un encart d’avertissement du plagiat dans les livres mis en vente. En cas de réédition (hypothétique) de l’ouvrage, ils promettent à x que son article remplacera celui de y.

Qui d’entre nous aurait une idée géniale pour dénouer le problème ? Vous trouverez ici le cas, ainsi que les questions auxquelles nous vous serions reconnaissants de bien vouloir répondre (même succinctement) après une lecture des vignettes que nous vous invitons à lire attentivement.

Quelle est donc mal faite cette loi qui place ce cas sous le seul statut du « droit d’auteur », au détriment des normes d’intégrité scientifique d’une profession académique qui n’a jamais su imposer sa vision de ce que signifie « propriété intellectuelle », et qui ne s’est pas dotée de chartes déontologiques lui permettant de tenir le choc face à cette pandémie de plagiat que propage l’arrivée d’Internet dans nos métiers !

Encore un tout grand merci à ceux qui contribuent à l’enrichissement de notre projet collectif via notre site collaboratif (Responsable.unige.ch) en proposant des cas que nous soumettons à l’analyse collective.

Bon courage pour vos corrections de copies, jurys de fin d’année et autres tâches épanouissantes de notre beau métier.

Bien cordialement.


Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 20 : 07.05.2008

Lettre 20
07.05.2008


Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Le cas de plagiat de ma lettre N° 19 concernait le cas d’un doctorant en géographie de l'université de X qui découvrait que son mémoire de DEA (i.e. Master recherche) avait été plagié par un étudiant en géographie de l'université de Y et qui avait déposé une plainte.

Vous pouvez consulter l'analyse du cas par la communauté et réagir à une proposition d’un principe directeur commun.

Je vous communique également un chapitre du rapport 2008 de la commission « Ethique-Plagiat » que je préside à l’université de Genève, chapitre dans lequel nous essayons de qualifier les fautes, pour les circonscrire, en distinguant « copie », « triche », plagiat » et « fraude ». Vos commentaires sont les bienvenus.

En fait, il semble qu’il n’y ait pas eu de résolution institutionnelle du problème. Le plagieur a simplement avoué à la commission : «Je suis désolé. J’ai été vraiment bête de placer mon mémoire sur Internet, sinon personne n’aurait rien vu. ».

Mais, l’étudiant plagié a finalement été le plus intelligent. Puisse son geste servir d’exemple à tous les plagiés :

… il a téléchargé le mémoire du plagieur, et il a placé sur son site personnel les deux mémoires qu’il vous invite à comparer. C’est précis et efficace.


Le cas d’aujourd’hui, en est un d’émotion : chaque mois, je reçois des documents entiers « stabilobossés », de personnes qui se sentent volées, que dis-je "violées", au plus profond de leur être (leur créativité et leur travail) par des plagieurs ou par des personnes qui utilisent sans les citer leur travail dans une publication scientifique ou dans une thèse.

Dès que nous décidons (après conseils juridiques) qu’ils doivent se plaindre formellement, et que nous dévoilons les faits objectifs, les émotions débordent :

- Émotion du directeur de thèse ou de mémoire du plagieur, commençant par réfuter la plainte, tout prêt à garantir que son ex-étudiant est quelqu’un de charmant, sans problème, d’honnête, de travailleur, d’utile à son labo et à la communauté.

- Émotion des proches de ce « senior », qui pensent que leur réputation peut en souffrir et qui nous invectivent, voire nous menacent, d’oser nous mêler de ce qui, selon eux, ne nous regarde pas.

- Émotion décuplée des amis du plagié, qui déclarent fermement qu’une publication est un acte public et que chaque lecteur libre a le droit, et le devoir, de dénoncer une inconduite visible aux yeux de tous.

- Émotion des Rédacteurs en chef de revues, qui reçoivent des appels de toute part pour les inciter à étouffer l’affaire ou, au contraire, à présenter des excuses dans leur revue.

- Émotion vive du plagié à qui on sert maintenant cette argumentation : « Vous avez été plagié, soit, ce n’est pas très grave, vous aurez d’autres publications. Mais si vous maintenez votre plainte, le plagieur aura sa carrière brisée à cause de vous. Et « certains » vous en voudront… ».

- Émotion de certains mandarins ou pontes d’associations, s’apercevant que, en ce XXIe siècle et avec Internet, la situation va leur échapper et que les affaires ne se régleront plus, loin des yeux de tous, dans la discrétion feutrée des alcôves politiques du moment, mais en totale transparence.

- Émotion, enfin, de ceux pour qui « déontologie » ne signifie pas corporatisme, mais bien défense de nos valeurs centrales de création de connaissance, mise en exergue de l’authenticité de l’écrit et transparence dans la diffusion publique.

Les questions auxquelles vous pourriez répondre : Pourquoi ces émotions qui débordent de toute part ? Que faire quand on est junior et qu'on se sent volé-violé dans ses premiers écrits ? Comment mesurer le risque d’une procédure de plainte ? Comment protéger le dénonciateur par un comité de « relais de plainte » ? En quelles mains placer d’abord le cas de plagiat ? Comment rester calme et exemplaire dans l’affirmation de notre déontologie quand on reçoit des pressions « politiques » ?

Je vous indique ici des règles d’intégrité très didactiques qui viennent d’être éditées par les Académies Suisses des Sciences. Il me semblerait utile que tous les programmes de Master, d’assistanat et de doctorat prévoient une analyse de telles règles par leurs étudiants. Merci de nous communiquer celles existant dans vos pays.

Pour conclure, je rappelle à ceux qui m’écrivent leur désarroi personnel face à certaines pratiques incorrectes de professeurs ou d’étudiants, qu’il existe une solution simple : inscrivez-les à cette lettre régulière. C’est gratuit et anonyme. Soit ces personnes accepteront de réfléchir avec nous, soit elles pourront se désinscrire simplement de la lettre.

Encore un tout grand merci à ceux qui contribuent à l’enrichissement de notre projet collectif via notre site collaboratif (Responsable.unige.ch).

Bien cordialement.


Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
Université de Genève

P.S. Si vous souhaitez vous désinscrire de cette lettre, il vous suffit de nous adresser un courriel, en cliquant ici.

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Lettre 19 : 18.03.2008

Lettre 19
18.03.2008


Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Il y a quatre ans, j’expédiais la lettre Lettre n° 1 du projet « Responsable » à 225 professeurs. Vous avez été nombreux à réagir, à relayer au fil des mois les « Lettres », et à contribuer au développement du site collaboratif « Responsable ».

Vous êtes aujourd’hui plus de 15’000 abonnés. Vos contributions directes proviennent de 113 établissements différents, de 13 pays, et de plus de 17 disciplines. Vous avez « fait bouger » au moins cinq établissements universitaires de réputation internationale qui ont mis en place de vraies politiques institutionnelles, ainsi que quatre revues scientifiques. Vous avez tous contribué, via Internet, à une véritable évolution de la connaissance. Bravo à tous ; continuons.

• Dans ma lettre n° 18 je vous avais présenté la situation (véridique) de deux cas, à forte similarité, tels que vécus par les deux protagonistes, et je vous ai demandé de bien vouloir analyser la situation. Vous trouverez sur le site deux types d’analyse :

- L’analyse de contenu détaillée des 83 propositions émanant de la communauté académique. Dans sa quasi-unanimité, cet échantillon international considère que l’on ne peut pas « oublier » de citer ses travaux antérieurs à une publication, et encore moins « oublier » un co-auteur en cours de route. Cependant, l’analyse témoigne de beaucoup de subtilité dans les nuances de vos propositions.

- Par ailleurs, une collègue de France a fait réaliser une analyse de contenu détaillée des cas par ses étudiants de Master recherche. Cette population a, pour sa part, privilégié celui des acteurs qui agit selon une éthique relative à la finalité de l’action et à son impact (i. e. une publication), et non selon une éthique relative à la relation entre un chercheur et les autres acteurs de la recherche.

N’y aurait-il pas matière à réflexion, lorsque nous essayons de mesurer, selon nos normes de déontologie, l’éthique et la morale de plus jeunes acteurs ?

Le cas d’aujourd’hui, tout aussi véridique, est d’un niveau différent de traitement.

- Un doctorant en géographie de l'université de X (France) découvre que son mémoire de DEA (i.e. Master recherche) a été plagié par un étudiant en géographie de l'université de Y (France). Il en avertit aussitôt l'université de Z (Suisse) qui a immatriculé l’étudiant indélicat sur la base de son diplôme fraudé.

- Or, l'université de Z (Suisse) déclare : « Nous ne pouvons rien faire tant que l’université Y maintient ce diplôme que nous considérons comme valide». Contactée, l'université de Y (France) répond : « S’il n’y a pas de plainte du plagié, nous ne pouvons pas ouvrir de procédure. D’ailleurs, notre ancien étudiant a quitté le territoire national… ». Contacté, cet étudiant de l'université de X (France) déclare: « Qu'est-ce que je gagnerais à déposer une plainte? Une perte de temps et d’énergie».

Et si nous décidions qu’un établissement qui remet un diplôme fondé sur un mémoire ou sur une thèse plagiés devient, de facto, complice d’une fraude au diplôme ? Mais alors que devient le fondement actuel d’ouverture de procédure, fondement du droit d’auteur et droit de propriété intellectuelle ? Pouvons-nous envisager une attitude internationale commune en la matière ? Une charte de qualité internationale pour nos établissements ?

Qu’en pensez-vous ? Votre proposition sera enregistrée directement et elle sera analysée dans notre prochaine lettre.

Encore un tout grand merci à ceux qui contribuent à l’enrichissement de notre projet collectif via notre site collaboratif (Responsable.unige.ch) en proposant des cas que nous soumettons à l’analyse collective.

Je rappelle à ceux qui m’écrivent leur désarroi personnel face à certaines pratiques incorrectes de professeurs ou d’étudiants, qu’il existe une solution simple : inscrivez-les à cette lettre régulière.

C’est gratuit et anonyme. Soit ces personnes accepteront de réfléchir avec nous, soit elles pourront se désinscrire simplement de la lettre. En d’autres mots : attention, plagieurs, si tout se trouve sur la toile, tout peut se retrouver grâce à Internet, à n’importe quel moment et de n’importe où.


Bien cordialement.


Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 18 : 28.01.2008

Lettre 18
28.01.2008

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

De nombreux établissements réagissent à présent aux dérives produites par l’intervention d’Internet dans nos processus de création de mémoires, thèses ou articles. Logiquement, de nombreux étudiants nous interpellent : « et vous, professeurs, êtes-vous plus éthiques que nous ? »

Parmi les nombreux témoignages de travaux et publications fortement similaires qui me sont parvenus depuis deux mois, un cas en particulier a retenu toute mon attention.

Il s’agit de trois publications similaires parues à un an d’écart, les deux premières ayant deux auteurs, la troisième un seul des deux auteurs. Dans ce dernier article, paru dans une revue scientifique prestigieuse, aucune mention n’était faite au travail antérieur du work-in-progress (déposé) et de l’article des actes d’une conférence qui l’ont précédé. Aucune mention du second auteur dans la bibliographie (ou même dans les remerciements) n’apparaît.

Que s’est-il passé ? Une négligence ? Une banale histoire de dispute entre co-auteurs ? Un cas humain.

Vous pourrez lire les deux cas, tels que vécus par les deux protagonistes et vous faire une idée par vous-même de la situation. Si vous avez des suggestions pour prévenir ce type de situation merci de nous les communiquer.

Nous formulons ici quelques propositions:

-  Placez sur Internet tous vos travaux de mémoire, work-in-progress, articles de conférences, articles publiés. Vous serez de facto protégés de toute indélicatesse, puisque tout logiciel de détection de similarités, demain ou dans dix ans, pourra faire le rapprochement.

-  Certes, le fait de procéder avec cette transparence rend de facto obsolètes les principes de la « révision en double aveugle » des revues scientifiques. Mais la transparence (enfin) avouée nous conduira tous à une plus grande authenticité.

-  Le fait de produire un article, seul ou à plusieurs, n’est pas un acte anodin ou une ligne de plus sur un CV que l’on modifie au gré de ses humeurs. C’est un acte de création de connaissance avéré qui engage pour longtemps toute une communauté.

-  Les journaux scientifiques pourraient se doter de tels logiciels de détection de similarités afin de s’interroger sur tous les articles problématiques dès leur soumission. L’effet dissuasif est immédiat et les revues dotées de labels de qualité seraient ainsi reconnues.

-  Rappelons que la loi sur le droit d’auteur (art. 7) encadre les droits et devoirs des coauteurs. Même si la loi semble ne pas prendre en compte la révolution sociale qui a résulté de l’introduction soudaine d’Internet et les mutations de comportement, c’est elle qui prévaut en cas de plainte. En Suisse, par exemple, elle prévoit de fortes amendes.

-  Chaque établissement peut se doter de « Directives intégrité» pour renseigner tout auteur qui se poserait des questions de comportement. De telles directives servent de garde-fou individuel et collectif.

-  Enfin, pour tous ceux qui m’écrivent leur désarroi personnel face à certaines pratiques de professeurs ou d’étudiants, il existe une solution simple : inscrivez-les à cette lettre régulière. C’est gratuit et anonyme. Soit ces personnes accepteront de réfléchir avec nous, soit elles pourront se désinscrire simplement de la lettre.

Encore un tout grand merci à ceux qui contribuent à l’enrichissement de notre projet collectif via notre site collaboratif (Responsable.unige.ch).

In extremis en ce début d’année, permettez moi de vous offrir tous mes voeux de bon sens pour l’année 2008, afin :

- d’être pleinement occupé(e) par ce(ux) que vous aimez,
- de savoir ne plus vous préoccuper que de l’essentiel,
- et d’avoir la bienveillance de laisser l’accessoire à ceux qui n’ont rien d’autre à faire.

Bien amicalement.


Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
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Lettre 17 : 13.12.2007

Lettre 17
13.12.2007

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

J’ai reçu plusieurs témoignages préoccupants, ces derniers temps, mais je choisis de vous épargner tout souci en ces temps de fêtes et d’attendre l’an prochain pour vous en parler.

Parce qu’un grand nombre d’entre vous croit encore que l’usage d’un logiciel antiplagiat (oh combien indispensable) résoudra tous leurs problèmes, et parce que certains n’ont pas encore compris que la création de connaissance a définitivement muté et qu’une nouvelle forme de savoir était en train d’émerger, je vous offre un jeu pour Noël.

Un jeu qui vous permet de vous mettre dans la peau d’un étudiant de 2008 devant réaliser un travail pour un cours qu’il n’a pas suivi, qu’il n’a pas travaillé et pour lequel il n’a rien lu, et ce, en un temps limité.

Ce jeu s’appelle « Bergy-On-the-Spot » (BOS), ou « Kleenex-Knowledge » (KK). En voici un résumé des règles du jeu :

1- Le jeu (BOS) se joue à plusieurs (de 2 à 10 joueurs) en équipes de deux ou individuellement.

2- Chaque joueur se munit d’un PC connecté Internet (WiFi ou autre).

3- Les concurrents doivent, dans un bref laps de temps, produire à partir d’un concept, un document électronique de trois, cinq, quinze pages (proportionnel au temps défini).

4- Le concept est tiré au hasard dans une banque de concepts, les concepts n’appartenant évidemment pas à la discipline des concurrents.

5- Tout est permis, Wikipédia, copié-collé de parties d’articles, traductions, achat de documents, etc.

6- Seule contrainte : les documents sont soumis à un détecteur de plagiat à la fin de la partie, donc la paraphrase est obligatoire sous peine de disqualification !

7- Le gagnant de la partie est décidé en fonction de l’esthétique du document, du nombre de dimensions du concept présenté et de leur articulation.

8- La connaissance ainsi créée est automatiquement jetée après usage (KK) puisqu’un nouveau concept est tiré au sort et que la mémoire à court terme des joueurs doit impérativement être libérée.

Avec un peu d’entraînement, vous arriverez à travailler presque aussi vite que vos étudiants et à comprendre comment se produit une partie de la connaissance d’aujourd’hui.

Notez que, si vous avez une solide formation épistémologique et méthodologique, que vous jouez seul et que vous multipliez par 10 le temps de chaque partie, vous deviendrez un jour apte à casser les murs érigés (XIXe-XXe siècle) entre les disciplines traditionnelles. C’est cela aussi, Internet.

En attendant ce beau jour, restons pragmatiques, restons enseignants : vous trouverez également dans votre boîte de jeu un mode d’emploi pédagogique traitant des risques de chaque étape du fonctionnement des étudiants, accompagné de quelques conseils pour vous guider en tant que pédagogue ou directeur de recherche. Notre projet pédagogique reste en effet toujours d’accompagner nos étudiants vers la connaissance.


Joyeux Noël à tous et encore un tout grand merci à ceux qui contribuent à l’enrichissement de notre projet collectif via notre site collaboratif (Responsable.unige.ch).

Bien amicalement.


Michelle Bergadaà
Professeur de communication et de marketing
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
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Lettre 16 : 24.10.2007
Lettre 16
24.10.2007
(N.B. : les liens sont actifs – il suffit de cliquer dessus pour accéder aux documents)

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Vous avez été très nombreux à réagir au cas de plagiat que je vous ai soumis cet été et qui montrait que deux articles publiés dans des revues scientifiques avaient plus de 50 lignes similaires, à la virgule près.

Le gagnant du concours est David Squire qui effectué une analyse argumentée très précise. Grâce à l’usage d’un logiciel de détection de plagiat, il se livre ici à un examen détaillé des documents.

Ainsi, l’article publié dans Journal of Social Sciences (Science Publications) semble être un plagiat d’un troisième article de conférence, lequel est à l’origine de celui publié par ses auteurs dans Journal of Business Research (Elsevier).

Mais, vous avez été plusieurs à constater que les auteurs de l’article de Journal of Business Research viennent d’en publier un autre très similaire dans International Journal of Culture, Tourism and Hospitality Research.

Rien n’est donc simple dans notre monde de la publication scientifique où « reproduction » est souvent confondu avec « production ».

Le deuxième prix est décerné à Yves Soulabail pour sa belle proposition aux responsables de publications.

Il recommande aux revues de s’engager résolument contre le plagiat via leur adhésion à une démarche labellisée.

Puisse ce message positif être entendu par tous les Rédacteurs en chef de revues scientifiques et être relayé par les abonnés de cette lettre.

• Certes, c’est au niveau global, structurel et organisationnel, qu’il nous faut réagir, mais c’est aussi comme acteur individuel dans la recherche d’une authenticité en phase avec notre époque qu’il nous faut agir.

Aucun logiciel au monde, aucun règlement institutionnel, ne nous exemptera de notre responsabilité de pédagogue dont la mission est de conduire ses étudiants vers la connaissance.

Nous vous proposons in fine la lecture d’ une lettre d’enseignant. L’auteur a choisi de nous expliquer comment il fait « entrer Google directement dans la réalité du cours » afin de « partager une certaine forme de netethique, notamment par un recul amusé/critique par rapport à tout ce qu’on trouve sur le net. »

Un tout grand merci à ceux qui contribuent à l’enrichissement de notre réflexion collective via notre site collaboratif (Responsable.unige.ch).


Bien amicalement

Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
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Lettre 15 : 16.07.2007
Lettre 15
16.07.2007

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Un tout grand merci à ceux qui contribuent à l’enrichissement de notre réflexion collective via notre site collaboratif (Responsable.unige.ch).

Pour les vacances, afin de mettre un peu d’humour dans notre problématique, je vous propose un concours. Le voici :

Deux articles A et B sont publiés la même année, 2006, dans deux journaux scientifiques réputés : Journal of Business Research (Elsevier) et Journal of Social Sciences (Science Publications).

- Ces articles, « Destination Image and Destination Personality: An Application of Branding Theories to Tourism Places» et « Scenarios Analysis of Tourism Destinations » sont publiés par cinq chercheurs différents.

- Or ces deux articles ont plus de 50 lignes similaires, à la virgule près.

Vous avez deux mois pour répondre aux questions suivantes :

1) Les auteurs de l’article A ont-ils plagié les auteurs de l’article B ? Les auteurs de l’article B ont-ils plagié les auteurs de l’article A ? Ou bien tous ces auteurs ont-il plagié sans se concerter les auteurs d’un document C ?
2) Si vous choisissez de répondre par la troisième alternative, d’où l’article C est-il issu ?
3) Comment avez-vous retracé l’origine du problème ? Via la toile ? Par vous-même ? Avec un logiciel de détection de plagiat ?
4) Qui est « coupable » ? Les auteurs ? Les reviewers des journaux concernés ? Les rédacteurs en chef des journaux ? Notre système ?

Je communique ici très clairement ce cas, en préservant comme toujours formellement l’anonymat du contributeur au site responsable à qui nous devons ce cas.

Pourquoi ?

- d’abord parce que les articles que je cite sont publics et publiés dans des revues scientifiques de notre domaine.
- surtout, parce que je ne crois plus en ceux qui adoptent exclusivement la logique causale chère au législateur.

Il me semble vain de ne considérer que la sauvegarde de systèmes locaux, par des punitions à des cas particuliers dévoilés au hasard de situations fortuites. Il est, ensuite, hypocrite de conserver les sanctions « personnelles et confidentielles ». Le seul résultat est de blesser celui qui les reçoit et leur effet sur le système n’est qu’insignifiant.

Je prône, a contrario, la logique de la conséquence, le sens de la responsabilité à l’égard du futur sociétal en marche, l’intelligence de la situation sans concession et sans refuge stérile ; j’en appelle à une perspective globalisante, plus encore qu’internationale.

Ainsi, pour conclure, une question subsidiaire à notre concours de l’été : Quelle est la nature des conséquences éventuelles du cas soumis à votre analyse ?

Je vous souhaite de belles vacances.

Bien amicalement

Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
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Lettre 14 : 03.05.2007
Lettre 14
3.05.2007

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Un tout grand merci à ceux qui ont contribué à l’enrichissement de notre site collectif (responsable.unige.ch) dédié au plagiat via Internet.

Bravo à ceux qui ont initié des démarches collectives dans leurs établissements. Il semble, en effet, que de nombreux dirigeants d’institutions d’enseignement supérieur aient compris l’impact du plagiat via Internet sur notre métier de création et diffusion de la connaissance. L’angélisme n’est plus de mise et tous savent que de simples cours d’éthique ou des déclarations de moralité signées par les étudiants ne suffisent plus à garantir l’honorabilité institutionnelle.

A la demande de nombre d’entre vous, et sur la base des « best practices » communiquées via le site, j’ai le plaisir de vous proposer la définition d’un projet intégré institutionnel comportant 12 plans d’action qui couvrent les dimensions culturelles, psychologiques, informatiques et organisationnelles. Merci de continuer, par vos témoignages, à alimenter ce projet intégré.

Ainsi, la conversion de notre métier de création et de diffusion de connaissances a eu lieu.

Mais, à l’heure où Wikipédia est la source (anonyme) immédiate de référence de nos étudiants, combien d’entre nous sommes allés y vérifier la fiabilité de définition des concepts qui constituent la trame de notre enseignement ?

Pourtant, nos étudiants ont besoin que nous les guidions vers le savoir. Une étude spécifique provenant du Québec indique que plus de 70% d'étudiants entrant à l'université connaissent très mal les principes de la recherche documentaire et ceux de la citation. Ces chiffres corroborent les études européennes.

Rappelez-vous que nous proposons sous la rubrique « soutien à l’éducation » des quizz et des informations qui doivent aider vos étudiants à ne plus craindre de commettre des impairs en matière de citations.

En ce qui concerne les liens entre la société et les nouveaux comportements des étudiants, vous pouvez en voir une illustration par une récente intervention télévisuelle sur France 2 que j’ai faite lors d’une émission de Stéphane Bern.

Enfin, si vous souhaitez débattre de vive voix de cette mutation du plagiat via Internet, vous pouvez participer à une excellente conférence comme International Workshop on Plagiarism Analysis.

A bientôt, donc, le plaisir de vous lire.

Bien amicalement


Michelle Bergadaà
Professeur de marketing et communication
Directrice de l'OVSM - Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 13 : 13.10.2006
Lettre 13
13.10.2006

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Un tout grand merci à ceux qui m’ont écrit, soit personnellement, soit pour contribuer à l’enrichissement de notre site collectif (Responsable.unige.ch).

Comme il était prévisible, le plagiat des documents gratuits disponibles sur le web devient risqué avec la croissance accrue de votre vigilance. Dès lors, le marché des sites payants aidant les étudiants à tricher se structure selon deux modèles économiques. Le premier modèle est celui des sites qui rémunèrent des travaux mis en vente par des étudiants, ceci au prorata du nombre d’achats de ces documents. Le second modèle est celui de sites qui proposent la réalisation de travaux originaux sur le sujet demandé par l’étudiant-client ; ceci à un prix fixe par page.

Ces deux modèles se sont dotés de codes d’« éthique libérale » protégeant l’étudiant-client :

  • Les sites du premier modèle interdisent le libre accès à leur base de documents. Un professeur qui souhaite contrôler l’authenticité d’un mémoire soumis à son évaluation ne peut pas appliquer son logiciel de détection à l’ensemble des documents mis en vente.
  • Les sites du second modèle économique offrent la garantie que les documents vendus ne comportent pas de copié-collé d’Internet. L’acheteur ne risque pas ainsi s’être accusé de triche ayant bien obtenu, puis fourni à son correcteur, un document original.

Devrons-nous revoir nos définitions de l’« éthique » ?

Au plan sociologique, je suis également perplexe et, pour partager avec vous mes interrogations, j’ai sélectionné deux lettres parmi celles reçues d’étudiants et de responsables en entreprise :

- La première lettre ouverte émane d’une étudiante qui réclame les mêmes exigences d’intégrité des professeurs et chercheurs que celles que nous exigeons de nos étudiants. Cette demande faisant écho aux préoccupations de nombreux collègues, nous vous proposons de prendre connaissance de directives d’intégrité qui peuvent servir de base de réflexion à ce sujet.

- La seconde lettre ouverte émane d’ingénieurs, responsables en entreprise, qui ont vécu la douloureuse expérience du pillage de leurs idées par un stagiaire écrivant son mémoire de fin d’études. Leur lettre décrit l’indifférence de l’établissement universitaire partenaire. Cette situation étant banalisée, nous avons pensé utile de soumettre ce témoignage d’entreprise à votre réflexion.

Je conclus en relayant le souhait de collègues tunisiens de trois établissements distincts qui aimeraient que nous organisions un « workshop »sur le thème du plagiat via Internet, afin d’échanger points de vues, directives organisationnelles et ministérielles. N’hésitez pas à exprimer vos idées à propos d’une telle rencontre.

En attendant, et comme vous êtes un certain nombre à me demander de participer à des débats sur le sujet du plagiat, j’ai placé ici mes diapositives PowerPoint de conférence « Fraude sur Internet : une mutation de notre société de connaissance. Etat des lieux et axes d’action ». Ainsi, ceux d’entre vous qui veulent les utiliser pour animer un débat dans leurs établissements le peuvent librement.

A bientôt, donc, le plaisir de vous lire.

Bien amicalement

Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'OVSM- Faculté des SES
Université de Genève

P.S. Si vous souhaitez vous désinscrire de cette lettre il vous suffit de nous adresser un mail.


Lettre 12 : 04.05.2006

Lettre 12
04.05.2006


Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Une fois n’est pas coutume, et je commencerai par remercier les journalistes de la presse écrite, TV et radio qui ont fait un beau travail en portant le débat qui nous tient à cœur sur la place publique. Le Figaro, La Croix, Le Nouvel Observateur, Le Télégramme de Morlaix, etc., mais aussi Arte, France Inter, NRJ Léman, etc., ont relayé avec discernement nos messages suite au communiqué de l’Agence France Presse (AFP).

Notre site collectif (Responsable.unige.ch) est maintenant bien référencé.

Nous savons que la volonté de réfléchir ensemble et de chercher des solutions pragmatiques au problème du plagiat par Internet étaient vifs. Toutefois, ce n’est que lorsqu’un nombre suffisant de personnes est concerné par un problème de société, que l’action débute véritablement.

Or, le débat évolue et l’on parle maintenant de mutation culturelle. Effectivement, il est à craindre qu’un fossé profond se creuse entre nos étudiants. Les plus intelligents et culturellement favorisés saisissent les fantastiques opportunités d’Internet en matière de sources de références et d’idées. À eux l’expansion conceptuelle. D’autres étudiants, moins favorisés culturellement, égarés dans une société qui réclame rapidité et performance, et manquant parfois de courage, risquent de devenir des drogués du réflexe copié-collé.

Heureusement, certains gouvernements ont déjà compris qu’il fallait agir en amont. Ainsi à Québec, en 2005, à la demande de la Commission de l'éthique, de la science et de la technologie (CEST), des étudiants de cinq CEGEP (i.e. Collège en Suisse et Lycée en France) ont travaillé avec leurs enseignants dans le domaine de la philosophie/éthique sur le thème du "plagiat à l'ère électronique". Un document synthèse présentant les recommandations du groupe de travail est disponible.

Une précision de procédure pour conclure. Des collègues, des étudiants souhaitent témoigner de manière non anonyme de leurs expériences. Nous avons donc créé deux nouvelles rubriques : Lettres ouvertes et Rapport d'expériences. Quant à vos articles académiques publiés sur notre thématique, ils trouvent place dans la rubrique Recherche. Il vous suffit de m’indiquer, lorsque vous me communiquez vos documents, si vous souhaitez les placer dans l’une ou l’autre de ces deux rubriques.

A bientôt, donc, le plaisir de vous lire.

Bien amicalement


Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'Observatoire VSM- Faculté des SES
Université de Genève

 

n.b. Si vous ne souhaitez plus recevoir mes lettres concernant ce thème de "Internet, fraude et déontologie", il vous suffit de me l'indiquer par mail


Lettre 11 : 19.01.2006
Lettre 11
19.01.2006

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,


Permettez-moi d’abord de vous remercier encore de vos contributions à notre travail sur la fraude sur Internet au cours de ce premier semestre. Notre site (responsable.unige.ch) s’est enrichi de nouvelles rubriques que je vous laisse découvrir.

Une université a choisi de communiquer ouvertement sur ce problème de plagiat qui nous préoccupe. Dans un espace dédié de leur site officiel, il est proposé aux étudiants de comprendre ce qu’est le plagiat, de connaître les sanctions appliquées, mais aussi de remplir un quiz assez ludique en ligne. A découvrir :

Notre enquête de terrain réalisée auprès d’étudiants (sept nationalités, huit types d’études, 3 niveaux de diplômes) depuis dix-huit mois pour comprendre ce phénomène est achevée. Si vous croyez pas encore que ce problème de plagiat est urgent et important, je vous engage vivement à lire ces témoignages.

J’ai laissé la plus grande place aux verbatims que je me suis contentée de structurer. N’hésitez pas à imprimer le document et à le diffuser autour de vous.

Les étudiants ayant participé à l'enquête de terrain se sont montrés très critiques et véritablement pessimistes à l'égard de notre société en ce début de XXIe siècle. Beaucoup excusent ainsi leur comportement de tricheurs. Nous leur proposons une réponse ; imparfaite certainement, partielle sûrement. J’espère que vous avez également des réponses à leur proposer dans vos spécialités respectives :

Pour conclure, et parce que l’écoute des étudiants nous le suggère :

Tous mes voeux de clairvoyance et de simplicité pour cette année 2006.
Puisque la valeur d’une femme ou d’un homme se mesure à l ’aune de son aptitude à se remettre en question, et non à celle de son pouvoir.

Je conjugue pour vous le futur aux voeux de cet adage.

Bien amicalement

Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'Observatoire VSM- Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 10: 22.07.2005

Lettre 10
22.07.2005

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

En cette fin d'année, voici quelques nouvelles de l’état d’avancement de nos travaux.

Permettez-moi d’abord de vous remercier pour la richesse de vos contributions à notre travail sur la fraude sur Internet au cours de ce premier semestre. Notre site (responsable.unige.ch) s’est enrichi de nouvelles rubriques.

Notre groupe de travail international (Canada, France, Suisse) s’est réuni en mars dernier. Les conclusions de son premier rapport d’étape vous seront communiquées en octobre.

Parallèlement, notre enquête de terrain réalisée auprès d’étudiants pour comprendre, puis définir, ce phénomène est en voie d’achèvement. Nous vous communiquerons les premières conclusions à la rentrée.

Une première université a pris le taureau par les cornes et a procédé à mise en place d’une véritable stratégie intégrée. A découvrir :

De nombreux journalistes, en Suisse, ont pris le relais pour essayer de convaincre de la nécessité d’appréhender le problème. A regarder, lire et écouter :

Certains collègues, philosophes réputés, constatent la difficulté qu’ils ont à souligner leurs valeurs face à de prestigieux collègues qui prônent le relativisme éthique au nom de la liberté. Je leur conseille d’inscrire leurs pairs si « post-modernes » sur notre page d’humour :

Quant aux dirigeants du monde économique qui ne réagissent pas encore (le journal Le Figaro Etudiants continue son alliance avec pickdoc.com), nous leur dédions cette dernière pensée issue des entretiens de notre recherche de terrain. Puissent-ils également se sentir un peu responsables des perspectives de nos étudiants :

« Bien sûr que non, je ne suis pas un grand tricheur. Je triche, mais je suis très modeste. Si j'étais un grand tricheur, je ne serais pas en train de faire des études, mais je serais dirigeant d'entreprise et je gagnerais beaucoup d'argent à faire travailler les autres et à procurer des parachutes dorés à mes copains » (Étudiant 16).

Je vous souhaite de très belles vacances et vous dis à bientôt.

Bien amicalement


Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'Observatoire VSM- Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 9 : 24.01.2005

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,


Tout d'abord, permettez-moi de vous présenter tous mes vœux de franche créativité pour cette année 2005.

Nous la commencerions beaucoup mieux, cette année, si les responsables de l’Université de la Sorbonne pouvaient nous donner une explication quant aux raisons de leur récente décision.

Certes, il va devenir très difficile d’oser affirmer nos valeurs académiques lorsque un journal sérieux accueille un site proposant aux étudiants d’acheter des mémoires. Il est vrai que ce journal gagne de l’argent en hébergeant ce site partenaire, ce qui n’est pas précisé.

Egalement hébergé, mais gratuitement par l’Université de Poitiers (France), cet acte de foi et d’incitation à la triche.

Cependant, nous progressons, lentement mais sûrement, et ce quelle que soit la définition que nous adoptons de la relation entre nos valeurs universitaires et nos normes explicites.

L’Université de Lausanne, par exemple, a choisi récemment de préciser ses valeurs dans le cadre de sa charte : http://www.unil.ch/central/page15078.html

Nous poursuivrons notre recherche par la réunion le 3 mars 2005, à Genève, d’un groupe de travail international. Il abordera la question de la relation valeurs/normes dans le contexte de la révolution Internet selon des éclairages épistémologiques complémentaires (structuralisme, culturalisme, fonctionnalisme, phénoménologie, etc.).

Pour réussir la mission que nous nous sommes fixée, nous recherchons activement des raisons de fraude que vous auriez pu recueillir auprès d’étudiants pris en délit de plagiat sur Internet.

Merci de me les faire parvenir, si vous en avez, et de transmettre cette lettre à ceux de vos collègues qui pourraient nous faire part de leur expérience.

Bien sûr, vous serez tout à fait informés de nos travaux et directement associés à leur poursuite, si vous le souhaitez.

Pour conclure : encore merci à ceux qui ont contribué ce dernier mois au site (http://responsable.unige.ch).

Bon courage pour le temps que vous passez maintenant à expliquer aux étudiants les règles académiques et à contrôler le plagiat.

Bien amicalement


Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'Observatoire VSM- Faculté des SES
Université de Genève

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Lettre 8 : 08.11.2004

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,


Vous êtes de plus en plus nombreux à nous rejoindre sur le site (http://responsable.unige.ch). Cela m’oblige, pour la première fois, à ne pas reproduire tous vos témoignages et à effectuer des sélections. J’en suis désolée. Cependant, je tâche de répondre à chacun personnellement.

Il faut dire que notre travail commun est de plus en plus référencé et des articles lui sont consacrés (ex. http://www.unige.ch/presse/archives/unes/2004/20041007triche.php).


1/ Parmi les témoignages reçus ce mois, deux lettres ont retenu mon attention. Hommages rendus à Jacques Derrida ? Il s’agit de lectures de notre système écrites dans ses marges. Je n’ai pas tenté l’exercice de la réponse, vous laissant le plaisir de le faire :

  • La première est celle d’un étudiant de doctorat, un étranger, qui nous parle de traditions historiques.

  • La seconde est celle d’un responsable d’entreprise, qui a une perspective très pragmatique sur notre futur en marche.

Vos réponses nous aideront dans notre progression intellectuelle et comportementale. Pour faire l’exercice, « cliquez » sur les liens :

Lettre d’un doctorant ou Lettre du praticien


2/ Bonne nouvelle : grâce au soutien de l’Université de Genève, un groupe de travail international s’est mis en place et va bientôt se réunir (à Genève). L’objectif est de réfléchir à une charte internationale. Bien entendu, dès que nous serons en mesure de vous faire valider des articles de la dite charte, nous ne manquerons pas de faire appel à vous.

En attendant, merci de continuer à nous faire bénéficier de vos « aventures » personnelles, souvent stupéfiantes.

Bon courage pour le temps que vous passez à expliquer aux étudiants les règles académiques en matière d'emprunts, à contrôler et à sanctionner le plagiat.

Bien amicalement


Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
Université de Genève

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Lettre 7 : 14.09.2004

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

En ce mois de rentrée pour la plupart d’entre nous, je vous propose un exercice assez simple, en apparence du moins.

1) Parmi les lettres parfois inquiètes, quelquefois injurieuses, souvent reconnaissantes que je reçois des étudiants, depuis que le site (http//responsable.unige.ch) est ouvert à tous, il en est qui méritent une lecture attentive.

En voici une qui était dûment signée, et à laquelle j’ai répondu très vite et instinctivement. Ma question pour la rentrée est la suivante : et vous, qu’auriez-vous répondu ?

(Vous pouvez bien entendu transmettre la lettre à vos étudiants pour leur demander ce qu’ils répondraient s’ils étaient des professeurs…)

2) Par ailleurs, je remercie vivement nos collègues qui ont profité de l’été pour faire à leur tour des recherches sur le sujet.

- Il semblerait que, selon des enquêtes américaines, entre 50 et 75 % des étudiants déclarent avoir copié sur Internet durant leurs études.

- Les nouveaux liens sur l’intégrité académique, tout comme ceux des services de conseils sur le plagiat sont des formes de réponse institutionalisées. A chacun de se forger une opinion sur leur impact effectif.

- Enfin pour les chercheurs, une étude sur le thème de "La relation à l’espace virtuel et la levée d'interdits" est proposé par un collègue. N’hésitez pas à vous joindre à lui sur l’espace « Recherche » du site.


Bonne lecture et bonne rentrée

Bien amicalement


Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
Université de Genève

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Lettre 6 : mardi 20.07.2004

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

Voici quelques mois nous avons entamé un travail commun (http://responsable.unige.ch) afin de répondre à la question Pourquoi le phénomène de plagiat des étudiants de niveau universitaire sur Internet se développe et comment s’opposer à cette tendance sociétale lourde ?

Au fil des semaines, les témoignages de collègues provenant d’une cinquantaine d’établissements ont montré que le phénomène est commun à tous les établissements et à tous les domaines.

Les dernières propositions reçues se situent de plus en plus dans la seconde partie du dossier « La structuration d’une démarche collective ». J’y perçois trois axes d’interrogations aujourd’hui :

  • Question de morale : les outils de détection et de sanction de la fraude ne s’adaptent pas à son évolution. En l’absence relative de propositions institutionnelles, rester fidèle à notre esprit d’éducation relève presque exclusivement de la morale personnelle de l’étudiant.

    => Si vous n’êtes pas en position de vous impliquer directement et de faire bouger le système, merci d’envoyer ma lettre N° 5 à vos étudiants. Dites-leur de me répondre, ou de vous répondre. Leur témoignage peut collectivement nous aider.

  • Question d’éthique : Il semble bien que ce problème du plagiat repose, en grande partie, sur une certaine dérive du système académique soumis à des pressions et/ou à un manque de moyens économiques.

           J’ai rendez-vous avec un groupe de dirigeants de la Société Générale de Surveillance (SGS) pour étudier ce que cette entreprise pourrait nous proposer comme chartes adaptées au système universitaire.

    => Si vous êtes en position de chefs d’établissements ou de responsables de services, merci de m’indiquer ce que vous souhaiteriez voir figurer dans ce type de charte.

  • Question de responsabilité : Au fil de l’analyse il apparaît qu’un grand nombre d’étudiants ne comprend simplement pas la finalité de leur formation et des modes d’évaluation de celle-ci. Il suffit de lire leurs témoignages pour s’en convaincre.

    => Si vous avez des idées pour expliquer le but des travaux que nous demandons, alors que notre métier de créateurs et diffuseurs de connaissance subit sa plus grande révolution depuis l’invention de l’imprimerie, merci de nous les faire partager.

-------- ---------- --------

Bonne lecture et passez un très bel été.

Bien amicalement


Michelle Bergadaà
Professeur
Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
Université de Genève

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Lettre 5 : mercredi 23.06.2004

Aux étudiants de Licence, Maîtrise et DEA


Chers étudiants,

J'ai besoin de vous.

Comme vous le savez, chaque année de nombreux étudiants se font "prendre" parce qu'ils ont copié la totalité ou des parties de leurs travaux (travaux de cours, papers, mémoires) sur Internet. Ceux-ci risquent l'exclusion de l'université.

Vous avez certainement connu des étudiants qui ont ainsi triché et qui vous ont expliqué leurs motivations et leurs attitudes à l'égard de ce type de plagiat sur Internet.

Je voudrais comprendre le sujet en termes de "besoins-motivations-attitudes et comportement d'étudiants", et non pas l'expliquer seulement en terme de "bien vs. mal" ou de sanctions.

Pouvez-vous m'écrire juste pour me dire : « je connais un étudiant qui a copié son travail sur Internet parce qu'il dit que... ».

  • Surtout n'indiquez pas son nom qui ne me servirait à rien !
  • Le champ de l'étude se limite à la triche basée sur Internet.
  • Je vous garantis, bien entendu, la plus totale confidentialité ; et vous me connaissez assez pour savoir l'importance que j'attache à la confiance réciproque.

Merci de votre aide et bonne chance pour vos examens, s'il vous en reste, et bonnes vacances, s'il ne vous en reste pas.

Amicalement


Prof. Michelle Bergadaà
Michelle.Bergadaa@hec.unige.ch
Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
Université de Genève

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Lettre 4 : lundi 31.05.2004

Chers collègues, chers étudiants, chers amis,


Voici quelques mois nous avons entamé un travail commun afin de répondre à la question : "Pourquoi le phénomène de plagiat des étudiants de niveau universitaire sur Internet se développe et comment s'opposer à cette tendance sociétale lourde ?"

Au fil des semaines, les témoignages de collègues provenant d'une cinquantaine d'établissements illustrent que le virus semble toucher tous les établissements et tous les domaines.

Pour faciliter vos analyses de ces témoignages, notre site (http://responsable.unige.ch) a été amélioré : les nouveaux témoignages sont inscrits en bleu, le document peut être imprimé, des liens directs sont créés, vos commentaires sont pris en compte de manière à garantir la confidentialité souhaitée, etc.


La tendance de vos témoignages ces dernières semaines est la suivante:

  • Question de morale : beaucoup d'entre vous se plaignent du plagiat émanant de... certains de leurs pairs.

  • L'avantage d'Internet est que la communication devient dissuasive : les fraudeurs peuvent maintenant craindre que n'importe quel collègue ou étudiant ne divulgue, un jour ou l'autre, leur comportement indélicat avec un effet dévastateur (cf. certaines photos et témoignages d'Irak).

    Merci d'accepter que je ne répercute pas les plaintes de cette nature sur notre site.

  • Question de déontologie : très peu d'entre vous choisissent d'inclure leurs étudiants gradués et assistants dans la réflexion sur le phénomène et dans leur recherche de solutions. Pourquoi ?

  • Quand bien même nous arriverions à définir des codes de déontologie, ils ne seraient jamais que des barrières corporatistes si nous ne travaillons pas avec nos collaborateurs étudiants.

    Merci aux doctorants qui, spontanément, nous expliquent ici avec courage les risques auxquels ils sont confrontés en matière de glissement vers le plagiat.

  • Question d'éthique : Une grande majorité de collègues indiquent que leurs administrations mettent en place des logiciels de détection des plagiats. C'est un premier pas.

  • Il semble qu'un seul établissement (HEC Montréal/Canada) ait véritablement attaqué le problème par plusieurs fronts : campagnes de sensibilisation et d'affichage dans l'établissement, communiqués de presse, mise en place d'un groupe de réflexion, contrats lus et acceptés par les étudiants, etc..

    Merci aux chefs d'établissements qui ont compris qu'il s'agit un problème collectif, et que leurs enseignants et leurs étudiants en souffrent. Ceux-là ne considèrent plus le plagiat comme une maladie honteuse risquant de nuire à leur réputation s'ils l'abordent publiquement.

  • Question de responsabilité : merci à tous ceux qui voudront encore chercher, apporter des idées et proposer des solutions pour faire avancer ce débat qui reste encore totalement situé dans un contexte de découverte.

  • - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

    Bonne lecture et à bientôt.

    Bien amicalement


    Michelle Bergadaà
    Professeur
    Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
    Université de Genève

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    Lettre 3: 30.04.2004
    Lettre 3
    30.04.2004

    Chers collègues,

    Il y a un mois, j’écrivais un mail pour demander à des collègues de diverses universités de bien vouloir m’aider à comprendre le contexte de fraude sur Internet de plus en plus prégnant dans les travaux, mémoires et thèses de nos étudiants.

    En effet, après un contrôle systématique, nous avions dû exclure de notre Faculté, cinq étudiants de notre programme de DEA qui avaient intégralement « copié-collé » leur travail théorique sur des mémoires trouvés sur Internet.

    Des acteurs de tous les niveaux se sont sentis concernés par mon message, de l’enseignant aux directeurs d’établissements, de Suisse, mais aussi d’Australie, de Belgique, du Canada, de France, etc.

    Le très grand nombre de témoignages (plus de 100) et la complexité du phénomène, m’ont conduite à induire de ces réponses un texte présentant deux modèles complémentaires. Le premier relève d’une méthode inspirée des approches systémiques et interactionnistes, et le second s’inscrit davantage dans une méthode de « bricolage structuraliste ». Ils ordonnent ainsi les réponses déjà reçues.

    Je vous serais bien reconnaissante de bien vouloir m’aider, avec vos expériences multidisciplinaires, à éclaircir ce phénomène.

    A cet effet, je vous invite donc à consulter le site dédié en « cliquant » sur le lien suivant : http://mkg.unige.ch/e-fraude

    Avec mes remerciements et mes meilleurs messages,


    Michelle Bergadaà
    Professeur HEC ­ Faculté des SES
    Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
    Université de Genève


    Avec mes remerciements et mes meilleurs messages,


    Michelle Bergadaà
    Professeur de la Faculté des SES
    Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
    Université de Genève

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    Lettre 2 : 05.04.2004
    Lettre 2
    05.04.2004


    Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

    Merci à tous ceux qui ont répondu à mon message du 30 mars dernier, qu'ils l'aient reçu en direct ou par « forward ».

    J'ai répondu à chacun personnellement.

    Vous avez été plus de 80 en six jours, et avez rédigé plus de 60 pages.

    Ainsi, je n'ai pas le choix : je vais effecteur une analyse de contenu de vos contributions et vous la soumettre. En effet, chacun apporte des idées assez fortes :

    • sur l'origine du problème (social, personnel, politique,...),
    • sur la manière dont son organisation responsabilise/ferme les yeux (différence entre universités et Grandes Ecoles en France),
    • sur nos efforts et solutions individuels (nos astuces, nos façons d'agir,...),
    • sur nos états d'âme (solitude, peur, sentiment d'inutilité,...),
    • sur certaines chartes en cours (surtout Canada, Belgique),
    • sur notre manière d'apprendre à lire des sources (historiens, géographes, linguistes,...).
    • sur les différences culturelles en matière de copie d'originaux (Asie vs. Europe, vs. Canada), - etc.

    Mes assistants, ont décidé de contribuer au débat en créant une page dédiée Internet pour placer vos témoignages, les liens sur des chartes de bonne conduite d'origine diverses.

    Je reste persuadée - suis-je naïve? - que l'on est plus intelligent à plusieurs que seul...

    ... certes ; mais c'est plus fatigant d'être plusieurs que seul.

    A bientôt et encore merci.


    Bien amicalement


    Michelle Bergadaà
    Professeur
    Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
    Université de Genève

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    Lettre 1 : 31.03.2004

    Lettre 1
    31.03.2004

    Chers collègues, chers étudiants, chers amis,

    Un point me préoccupe ; j'ai besoin de votre aide.

    Il concerne la facilité déconcertante avec laquelle nombre de nos étudiants glissent imperceptiblement de l'emprunt d'idées sur Internet, au plagiat, puis à la fraude.

    5 étudiants sur 35 de notre DEA viennent d'être exclus de la Faculté et certainement de l'Université. Parce que, avec deux collègues, nous avons décidé de contrôler tous les mémoires rendus. Les cinq avaient emprunté plus de 95% de leur texte à des mémoires mis en ligne.

    Réactions sur le vif :

    - Trois collègues d'autres Facultés sont venus me dire qu'ils n'avaient pas le courage de contrôler les travaux de leurs étudiants : par crainte de découvrir effectivement des fraudes, par peur de devenir des "accusateurs publics", par crainte de la réaction de ces fraudeurs.

    - Deux de nos assistants doctorants ont été très affectés au plan de l'émotion et physiquement malades de découvrir soudain, et concrètement, la réalité de ces fraudes.

    - Trois des fraudeurs sont venus m'avouer leur incapacité absolue à se sentir responsables alors que durant des années nous les avions encouragés (sic) à être débrouillards, me dire leur tristesse d'être abandonnés du système, me demander si je ne les ne méprisais pas.

    " " " " " " " " " " " " " " " " " "

    Internet : un fabuleux espoir pour la connaissance et un immense risque de souffrance.

    J'assume.

    Je suis responsable d'avoir laissé mes étudiants jouer au « Lego » de la connaissance sur Internet sans guides moraux et spirituels. Que deviendront-t-ils dans la vie active ? Des joueurs de "Enron" et de "Parmalat"?

    Je rêve qu'ensemble nous développions et appliquions des normes de déontologie en matière de réalisation et rédaction d'articles et de mémoires. Une déontologie réaliste, claire et acceptée de tous ceux qui ont Internet pour compagnon quotidien.

    Alors, peut-être nos étudiants deviendront-ils des « honnêtes Hommes » du XXIème siècle, c'est-à-dire des hommes et des femmes éclectiques, cultivés et authentiques.

    J'ai dit déontologie. Origine grecque: deon et logos, soit le devoir et le discours ; la déontologie ne s'impose pas, elle se discute.

    Donc, si vous avez des idées, des processus déjà développés, des réflexions formalisées, merci de me les faire parvenir. Cela m'aidera grandement.

    J'ai l'intention de faire mon devoir.

    Si vous connaissez des collègues qui travaillent sur cette problématique, merci de leur transmettre ce mail.

    Bien amicalement


    Michelle Bergadaà
    Professeur
    Directrice de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM)
    Université de Genève

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    mis à jour le 27.09.2009 | webmaster